‹ Adèle et Théodore, ou, Lettres sur l'éducationChapitre 28 sur 43 · LETTRE XXIX · texte numérisé non relu

LETTRE XXIX

Réponse de la Baronne^

Êh bien! je ne suis donc pïis véritable* ment sensible f parce que j'ai de ï égalité ^ de la nz/so/z 9 jamais S humeur ^ de dépit ^ que je compte entièrement sur vous , et que cette confiance me donne une sécurité que rien ne peut troubler? Et vôus^ ma chère amie, parce que vous boudez sans sujet; et grondez sans raison^yous seule savez aimer?

Voilà unel)elle définition de l'amitié ! Mais, puisque le caprice est en vous une preuve de sentiment, je ne dois pas me flatter d'être votre unique amie., car assurément vous •prodiguez ce témoignage à plus d'une personne C'est ainsi que souvent^ nous

attribuons à la force de nos sentimens et de nos passions , des défauts qui ne viennent que de notre caractère. Je n'ai point vu d'amant, toujours jaloux injustement , qui

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ne fût naturellement défiant et soupçoH'* neux dans la société. L'amitié ne donne point de caprices , mais il est vrai que vous prouvez qu'elle u'en guérit pas. Laissons là cette querelle j croyez-moi , aimons-nous telles que nous sommes, et perdons Tespoir de • nous réformer mutuellement ; nous sonmies nées pour ne nous ressembler ja-* mais y et pour nous convenir toujours.

Enfin vous allez donc vous lier avec madame de M.... Je suis très-curieuse de savoir l'impression que produira sur vous une société si différente de toutes celles oii vous avez vécu jusqu'ici; mais je vous prie de ne m'en rendre compte qu'après trois ou quatre visites , afin que votre opinion soit bien arrêtée à cet égard.

Parlons à présent de Constance : Ah !

sans doute en lui donnant de la piété, vous assurerez son bonheur- et le vôtre ; mais il me semble que les moyens que vous employez pour ce grand objet, sont absolument contraires au but que vous Vous pro-^ posez. .Dans toute éducation, songeons d'abord à quel genre de vie est destiné Tenr

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faut que nous élevons; votre Glle est faite pour vivre (Jans le plvis gr^ad aiQçiclç, à Paris, à la ço^r; quapd elle sera sa mai' tresse, à dix- huit an^, croyez vous qu'il lui soit po£i3ible d'aller à la messç tous les jours, à confesse tousi les trois mois, eC de se mettre en retraite un carême entier? Non, sans doute; mais accoutumé^ dès l'enfance à regarder toutes ces pratiques comme des devoirs essentiels , elle n'y renoncera qu'en perdant toute sa piété. Avez-vous remar** que que les jeui^es personnes éleyées de cette n;ianièr« dans tous les couvens, con-* servassent plus de religipn que les autres...? Revenons tqujqurs a notre principe le plus mile, celui de ne jamais donner à nôtre élève une idée fausse : ne souffrons donc pas qu'il puisse confondre la perfection avec le sinrple devoir. D'ailleurs , est-il raisonnable d'exiger d'un enfant de neuf ans le point de la perfection en qi^elque chose que ce soit? Pensez-vous que Constance , obligée si souvent jde' passer des heures entières à l'église , y soit toujours avec recueillement et sans distraction? Je suis

sûra que^ plus d'une fois^ elle y a bien envié le sort de sa maman , cjui , pendant Ce temps 9 reste dans «on lit ou fait des visites. 11 faudroili au contraire, que vous donnassies à vûlrefiUel'eiremple des pratiques que voua lui i^tds observer, et qu'en même temps vous n'eiigeassiee d'elle que les devoirs véritablement essentiels delà religion : je camproids bien que cette manière est moÎBs commode , car il est beaucoup plus aisé d'envoyer tous les jours sa dile à la messe que d'y aller soi-même, surtout quuad oa ne se couche jamais avant deui heures du matin. Je ne vous conseille que ce que j'ai constamment suivi avec Adèle :

elle sait qu'elle ne peut jamais rien retrancher de ee qu'elle pratique, sans manquer a son devoir , et sans donner mauvaise opiaîon d'elle ; enfin , la dissipation et les amusemens du grand monde ne l'empêcheront poi]|t de remplir des obligations véritable-» mept indispensables, et qui ne prennent pas assez de temps pour ^e incompatibles avec quelque genre de vie que ce puisse êtrëi

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Vous avez bien raison de vous occuper ^rieusement du choix d'un confesseur pour Constance; c'est un poinl^trop souvent négligé^ et cependant bien important, car un confesseur sans esprit et sans lumiè* res peut aisément gâter l'ouvrage de l'instituteur. Je vous envoie l'adresse du mieo; mais je vous conseille d'avoir quelques conversations avec lui avant de remettre Cons* tance entre ses mains ^ et de lui faire connoitre parfaitement et les petits défauts et le'caraclère de votre enfant. A l'égard des livres de dévotion que vous me demandez, je ne puis vous satisfaire. Je vais vous causer encore l'étonnement et l'espèce deoolère que vous me montrez toujours à chaque ouvrage d'éducation dont je m'avoue Tauleur ; il faut cependant bien vous répondre, et vous dire qu'après ;avoir lu tous les livres de ce genre, j'ai vu avec surprise qu'il n'cft existoit point à l^ usage des Jeunes per** sonnes ; vous conviendrez, par exemple , qu'il y a beaucoup de livres d'heures que non-seulement vous ne donneriez point à votre jSille , mais que vous seriez très-fàché«

