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Toutefois, et pour apprécier les choses sous toutes leurs faces, on ne peut se dissimuler qu'il ÿ a danger pour l’artiste à se laisser si entièrement absorber et dominer par le professeur, si distingué qu'on le suppose. L’arrière-petite-fille de la Barilli n’a eu que la peine de se laisser vivre, guidée, soufflée, instruite par son maitre. Jamais un jour elle n'a dû se préoccuper du lendemain , jamais elle n'a dû lutter contre aucun obstacle, son beau-frère lui préparant les voies en toutes choses. On conçoit, dès lors, combien la personnalité de l'enfant s’est effacée, combien tout élan devient impossible, comment toute initiative se trouve annihilée.
J’ajouterai tout de suite qu’afin de ne pas la fatiguer, M. Strakosch, qui fait pour elle ses engagements avec les directeurs de théâtre, en un mot toutes ses affaires, petites et grandes, en est arrivé Jusqu'à répéter à sa place les opéras à la scène. Les initiés ont pu le voir souvent, transformé en Rosine, en Lucie, en sonnambula, donner là réplique et chanter un duo d'amour. C’est à grand’peine que la diva consent à répéter une fois à la scène un ouvrage. Cependant on l'a vue, dans une ou deux circonstances , venir plusieurs fois de suite au théâtre, à l’occasion d’un opéra tout nouveau pour elle, De semblables facons n’ont assurément rien d’agréable pour ses camarades ni de favorable à la bonne interprélation d’une œuvre, mais le succès a des tyrannies auxquelles on échappe difficilement.
Un détail qu'il ne faut pas omettre c'est le grand luxe de costumes déployé par mademoiselle Patti, et son peude souci de la tradition. Choisissant pour son costumier le tailleur de la «fashion» : elle a laissé toute liberté à M. Worth. Et l’on sait si le nouveau Supplhs donne pleine carrière à son imagination vagabonde! La chanteuse à la mode ne pouvait prendre que le fournisseur de nos élégantes, et cette communauté de goût n’a pas été sans influence sur l’attraction qu’elle exerce sur le public des salons.
Enfin, une chose à noter, c’est que mademoiselle Patti n’écrit à personne; du moins je n’ai jamais entendu dire qu'aucun de ses critiques ait reçu le moindre mot d'elle, Le petit billet que je
donne ici est l’un des très-rares autographes de la diva.
ë ADELINA PATTI.
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Tant de soms ne devaient point demeurer stériles ; et, contrairement à la loi commune, le petit prodige n’était point destiné à ; disparaitre. Le 24 novembre 1859, l'aurore d’une brillante carrière se levait pour Adelina Patti. Le soir même, elle débutait au théâtre italien de New-York dans Lucia. Elle avait alors seize ans. Le passé de la débutante, déjà si extraordinaire, son âge si tendre, l’incrédulité des uns, la grande confiance des autres, donnaient à ce début un attrait tout particulier et excitaient vivement la curiosité publique.
On rapporte que le succès de la jeune fille fut très-grand, et qu'il se continua pendant toute la durée de son engagement.
Ces deux années écoulées, elle s’embarqua pour le continent européen, accompagnée d’une étoile fidèle que les brouillards de l'Angleterre ne devaient point voiler.
En effet, le 14 mai 1861, Adelina paraissait sur la scène de Govent-Garden dans la Sonnambula, et les Anglais ne se montraient pas moins enthousiastes pour elle que leurs frères d'outre-mer.
La réputation habilement préparée et si bien justifiée d’ailleurs de la nouvelle cantatrice se répandit bientôt aux quatre coins de l’Europe. Toutes les capitales se la disputèrent à prix d’or. Madrid, Florence, Turin et Vienne la possédèrent avant son arrivée à Paris. Partout l'engouement fut le même,
La fortune de la fille du ténor Patti et de la Barilli commençait.
Le petit prodige, qu’au temps de l’adversité on avait dû produire | jusque chez les sauvages de l'Amérique, était devenu femme, et, en outre, l'artiste le plus en renom de son temps. Il ne lui manquait que les palmes parisiennes.
Le 17 novembre 1862, dans cette même Sonnambula déjà choisie pour ses débuts à Londres, la Patti cueillait à Paris les pre-
mières feuilles de cette couronne de laurier que les habitués du
théâtre Ventadour ne se lassent point de lui tresser. Demandez plutôt à l’un de nos jeunes poëtes, M. Charles Coligny, qui chante
ainsi la gentile donna dans un sonnet récent :
Es-tu le rossignol, la rose, l'harmonie , Jeune divinité du ciel italien ?
Es-tu l'amour, l'esprit, le charme, le génie, Étoile aux éclairs d’or de l’art cécilien”?
O diva radieuse! à musique infinie !
Tu nous suspends à toi d’un céleste lien.
Tu portes dans ton cil le pleur d’'Iphigénie , La gaieté de Ninon et l'éclat de Tallien.
Chante, d ma Lucia; chante, à belle Adeline!
Tressaille sous ton lys et sous ta mandoline, Respire dans ta pourpre et dans ta floraison.
© brune Adelina! Comme Vénus la blonde De la pointe du pied boit l’'écume de l'onde. Tu sembles une fleur qui boit une chanson.