‹ Adèle et Théodore, ou, Lettres sur l'éducationChapitre 41 sur 43 · LETTRE XLV · texte numérisé non relu

LETTRE XLV

La même d madame étOstciUs,

£h bien ! ma chère fille ^-malgré tout le désir cpe nous en avions Fune et l'autre ^ vous n'aurez point été témoin de la première entrevue d'Adèle et du chevalier de Yalmont! M. d'Aimerî^ qui ne devoit partir de S.... que le vingt, est arrivé hier au soir, et j'ai reçu sa visite ce matin ; Adèle venoit de me quitter pour aller écrire. J'étois seule dans mon cabinet, quand tout à coup on m'annonce M. d'Aimeri et le^cbevalier de Valmont, Ce dernier nom m'a causé une espèce de saisissement, qui certainement auroit trahi mon secret aux yeux de madame de Limours , si elle eût été présente. Nous ne devons pas tirer vanité de notre prudence, car il y a des momens où 1» femme la moins étourdie est bien indiscrète.... Pour revenir au chevalier de Val-

mont ^ il a un maintien , une physionomie et des manières qui me plaisent également.

Au bout d'un quart d'heui^e de coriversatton, M. d'Aimeri m'a demandé à voir Adèle; je sonne aussitôt^ je fais appeler Adèle ) et , un moment après i elle entre en courant ; mais, apercevant M. d' Aimeri et son petit fils, elle s'arrête tout à coup avec un air embarrassé , et elle fait une grande révérence bien niaise, en rougissant de h manière la plus marquée Quel mouvement l'a fait rougir? Etoit-ce timidité, surprise, instinct f pressentiment? Voilà ce quenous ne saurons peut-être jamais. Vous imaginez bien que, dans cet instant, j'ai regardé le chevalier de Valmont, et j'ai été très-satisfaite de l'impression que j'ai vue sur son visage; il consideroit Adèle avec autantde plaisi? que de curiosité, et jesuis bien sûre qu'il l'a trouvée charmante. M. d'Almane est entré dans monr cabinet, et il a retenu M. d' Aimeri à dtner avec nous. En sortant de table, M« d'Aiineri s'approche d'Adèle , et lui dit que le chevalier de Vfiltnont^ se ressouvenant du goût qu'elle té-*

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luoignoîl dans son enfance pour riiistotre naturelle, s'est occupé , pendant ses voyages , du soin de. rassembler plusieurs échantillons de cailloux assez nves, a et mon Cls,» continua M. d'Aimeri a n'osant prendre k » liberté de vous les- offrir lui-même^ m'a

)) prié de vous les.présenter ». A ces mou»

M« d'Aimeri prend des mains du chevalier de Valmont une grande boite contenant la plus charmante<;olleGtionKle<:ailloux>etil supplie Adèle de vouloir *bien Tacoepterj Adèle interdite me regarde pour me'coDr sulter y je l'autorise par un signe ^ et la boîte est reçue avec un peu d'embarras et beaucoup de recoBnoissance«

Je vous le répète. Je suis enchantée du chevalier.de Valmont^til ^st impossible , à dix-huit ans, d'être plus formé ^«plus aimable, eu même temps d'avoir phis de réserve et de simplicité ; mais son.cœur n'est pluià lui, j'en sni^ certflne; il a dela.mélancoUe;, de la discrétion, il estrêveur,.il soupire;eiir fin, il est amoui'èux et passionnément , j'en répondrois d'après tout ce que vous .m'avez »dit, et d'après ce que j'ai v;u.mQi-:mê]^e,.ce

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ne peut éire que de madame de Valcé; j'avoue que ce choix m-afflige encore plus que le sentiment... ! Ah! s'il a tellement une passion pour madame de Valcé^ il -n'aimera jamais Adèle. •• ! et je suis très-sûre qu'en effet madame de Yalcé lui tourne la tête.

Je mourois d'envie de lui parler d^lle^ et j'en ai trouvé une occasion très-simple.

