LETTRE XLVII
Zte comte de Rosevilie au Baroni '
Je souscrirai sans peine, mon cher baron, à* tout ce que voijs dîtes en faveur de»
femmes : je croîs qu'on pourrait citer plus d'une mère en ëtat d'ëlever son fils aussibien et peut-être mieux que le meilleur père ou le plus habile instituteur. Qui de nous peut se flatter de les égaler en délicatesse , en finesse ^ tandis qu'elles peuvent s*élever aux qualités qui doivent nous caractériser, le courage et là grandeur d'âme !• Je pense , comme vous , que l'éducation qu'elles n'auront pas ou dirigée ou perfec-»
tionnée ^ ne sera point entièrement finie , mais ce principe n'est rigoureusement vrai qu'à l'égard' des particuliers: et' voici sansr doute une des difiiîrences des plus frappantes qu'on puisse remarcpier dans* les deux plans d'éducation , d'un'particûlier;( quelle IL 17*
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que soil rélévalion de son rang ) , et d'un prince fait pour régner. II est important au bonheur de votre fils, qull ait , en général; une opinion avantageuse des femmes; c'est surtout le désir de leur plaire qui le fera paroîire aimable ; ce sont leurs Suffrages^qui rendront son existence véritablement agréal)le dans la société , et qui le retiendront dans la bonne compa^ie. La femme que vous lui choisirez sera certainement digne de sa tendresse ; il faut donc qu'il ait pour elle nn sen\hnent profond d'estime et une confiance entière. Mais un prince ^ fiit pour régner, n'est pas fait pour vivre dans te qu'on appelle le grand monde : les femmes ne peuvent contribuer au succès quiil doit désirer j sa gloire et sa félicité dépen» dent uniquement du guerrier, dnmagislrat j du oHoyen vertueux , des suffrages de la nation et de l'amour du peuple. L'épouse qu'on lui donnera ne sera point choisie pour son mérite personnel , c'eit la polifi^ que seule qui la fera préférer'; peut-être sera -t-Kille dure ^ implacable, impérieuse; peut- être joindra* t-dle à beaucoup d'inca-
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paciué le vain désir de dommer. II est donc impôrtam que lè prince soit décidé d'àvanoa à se pcnnt se laisser gouTerner par elle* Au reste ^ je ne prétends point inspirer à mon âève du mépris pour" les femmes en général , mais je veux qu'il sache s'en défier 9 «et qt^il soif convaincu d'une vérité dont je raisi persuadé mcH^m^e^ c'est qu'on doit toujours les tenir éloignées des grandes affaires r ell^ peuvent nous égaler par la raison^ mais bien rarement par la priidence.Moins sensibles qu'elles 9 lorsque nous avons passék première jeunesse , nous somnies à l'abri de ces ^notions subites et violentes que les fuoÊïieè éprouvent si faci-^ lepienty et qui > .manifestées tit>p souvent fiardes évanouissemens jd'affreosesccxivulsiofis^ f peuvent découvrir en un instant le plus important s^ret« La ibiblesse de leur constitution , la mobilité de leurs ti*aits^ l'expression de leurs yeux ^ la rougeur involontaire que la mpindre surprise excite en elles , )a délicatesse même de leur tant qui rend cette rougeur plus vinble et pltis mar* qnée, tout enfin concourt à rendre leurs
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premiers, 'mouvemens indiscrets; Ea un mot, it me semble que la nature ne 1^ a pas mieux, formées pour être dépositaires d'ui%. secret d'état y que pour commander des armée&L Je sais^ qu'on a vu des femmes gagner des batailles^ et r^ner avec autant d'éclat que les plus grands it>b ^ maisansô je ne parle qu'en général , et j-'admets volontiers > des excepticNQa> dont llÙBtoire même de nos jours p<)ui!ra fixitmii; plus d'un exemple. >....:.
L'abbé Duguet y dans scm Institution itun Prince , porte; .des- femmes un jugement infinim^ent plus sévère que le mien , et. je trouva. fnême- que le portrait qu'il fait d'eU^ n'jç^t /iqu'jQy^e. satire injurieuse ^ beaucoup nsmoins^ fondée sur la vérité, qu'iin^pirée par.l'htîmeur. Ce portrait , aussi long que peu galant , finit ainsi:
« Insensiblement , la cour où elles ont » du pouvoir dégénère en une eour pleine » d'amuaemens, de plaisirs, d'occupations » frivoles; leluxe,lejeu, l'amour et toutes 9 les suites de ces. passions y régnent. La
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X viHe imite bientôt la cour , et la pro- » yincesuitbientôt ce pernicieux exemple.
