LETTRE IV
Lta Baronne d la F^icomtesse.
EllFiN , ma chère amie, il n'y a plus d'espoir pour noire aimable Cécile ; elle louche au terme de ses longues souffrances : et dans quelques jours peut-être elle n'existera plus : il y a plus de deux mois qu'elle connoît son état , et qu elle a force M. Lambert (le médecin de Carcassonne) de lui parler sans détour, en lui défendant expressément d'éclairer sa famille sur le danger pressant de sa situation. Hier matin je reçus un billet écrit de sa main , par lequel elle me prioit de l'aller voir, s'il m'étoit possible j sur-le-champ. Je partis au moment même; M. d'Aimeri et madame ^de Valmont étoient allés faire une visite dans le voisinage, et je trouvai Cécile seule dans le château : elle étoil dans un fauteuil , car elle n'a pas encore gardé le lit un seul
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jour; je fus firâppée.dt son altetlemûntet de sa pÂleur. Cepeadant die pamt $e ra-^ mmer à ma vae^ et me fiûsaiU Mseoirà côté d'elle : Je eonrois , me dit-elle^ votre sensibilité; ainsi , madame ^ souffrez qua*vant de m'expKquer y je ?oas assure qu'il est impossible d'être plus parfaitement beureose que je le suis à prëseni... G) début ne me prépara que trop à œ qu'elle vouloit m'annoncer. Ëb quoi I m'écriai-je , M* Lambert vous anrail-il àku* 7 -^ Je ïai vu ce matîu.... — Eh bien? — * EU bieo! ma* dame , je dois vous dire» un cteniel adieu— A ces mots ^ quelques pleurs mouillèrent ses paupières; pour raxn, je foudoia en larmes.... Nous fûmes un moment sans parler... Enfin 9 Cécile ireprenaut là parole :
Eh quoi! madame, me dit-elle, mon bonheur vous afflige !••• Ah! Cécile, interrompis- je 9 vous nous trompie:^ donc qc^and vous nous assuricK que vous pourriez aimer la vie?... — Non, répondit-elle; je ne vous trompois pas ; si Dieu* yoùloit pi*Or longer mon exil; je me sQûmèiUx^ à ^fi volonté « nonrseulement sans imurn»jiii>^ei^
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mais sans chagrin; depuis ma dernière mar^ ladie ^ il a changé mon cœur , ce cœur jadis si foible... I C'est dans la cabane de Nicole que j'ai reçu le coup qui me, prive de la vie... Ce que je souffris alors ne peut ni s'exprimer , ni se concevoir... ! J'abhorrais mon existence ^ et cependant je n'envisageai la mort qu'avec efiFroi, qu*'avec horreur; et j'éprouvai que dans ces terribles momens^ sans l'innocaice et la pureté de l'âme ^ îl n'est poiinde vrai courage : enfin, lorsqu'on me crut hors de danger , je sentis bien que je n'étois arrachée du tombeau que pour quelques instans ; je profitai du délai qui m'éloH accordé, je reconnus mes fautes et la coupable illusion de toutes les passions humaines ; j'osai m'adresser avec confiance à Dieu ; il exauça mes prières , il me rendit la paix et la tranquillité ; il éleva mon âme jusqu'à lui, et devint seul Follet de toutes mes affections et de mes pluB chères espérances. A mesure que Cécité parloit, je voyois sa pâleur se dissiper, •es^yeux s'animer, et sa physionomie s'em:^ bellir par l'expre^on la plus touchante et
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h plus noble y le ton ferme de sa voix , la douceur de ses regards ^ l'auguste sérénité répandue sur son visage , me faisoient passer insensiblement de l'attendiîssement h l'admiration ; je croyois voir , je croyois entefidre un ange , je la regardois avec avidité, je l'écoutois avec respect, et lorsqu'elle eut cessé de parler , je la contemplois toujours avec ravissement , et j'étois affectée d'une manière trop extraordinaire pour pouvoir rompre le silence. EnBn, elle m'expliqua les raisons qui lui avoient fait souhaiter de me voir en particulier; elle désiroit que je préparasse doucement son père et tfa sœur d t^ événement^ ajoutât-elle , qv^elle sentoit devoir être infini-' ment prochain.... Vous jugez avec quelle répugnance je me chargeai d'une semblable commission, et avec quel chagrin je m'en acquittai.
M. d'Aimeri et madame de Valmont ne voyoient dans la situation de Cécile, que cette langueur peu dangereuse qui suit si souvent les grandes maladies ; II. 3
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ils etolent rassurés par sa jeunesse et son air de sécurité , et ils ignoroient absolument les symplônaiîs et les accidens qui rendoient son état mortel. Cependant, comme un yif intérêt nous fait gisement passer en un moment d'une extrémité à l'aillre, M. d*Àimeri, dès les premiers mots que je prononçai , pressentît son malheur; mais, comme s'il eût voulu nourrir encore un foible rayon d'espoir , il cessa tout à coup de me questionner , et un instant après il me quitta et fut s'enfermer dans sa chambre. Pour madame de Valmont , elle eut tant de peine à me comprendre, qu'elle me força de lui répéter presque tout ce que m'ayoil dit Cécile. Je restai avec elle jusqu'au soir. 11 y a trois jours que je ne l'ai vue ; elle m'écrit que sa sœur est toujours dans le même état ; que M. d'Aimeri est accablé de la plus profonde douleur ; mais que cependant la parfaite résignation et l'angélique piété de Cécile lui procurent les seules consolations qu'il soit susceptible de recevoir. Adieu ^
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ma chère amie i tout ceci ni'a tellement troublée et touchée ^ que j'en ai été malade. J'irai après-demain passer la journée chez madame de Vabuont, et je vous écrirai le soir même avant de me coucher.
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