Vous savez qu'une des plus jolies miniatures qiic vous m'ayez données^, est celle qui représente madame de Limours avec ses deuxfllles.^ on a parlé de peinture ^et j'ai dit que le portrait le plus ressemblant que j!eusse jamais vu> étoit celui que vous auriez* fait de madame de Valçé : à cette phrase,, le che* yalicp de.Valmont a. rougi jusqu'à perdre contenance .J'ai eu l'air de ne pas m'en iTpercevoir, il s'est un peu remis de son trouble, et moi j'ai envoyé chercher le tableau-. M. d'AimeriFa beaucoup loué; pour le clxevalîer dé Valmont, il éioit si hors de lui, qu'il' en perdoit jusqu'à là crainte dé se trahir, il contemplôit l'image de madame dé Valcé avec un ravissement qui , je ne vous le eache pas, m'a causé autant de surprise

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que d'humeur. Je ne conçois pas qu'une coquette aussi déclarée, avec un ton siléger, un esprit si méjdiocre y une femme enfin qui n'a pour tout mérite qu'une figure de fantaisie , puisse inspirer des sentimens qni paroissent si passionnés ! Un jeune homme en général décèle sob caractère et ses principes par son premier attachement. Que, doit-on penser de sa délicatesse et de son eœur , s'il fait un chcnx véritablement méprisable? D^ailleurs;i un homme juge ton* tes les femmes d'après une setde, c'est-àdire , celle qu*il a le plus aimée ; commuiuS* ment c'est l'objet de ses premiers sentimens qui, à cet égard, détermine et fixe son opinion. Je veux surtout que le mari de ma fille ne méprise point les femmes en général; ainsi, vous voyez que si le chevalier s'attache réellement à madame de Valcé, il cessera de me convenir. Je le regretterois beaucoup, j'en conviens; inais enfin nous verrons, je ne veux point renoncer à une espérance qui me devient encore plus chère depuis que j'ai revu le chevalier de Val-

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mu Adieu ^ mon enfant^ M. d'Ostalis a dit ce soir que vous resteriez peut-être k^ersailles jusqu'à jeudi; je tous prie de I mander poâtivement quel jour vous iendrez.

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M. d^jéimeri d madame de f^abnont

En FIN ^ ma chère fille ^ je ccmnoisks sentimeiis de Charles^ son secret n^en est plus un pour moi, et sûrement je TaisTùos causer autant de surprise que j'en ai moimême éprouve en recevant cetteconfidenoe inattendue. Vous savez quel fut le yéritaUe motif de mon voyage en Picardie : je voulois pour im momoit éloigner Charles de madame de Valcé^ j'espàx)is que le besob de parler d'dle Tengageroit bientôt à m'ouvrir son cœur, mab je fus trompé dans mon . attente; Charles, triste et rêveur, cherchoit la solitude, me fuyoit, et, pourlàpre* mière fois de sa vie , paroissoit craindre de se trouver tête à tête avec moi. Enfin un jour, me promenant seul aveo lui, je fis tomber la conversation sur madame de Vaicé, je parlai d'elle avec mépris ^ et

Chûries ne témoigna pas la pins légère émotion j une d^imulation si profonde m'afiUgea autant qu'elle me surprit ; mais, voulant voir jusqu'à quel point elle pour* roit aller, je ne le poussai pas davantage , et je revins à Paris sans avoir pu obtenir la confidence que je désirois si vivement. Le lendemain de mon arrivée , lundi dernier, je fus chez madame d' Abnane > et c'est Ik que Qiarles se trahit entièrement. Madame d'Ahuane nous montra un portrait de madame de Yalcé , lait par madame d'OstaEs ; le trouble de Charles^ en considérant ce tableau , fut si viable,' qu^ n'échappa sùfe^ ment pas aux yeux! pénétrans de madame d'Almane; alors je sentis qu-une prompte explication éloit ab^lument néeesisaîre : le lendemain j'entrai dans la chambre de Charles ail moment où il alloit ée lever , je ren-^ voyai jses gensi et m'asseyait près de son litî (f Qiarles, lui dis- j-e /il est temps de rom- » pre im silence qui m'afflige et me blesse:

» Votre gouverneur, votre père, vient vous » demander un secret que votre ami n'a » pu obtenir : ce n'est [dus de la confiance

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^ que j^exîge;; vous avez perdu ToccMÛm ]^ de me la tânèign/sr ;. j^al lu malgré vous 3 dans votre cœur, maU du moins f 'attends ]> encore de vous de la ûncerité ^ et songes D que^ dans cet instant y la pins l^ère di»* » simulation de votre part me prouvèrent » une ingratitude qui me ravirent sani re* » tour la seule espérance de bonheur que B le ciel m'ait laissée. >» A ces mois 5 Cbarr les , trop attendri pour pouvoir me iàpath are, saisit ma main et k serra farteonmi dans lestiennes; il treoihloit^ fétobnei' même vivement ému.».». Soiia fibbvBS utt moment sans parier j.en&t^ Oiarles^ fin»* nam laparole^r..» j^ai p^4irakuire,dît94L^ de vou&avouer une foUâ..M Mais poiu:riea»* vous mè croire capable de disèimoler ayec vous....? -^Cependant j ai dû vous enac^ cuser plus d'une fois.;.. Mais^quoi qu'il en soit, vons aimez, vous avezlWré votre âmé à la passion la plus criininélle; et quels combats avez-vous rendus pour vous en garantir ou pour en triompher. ., . ? — En ne cherchant jamais l'objet qui l'a fait naître I en l'évitant même.... ~ Mais vous

le rencontrez partout... H est vrai que' jus-» qu'ici vous avez reçu s^s avancés avec aasez de réserve.... — Ses avances..*.! Que dites* vous? De qui voulez-vous donc parler.*...?

— * Mais ^ de madame de Valcé. A ces mots^ Fëtonnementet le dédain se pâgnirent également sur le visage de Charles. Madame deValcé! s'écria-t-il; qui^ moi 9 j'aimerois une personne si méprisable. ..! Ah ! cessez de vous abuser; le sentiment que j'éprouve est plus excusable 9 mais- il n'en est que plus dangereux*. •« — Eh! quel est donc robjet qui l'insinre..««? Çiuoi! serait*ce madame d^Ostalis...,? A cette question » il rougît eb baissant les yeux; et^ par cet aveu tacite^ a me causa un étonnetnent que vous part»* gérez sans doute: j'éprouvai en même temps une joie secrète que j'eus de la p^ne k cacher. A près un assez long silence : Ebfin f repris^je , quelle est voire espérance. .? •^ Je n'en ai aucune. — Si vous croyez cela »

mon fils , vous vous abusez vous-même; on n'aimé point sans espérance. Je conçois bien que là réputation de madame d'OstaJîs vous ef&aie un peu ; maïs, tous vous flaitex

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confusémeût qu'une passion véritable , une constance à toute épreuve^ ne trouvent point de rigueur éternelle ^ surtout lorsqu'on possède les agrémens que vous avez...

—Non, non, f estime trop madame d'Os-

taKs — Eh bien ! êtes-vous fermement

décidé à ne jamais lui parler de yotre pas« sion? Formez- vous de bonne foi le projet de la lui laisser ignorer toujours ?Non> sans doute : au contrûre y dans le fond* de votre âme, vous avez peut-être fixé le moment ofi vous lui forez connottre yos seniimens^ et vous penses <pi!elle vou» tiendra compte de la discrétion qm vi>us les aura (ait cacher si long- temps ; mais cette prétendue discrétion n'est qu'une politique adroite , qu'un piège de plus que vous lui préparez pour la mieux surprendre- un jour : voilà quelles sont les chimères qui vous séduisent. Ah!