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qu^elIe connût, particulièrement ceui dans lesquels les examens de conscience soHt un peu détaillés. Je vous ai déjà parlé de quelques prières que j'ai composées pour Tenfance d'Adèle, mais en ouire, j'ai fait un livre d'heures pour sa jeunesse; il contient la messe j les psaumes et les prières prescrites par l'Eglise ; d'ailleurs celles du matin, du soir , pour la confession, pour la communion, l'examen de conscience, etc., sont de moi. Je ne connois pas un seul livre de dévotion où l'on puisse lire ces espèces de prières sans être choqué à chaque instant par les fautes de langage et les expressions ridicules qui s'y trouvent. Si vous le souhaitez, je vous enverrai une copie de mon ouvrage; vous y trouverez aussi ce que je vous ai vu désirer souvent, c'est-à-dire^ des prières pour toutes les situations intéressantes de la vie , et je suis sûre que vous ne lirez point sans attendrissement, .celle d'une mère qui implore les grâces de D^e?u pour ses énfaps. Vous ne pouvez avoir, avant mon retour à Paris, que la nioitie du

volume qui contient toutes Jés prières^ II. 12*

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l'autre moitié renferme des sentences et (les maxinies délacbées, tirées des écrits des pères de TEgllse. II y a detix ans qu'Adèle est en possession de cet ouvrage; je lui ai donné en même temps TEvanglle et l'Imitation de Jésus-Christ ; et jusqu'à l'âge de quinze ans, elle n'aura pas d'autres livres de piété.

Vous me demandez comment je la prépare à faire sa première communion ; vous savez que la première préparation a été de la mener à Lagaraye ; elle en est revenue 'avec une admiration si profonde pour M. de Lagaraye, et un redoublement de piété si sincère , que j'ai cru ne pouvoir jamais saisir un moment plus favorable pour graver dans sa tête tout ce que j*avois à lui dire. Le lendemain de notre arrivée à Brest, je passai, dans la matinée, deux heures seule avec elle. Après avoir beaucoup parlé dé Lagaraye > elle me demanda quand elle feroit sa ptemière communion : Le jour \ où YQ\is aurez douze ans, répondis- je j dans six mois, si vous vous cpnduîsez ^ d'ici là , de manière à me faire penser que véritable;

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ment vous n êtes plus un enfant.. 7. Car enfin 9. aussitôt que vous aurez fait votre première communion^ vous prendrez votre fang dans la société ^ je commencerai à vous regarder réellement comme mon amie , je n'aurai plus rien de caché pour vous; mais voas «avez que je ne suis pas précipitée dans mes jugemens ^ et que ^ pour obtenir un semblable boiihetir^ il faudra le mériter — Oh l' maman ^ je m'en rendrai

digne, pose l'espérer, j'en suis sûre, je le désire ^la'nt..... !— Je vous préviens qu'il rie vous sera point accordé légèrement; et, pour que vous receviez le plus saint et le plus auguste de tous les sacremens, il faut qne je sois bien convaincue que vous ne m'obligerez jamais k vous traiter encore comme un éiifant. Si, pendant les six mois qui vont s'écouler , vous faites une seule faute assez grave pour me forcer à vous

punir , "à vous imposer une pénitence, je penserai que vous ne sentez poi<it l'importance et le prix de la récompense qui vous

est promise, et je la retarderai d'un an. -—

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Dun an! ô ciel ! et pour une seule

faute ^ ma chère maman... • ! — Oui^ une faute grave; cela est juste. — Oh ! je m'observerai si bien, que je âuis certaine de ne jamais faire désormais une faute grave. En effets depuis cette conversation 9 je remarque en elle un changement très- visible en bien ; et je suis persuadée qu'il n'y a pas uo instant dans la journée où la crainte de faire Xkne faute grape ne l'occupe et ne soit présente à sa pensée. C'est un grand art que celui de promettre aux enfans des récompenses qui puissent les engager à s'observer avec ce soin et cette attention continuelle ; c'est leur donner à la fois de l'empire sur eux-mêmes et de la persévérance; les deux vrais moyens de parvenir aux grandes choses : d'ailleurs ^ on ne peut obtenir d'un en&nt six mois d'une conduite exempte ;de reproches essentiels^ sans le corriger en même temps de tous ses défauts. Mais il est vrai que le clioix des récompenses promises n'est pas indifférent; n'en proposez jamais que d'intéressantes, de nobles ou d'utiles;

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telles qu'une marque de confiance^ votre portrait , un livre instructif, un nouveau maître , etc.; ne faites désirer enfin à votre clève que ce qu'elle doit aimer, ou ce qui mérite d être estimé.

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