H Ainsi , toute la nation ^ pleine autrefois r> de courage ^ s'amollit et devient effénû*- D née y et l'amour du plaisir et de Fargeni i> y succède à celui de la vertu. Il est don« » nécessaire, pour écarter toute faveur^ » toute brigue y toute vénalité , tout inté* 3> rét , toute passion > de n'accorder ans » femmes aucune part au gouvernement :
)» elles seront modestes et pleines de raison » quand elles seront conduites | mais elles » rempliront de corruption la cour etl'éi) tat , si elles deviennent materesses*. xv
Vous me demanderez sans doute comment je m'y prendrai pour préserver mon élève de leur séduction. Je ne me flatte pas de le garantir des traits de l'amour ^ mais ù cette passion dangereuse peut l'égarer quel»
quefoi&y du moins je suis bien sur qu'eHe ne le maîtrisera jamais. Il est , ainsi que moi ^ bien persuadé que les femmes ne peuyenc avoir la prudence des hommes :: il conseil*
^ Yoili ce que j'osai écrire et citer en 178a.
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vera , toute sa fie^cetteidéq qudfalgravée dam sa tête» iKm-seuleraent par des raison* Hemero , mais par toutes les preuves que j'ai pu rassembler. J'ai su lui inspirer deux sujets de défiauce au lieu d'ua; fe ne nie sins pas contente de lui dire que les fem« mes f en général » sont légères» indiscrètes^ qu'elles aiment à parler , à sq vanter dé h confiance qu'on leur témoigne; j'ai a^jontë:
Il en est cependant auxquelles on ne peut reprocher ces défauts » mais elles sont fenh mes » et par conséquent sujettes à touteiles ânotîons indiscrètes que produisent tou* jours en elles l'étonnement^ la frayeur^ la douleur et la joie; dles ne divulguent point les secrets qu'on leur .confie y.mais e|les les trahissent involontairement : ainsi » ^ quoi-» que la cause soit différente » Tefiet est tou^ jours le même. De semblables discours ^ rér pétés depuis la plus tendre enfance , ne peuvent manquer de produire de profondes in^ressions y surtout lorsqu'ils sontappnjrés par des exemples , et ceux de ce genre ne sont pas rares à la cour. Il vient d'arriver ici un événement qui nous a fourni plus d'nne
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uule réflexion sur ce sujet. Une femme de h couVf également distinguée par sa conduite et par sa beauté 9 dinoit chez le comte dè^^ avec cinquante personnes; son mari arrive au moment où l'on alloit se mettre à tal)le > et conte tout haut que le baron de L^^^ vient de se casser la jambe en tombant de cheval : comme il achevoit ce récit , il jette Les yeux sur sa femme ^ il la voit pâlir, chan-> ger de visage , et enfin s'évanouir. Cette fa* taie imprudence d'un cœur trop sensible,, ravit à celte malheureuse femme sa réputation , Festime et l'amitié de son mari , et toute la tranquillité de sa vie. Plimeurs personnes prétendeiit qu'elle est innocente, ; et que le secret qu'elle a trahi étoit ignoré, do 1 objet même d'une si violente passion.
Cette avcnt nre a vivement frappé le prii^ce ,' . et l'a confirmé pins que jamais dans l'opi^ nion que je lui ai donnée des femme$.
Nous avons eu à cette occasion uncf lôi)i*« gue conversation sur Tamour. C'est une bi^li» dangereuse passion , me dit le prince : ou^,i pépondis^J63i;.pour les caraueres £Q}ble%l c^est ^UYJC^\^^%)i^ ^fj^ d'empire sur lt&
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femmes.— Elle a plus d'empire sur les fém-^ mes? — Certainement^ car elles lui sacri* fient souvent Thonneur; etrhommelemoins délicat ne balancera point âsacrifierramour à son honneur^ — Mais pour nous , cette alternative est bien rare ?^ — Pas autant que vous le croyez; moi> par exemple^ je me suis trouvé dans cette situation .^^ — Ah !
contez -moi cela..... — Tetois amoureux d'une jeune personne charmante. . .— -Etoitelle blonde ou brune. .. ? — Elle avoit des cheveux châtain-cfair. . . — I3n beau teint i une belle îaiBe...? — Oui; elle éloit parfaitement belle. Nous étions libres tous deux^ nous nous aimions : nos parens approuvent nos sentîmens mutueb , et fixent le jour qui doit nous unir pour jamais.* Je servais alors dans ta marine;- la guerre se déclare : au même moment je vole à Versailles^ je sollicite un commandl^ment y on me l'accordey mais à condition que je partirai sans délai ; c'est-à-dire le lendtoiain. C'étoit me demander un cr uetsâcrifice ; il fâlloit tdi£^r de quatre ou cinq mois un mariage auquel* f attaehois le bonheur de ina'tie; il:Ëdloie
partir, m'embarqueretlaisserciellecpefai*moiS) livrée anx plus mortelles alarmes.*.
Cependant je ne balançai point, j'acceptai ]e commandement , et je promis de partir k la pointe du jour. — Et vftes-vous votre maîtresse ? «— U &llut bien lui annoneer cette terrible nouvelle. Elle employa vaâne* ment^ pour ine retenir, les prières, les pleurs, les convulsions, les évanouissemens; je la quittai, je partis, et je m'embarquai.
— Et que devint-elle après votre départ ?