Charles, seriez-vousassez^malheureuxpour ne pas croire à la vertu...! — Ah l je-crois cellede madame d'Ostalis aussi solide que sincère.. •• — Pourquoi voulez-vous donc essayer de la corrompre.,.? — Je voudrois seulement qu'elle me plaignît,.. ,.— Vaine

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erreur...! -vous tous déguisez à ?ous-m^e vos propres inlentions,: descendez.au fond de votre cœur^ ezaminez-leJbien^ Tousserez effrayé de sa situation. •• Je n'ai plu$ qu une réflexion à tous offrir ; si madame d'Ostalis, comme je n'en doute pas.^ est Teritablement Teriueuse ^ le fol ^«spoir que tous nourrissez ne pourra que vous rendre,malbeureux : si, au. contraire ^ elle doit iSa réputation plutôt aux circonstances qu'à ses principes 5 TOUS parviendrez peut-être à la lui ravir ;. mais, dans celtesupposilion^tpou- Tez-Tous euTisager , sans frémir, l'abime affreux dans lequeLvous.l'entraineriez? Songez combien elle* est beureuse., admirée de tout ce qui la .connoît,.cbérie d'un mari Terlueux et d'une famille dont elle fait la glpire et le bonheur,... Poutcz-tous conceToir le cruel dessein de lui cnlcTer à jamais une félicité jsi pure...? Vous Faimez éperdumentj eh bien ! s'il est Trai, respectez donc. ses deToirs, jsa réputation^ son bonheurj triomphez d!une passipn insensée, qui ne pourroit que tous rendre ridicule, slelle étoitconnue. —Ridicule..!

Sgft ADELE

PeuHm réire en aimatit la personne -la plt^s digne d'être adorée I -*- Enosatit parèftre amoureux d'elle , vous laisseries voir une témérité qu'aucun homme encore n'amon«-' trée.... D'ailleurs 9 réfléchissez donc à la disproportion d'âge qui se trouve entre vous et madame d'Qstalis ; elle a vingt-six ans i et vous n'êtes que dans votre dix-neuviéme année; elle est mère de famille, et je ne puis encore songer à vous marier : celte idée seule devroit vous faire sentir l'extravagance d'un attachement dont la raison vous guérira bientôt, si vous le voulez sincèrement.

Cette conversation finit par des protestations réitérées de la part de Charles , de suivre tous mes conseils avec uue exactirade scrupuleuse.

A ne vous rien cacher) ma chère fille , je ne puis être sérieusement effrayé d'un penchant dont l'objet est si estimable ; la disproportion d'âge s'oppose nécessairement à sa durée. Madame d'Ostalis est encore dans tout l'éclat de sa beauté ; mais dans quatre ou cinq ans elle ne sera plus comptée panniles jeunes personnes* Ah ! si nous

e nous abusions poûit dans nos espélùcesj avant ce temps un sentiment plus eureui pourroit rempBr le cœur de Char- )8.... Eji effet, d'apfes la connoissance que aï du caractère de madame d'Almane , je e doute pas qu'elle n'ait pensé plus d'une Dis à Charles , et je suis bien sûr que l'éduation y la conduite et les qualités person*lelles seront les principales considérations [ui détermineront son choix. S'il est vrai [u'elle ait déjà quelques vues , je suis peruadé qu'une des choses qui pourroit le )lus nous nuire , seroit l'idée que votre fils iprouve une passion véritable pour une emme de la tournure de madame de Val- :é : ainsi , je crois qu'il est essentiel de la irer d'erreur à cet égard, et, à l'insu de Charles , de lui avouer la vérité. Si la charmante Adèle avoit seulement deux ans le plus , Charles connotiroit bientôt l'inconstance; il a été très-frappé de la figure !;t de la grâce d'Adèle , et il me seroit bien Facile de disposer son cœur à Taimer... Ah !

n mes yeux, avant de se fermer pour jamais , pouvoient voir cette imion si désirée , mal-

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gFC lous les maux ^e j'ai soafier-is^ je descendrois au lombeau satisfait de ma destinée. Adieu ^ ma cbène fiUe; }e parlerai demain à madame d'Almane • et je vous rendrai compte de ce^ entretien^

ET THEODORE. 4oi

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