LETTRE V
De la métnè d tu tnêtne»
Hêlas.... ! elle n'est plus î Oh! de
quel spectacle j'ai été témoin.... ! Cet mfortuné M. d' Aîmeri , c'est lui seul qu'il faut plaindre maintenant.... ! Ah ! si pour une faute , irréparable à la vérité , mais expiée par dix ans de repentir, le ciel le punit avec autant de sévérité , que doivent donc craindre les pères dénaturés qui cherchent à s'aveugler sur l'atrocité de leur
injustice ' J'ai l'imagination si remplie
de tout ce que j'ai vu aujourd'hui, mon cœur en est si affecté, que je ne puis parler
d'autre chose. Ecoutez donc ce triste récit; il sera fidèle et vrai, et il me semble que je suis trop vivement frappée pour ne pas vous communiquer une partie des profondes impressions que j'ai reçues. J'arrivai ce matin .chez madame de Valmont , à l'heure du dîner; je trouvai toute la maison
cùQsXermée^ et l'cm me dît que Cécile avoit hé si mal dans ]a iiuit> qu'on avoit envoyé chercher le médetcia; qu'elle avoit reca toQs ses SQqremeoii^ mais que cependant elle ëtoit noieuii , et t^ié même elle venoit de se lever. J'entrai dans sa chambre } elle étoit couchée sur une chaise longue ; son père et aa sœur ëtoieni assis k ses côtés ^ et le médecin lui faisoit boire une potion.
Aussitôt que je parus^ madame de Valmont vint a moi^ ei me dit avec un air de satis&ctjon qui me confondit : a Elle a eu ))t une crise affreuse ; msôs ^e est bien , )x elle est étonnamment bien à présent, d A ces nobots , je jetai les yeux sur te médecin f comiJie p^ur l'interroger , et il me réfK>ndit par un regard qui n^ fit frémir. . . Je me sentis un tel battement de cœur ,
que je ftis contrainte de m'asseoir Dans
ce moment , M. de Valmont prenant la parole : « Certainement , dit-il y dés qu'elte' » a eu la force de supporter la crise de » cetie nuit^ on a tout lieu de croire » qu'elle est absolument hors d'affaire. »
En effet ^f ajouta madame de Valmont ; en
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regardant le médecia^ il faut voir bien en noir pour vpensèr autrement.'... Ah! ma sœur , ma sœur f interrompit Cécile , que
vous avez peu de raison l M. d'Aimeri,
qui jusqu'alors àvoit gardé le plus profond silence 9 leva dans cet instant ^sur Cécile des yeux remplis de larmes ^ et saisissant une de ses mains : Eh ! pourquoi^ lui dit-il d'ime voix élouCEee, pourquoi vouloir nous ravir l'espérance.... ? Pour toute réponse , Cécile jeta ses deux bras autour du cOudeson père^ et le tint embrassé que^ue temps ^ans parler j ensuile^ s'adressant à madame
de Valmjont • die demanda ou étoit le
jeune Charles^ et parut désirer de le vrâr :
on fut le chercher, il vint ; Cécile le-, fit asseoir sur le pied de sa chaise longue , et remarquant qu'il avoit les yeux rouges :
Charles, lui dit-- elle en souriant ,, vous^vez donc aussi plei^vré ? .Charles , à ces mois , lui baisa la màiu'> et i*esla la tête appuyée sur les geùoux de sa tante, n'osant plus montrer son visage , parce qu'il pleuroit encorie. Cçcile, sentant sa main mouilléede larmes : Charles^ ajouta-t-elje , si vous
ET THEODOriE. St
éliez moins jeune ^ vous comprendriez que ^ lorsqu'on a bien vécu , le moment où voua me voyez est le plus beau de la vie> même la plus heureuse.. •• Mon corps est bien foible et bien languissant , mais mon âme
est calme él satisfaite J'em{)orte de si
douces idées ! Je suis sûre , Charles ^ que vous ferez toujours le bonheur de mon père^ et que. vous l'aimez autant que je Faime»... Q)mme elle achevoit ces paroles, Charles^ baigné de pleurs^ se leva impé«tueusement^ et fut se jeter dans les bras de son'grand père.... Je ne puis vous exprimer le sentiment et la grâce qu'il mit à celte action. M.d'Aimeri le pressa contre $on sein avec la tendresse la plus pas« âoùnée ; et^ le prenant par la main^ il sortit ?yec lui de la chambre de sa fille ^ pour aller ^ sans doute , se livrer sans contrainte ttout l'attendrissement dont il étoit pénétré* Un moment après j Cécile nous conjura tous d'aller nous mettre à table.
Vous jugez bien que le dîner ne fut pas long. Madame de Valmont s obstinoit toujours à conserver de l'errance; pour moi^
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je n'en avois aucune , car lo médecin m'avoit dit positivement que Cécile n'avoit pas vingt-quatre heures à vivre. En sortant de table , nous retournâmes cbez elle; nous la trouvâmes très-calme, et le curé, qui ne l'avoit point quittée > nous dit 'qu'elle lui paroissoit beaucoup mieux que la veille.
Nous nous assîmes autour de sa chaise longue , et au bout d'un moment , Cécile dit qu'elle avoix envie d'essayer si elle pourroit marcher j son père et le médecin l'aidèrent à se lever , et la soutinrent sous les bras ; mais ^ peine avoit-elle fait cinq ou six pas, que, s'arrétant brusquement, elle s'écria : Omon père.... I A ce cri plaintif et déchirant, M. d'Aimeri, hors de lui, la prit dans ses bras ; elle s'y pencha douce* m^ent, les yeux à moitié fermés.... Le médecin saisit sa main, et après lui avoir tâté le pouls ^ fit un signe au curé, qui, au momjent même , prit un crucifix ,, s'approcha de Cécile , et lui dit d'une voix forte ces terribles paroles : Recommandez votre âm£ à Dieu ! A ces mots , Cécile , roovcaniles yeux, les éleva vers le ciel, en
pressant le crucifix contre sa poitrine ; et dans cette attitude^ son visage et toute sa personne avoient une expression et tme ix)Uesse qui donnoient à sa beauté quelque chose de véritablement céleste. Après avoir fait sa prière 5 tout à coup elle se jette à genoux^ en disant : Mon père, donnez-^ moi votre bénédiction. M. d*Aimcri se pra:ipite à côté d'elle , ses bras tranblans s'ouvrent pour recevoir encore une fois cette fille chérie... Cécile tombe sur le sein de sonmalheureux père. .^ et c'en étoit fait. . ; elle expire...! *
Après ce triste récit ^ vous n'attendez pas de moi d'autres détails ; il vous suffira de savoir que la douleur de M. d'Aimeri est au-dessus de tout ce que peuvent imaginer
ceux qui n'ont jamais eu d'enfans Je
l'ai forcé de venir avec moi à B. . . ^ le soir même , avec madame de Y almont et le jeune Charles , et ^ quand il sera en état de recevoir les consei^s de l'amitié , nous l'en-
* On peut voir par le détail de cette maladie , auquel je n'ai ni changé ni ajouté un mot , si l'accusation de -M. de la Harpe est fondée.
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gagerons à voyager avec sou pelit-fils ; car cette espèce de distraction est la seule qu'on puisse supporter dans sa. situation.
Adieu , ma chère amie -, écrivez -moi , je suis bien triste j vous savez que je ne m'affecte pas foiblement ; vous savez à quel point me deviennent chers mes amis lorsque je les- vois soufTrans et malheureux , s^nsi jugez combien je suis pénétrée^ et combien vos lettres me sbnt nécessaires !