— *£lle se consola, et à mon retour je la trouvai mariée. — - Je ne m'attendois pas k ce dénoùment. — Si vous étiez plus ^é, il vous surprendroit moins. — Au reste, votre action ne m'étomie point. '-*- Elle est en effet très-simple. . . — ^ Je suis bien sûr que je ne balancerai jamais entre Tamour et mon devoir...— D'aiUeurs, famour n'est pas un sentiment (ait pour vous...— Gom<ment ?«— A moins d'être insensé, cmnes^j livre que lorsqu'on peut se flatter d iAteBit un retour ônoère... —Eh bien...?*— * 8k bien 1 dans le rang où vous éies, qui <vtMA assurera que râmbition ne MPa fèà lekôo^
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secret des prëférenoes qu'on vous temoi* gnera? — Cette id^ seroit bieu cruelle. Je dois donc renoncer aussi à l'espoir d'aii(oir des amis? — Ohl cela est tout différent:
c'est par des actiops yejrtueuses^ par des services réels , (ju'un homme vous tésm" gnera son attachemei^t. De telles preuves doivent obtenir votife confiance et votre estime I tandis qu'une femme , excepté celle qui sera votre épouse^ ne pourra vous montrer sa tendr^e qu'en se rendant mëprisa^r ble^ même à vos propres yeux. Si qudqu'un, dépositaire d'un secret , vous le révéloit en vous disant qu'il ne peut vous rien cacher ^ qu'il ne fait cette trahison que par tendresse pour vous, .cette prétendue preuve d'aflfectïon vous toucheroit-elle? vous persuade-^ •roit-elle que vous êtes véritablement aimé?
non sans dptile, parce que la personne qui se déshonore ne mérite nulle, confii^ce :
l'action , même qu'dJe regarde comme un 4)émoïgnage de son amitié, ne sert qu'à la Rendre suspecte,.. — Cependant il y a des J^ommes qui se croient réellement aimés f^r des £9mmes qui n^ sont poinj edtinukf
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hles • •• — Assarément. Quand une femme renonce à sa réputation , au repos ^ à llionneur^ pour un particulier, on doit croire en effet (jue c'est la passion seule qui Tégare ; mais vous, monseigneur, pourrez- vous avoir cette certitude. •.? — Et sî un prince ëtoit aime d'une femme désintéressée qui parût dédaigner la fortune, les honneurs. .?
-^ Et qui lui répondra que cette femme ne soit pias, au fond du cœur, aussi ambitieuse qu'elle semble modérée ? En supposant même qu'elle persévérât dans cette conduite, le prince pourroit toujours douter de sa tendresse, car on a vu quelquefois des personnes capables de mépriser l'argent et ' de dédaigner des places , quoiqu'en même temps elles fussent cependant très-sensibles à l'espèce de considération que peuvent donner le crédit et la faveur. Je vous dirai bien plus : très-souvent le même prince qui n'a jamais inspiré de passion, s'il eut été particulier, auroit peut-être eu beaucoup de succès dans ce genre... — Mais pourquoi cela? car enfin le rang où je suis ne fait rien à ma personne. -— Oui, mais il fait beaucoup
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surrimaginatioDj et l'imagination seule pro duit et nourrit l'amour. Ce sentiment impérieux et fragile veut de l'égalité; il ne peut s'accorder avecl'ambitioD, et l'amant de qui l'on attend ou de qui l'on reçoit une grande fortune, ne doit jamais se flatter d'inspirer une grande passion»— Tout cela est yrai| je le sens. Mais pourtant nous avons vu dans rhistoire que beaucoup de princes d'un grand mérite ont aimé passionnément. ...
— Useussentété plosgrands, s'ils avoientsu se garantir des séductions de l'amour; mais vous avez du voir aussi que rarement les maîtresses de ces princes ont pu parvenir à les gouverner, et même à <d>tenir d'eux les secrets de l'Etat... — Oh I les secrets de l'Eratl il faudroit qu'un prince fût insensé pour les conSer a une femme.. ••• — Sans doute, car une femme, outre le peu depru- ;dence dont elle est capable, n'entend rien aux afi^res : un prince ne donne sa confiance à un homme qu'après avCHr éprouvé sa capacité , son intelligence ; et comment connoître celles d'une femme , puisqu'on ne peut l'employer ni dans les conseils i
ni dans les négociations.... ? — Est-il possible qu'il y ait eu des princes assez dépourvus de réflexion pour consulter des femmes sur de^affaires importantes.... ? — Tel est Texcès d'aveuglement où peut conduire Famour , lorsqu'on a la foiblesse de s'y livrer; jugez donc s'il est nécessaire qu'un prince sache y résister toujours !
Cette conversation^ mon cher baron; doit satisfaire votre curiosité, ^ et répond mieux à vos questions que tous les détails que je pourrois vous faire : enfin , elle vous fait connoitre parfaitement quelles sont les idées et^es opinions que je veux donner à nïon jeune prince et sur lesfenames et sur Tamour.
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