Arloing et Dufourt, Académie des Sciences, 9 nov
AE
glions mésentériques où l’on décelait de très. rares bacilles tuberculeux. ù
La pulpe de ces ganglions réinoculés (après filtration il est vrai) à de nouveaux cobayes, déterminait chez eux un état de cachexie considérable, et tous les animaux sacrifiés dans des délais variables ne présentaient encore que des lésions d’hypertrophie ganglionnaire avec nombreux bacilles acido-résistants.
. Si dans cette observation les lésions ganglionnaires du cobaye ont été reproduites par inoculation de filtrats, il n'en est plus de même dans les cas rapportés par MM. Calmette, Couvelaire, Valtis et Lacomme. Ces auteurs présentaient à l’Académie des Sciences le 15 novembre 1926 une note d'importance capitale dont les principaux caractères sont résumés dans leslignes suivantes :
«Du 1er janvier au 23 septembre 1926, 99 femmes tuberculeuses pour lesquelles la séparation de la mère et de l'enfant avait été jugée nécessaire, sont venues acoucher ou avorter à la clinique Baudelocque. Sur 100 enfants ou fœtus expulsés par ces 99 femmes, trois ont été expulsés avant le sixième mois (avortement), 12 sont mortnés ou sont décédés quelques heures après leur naissance et 85 sont nés viables. Parmi ces derniers 6 sont morts à la clinique, 3 par infection pulmonaire et3 par dénutrition progressive. Le déchet global fut donc de 21 enfants ou fœtus. De ces derniers, 10 seulement purent être autopsiés et ont fait l’objet de nos recherches.
Sur 4 enfants (dont deux extraits par opération césarienne) morts-nés issus de mère tuberculeuse, nous avons trouvé chez trois d’entre eux à l’examen direct du produit d’écrasement des ganglions coronaires, mésentériques et du hile du foie des bacilles tuberculeux. L'inoculation
Oumansky 10
de la pulpe de ces ganglions, ainsi que celle du foie et de la rate, ont été positives pour quatre de ces enfants. Celles des filtrats sur bougie Chamberland L2 ont été également positives pour trois enfants sur quatre (jusqu'ici). \
D'autre part, deux enfants pesant l’un 3.420 gr. et l’autre 2.000 gr. a leur naissance, meurent sans cause apparente le premier à 48 jours par dénutrition, le deuxième à trois jours. Leurs organes sont en apparence. indemnes et ne contiennent pas de bacille tuberculeux, mais les résultats d’inoculation du produit de broyage de ces organes sont positifs.
Au total, sur 9 enfants ou fœtus n'ayant eu après leur extraction ou naissance, aucun contact avec leur mère tuberculeuse, il a été possible dans trois d’entre eux, de trouver des B. K. à l’examen direct, et {ous avaient dans leurs viscères et dans les ganglions coronaires et mésentériques des éléments virulents qui inoculés au cobaye provoquaient presque constamment l’apparition dans les groupes ganglionnaires de formes bacillaires colorables par le‘procédé de Ziehl, peu nombreuses, que l’on ne pouvait parfois déceler que par des examens prolongés et minutieux, mais parfaitement nets.
Jusqu'ici pour 4 de ces enfants, l'inoculation de leurs organes s’est montrée virulente et pour l’un d’entre eux l'inoculation au cobaye du suc des ganglions mésentériques a déterminé au bout de six mois seulement, comme unique lésion visible, une légère adénopathie trachéo-bronchique sans caséification, avec bacilles tuberculeux abondants. »
Aïnsi dans de nombreux cas, la production de lésions ganglionnaires bacillifères est le seul témoin qui vienne affirmer la tuberculisation du fœtus in utero. Sans doute la production de tuberculose généralisée type Villemin
peut être réalisée par inoculation d’organes d'enfants morts-nés de mère luberculeuse, ou encore avecle sang du cordon. MM. Calmette, Valtis et Lacomme l'ont observée, MM. Brindeau et Nattan-Larrier, Lutzenfrey, Monckeberg, Sergent... l'avaient déjà noté. Dans une note récente à l'Académie de Médecine (18 juin 1929), MM. Brindeau et Cartier observent dans un nombre important de cas la tuberculose du cobaye. Dans 25 cas sur 34 examinés en ce qui concerne le sang du cordon, dans 13 cas sur 22 pour le sang de la mère, dans 11 cas sur 31 pour le placenta, la recherche du bacille tuberculeux est positive soit par examen direct, soit grâce à l’inoculation.
Dans un certain nombre de cas cependant, les résullats sont négatifs ou encore contradictoires : ainsi parfois l’examen direct montre la présence du bacille tuberculeux mais l’inoculation est négative ; d'autres fois les animaux paraissent malades dans les premiers mois qui suivent l'inoculation, semblent sur le point de succomber, mais peu à peu reprennent du poids et certains d’entre eux semblent absolument sains dans des délais très éloignés, 12 mois, 17 mois et plus.
* De tels faits nous paraissent explicables par la notion des formes atypiques de l’infection tuberculeuse du cobaye et l'observation suivante (due à l’obligeance de MM. Lévy- Solal et Jeannet) en est un remarquable exemple :
Mme X. présentant des lésions tuberculeuses importantes en évolution, affirmées par l'examen clinique, radiologique et bactériologique (très nombreux B. K dans les crachats) accouche, à l'Hôpital Saint-Antoine le 2 mars 1929 d'un enfant qui, séparé d’elle immédiatement, meurt deux heures après sa naissance.
L'autopsie ne montre aucune lésion viscérale ; les poumons, rate, foie, intestin, le péritoine ne présentent aucune
lésion. Il existe une très légère adénopathie trachéo-bronchique, les ganglions lombaires et mésentériques, sans être très volumineux, sont cependant plus gros que normalement
Les ganglions de chacun de ces groupes servent d’une part à faire des frottis d'autre part à l’inoculation de deux cobayes. Malgré de très longues recherches, on ne parvient pas à dépister de bacilles tuberculeux sur aucun frottis.
Chacun des deux cobayes reçoit sous la peau 10 cc. de liquide de broyage des ganglions le 2 mars 1929.
Le cobaye 1 présente au bout de 25 jours une adénopathie inguinale qui très rapidement s’accentue ; le 15 avril elle atteint les dimensions d’une grosse noisette et l’on sent à côté d'elle deux ou trois autres ganglions plus petits. Le 30 avril, l’adénopathie persiste, mais les ganglious satellites ont disparu. Le 30 mai, l'adénopathie inguinale est en voie de régression. Le 30 juin il ne reste qu'un pelit nodule à peine perceptible. Le 45 juillet, il ne reste aucune trace de l'atteinte ganglionnaire. En octobre, au bout de 8 mois l’animal est en excellent état.
Le cobaye II, inoculé à la même date dans les mêmes conditions présente une réaction analogue, c’est-à-dire que le 30 mars il présente une adénopathie importante qui devient considérable le 15 avril, soit 40 jours après l'inoculation. L'animal est alors sacrilié, le cobaye I servant de témoin. |
À l'autopsie, intégrité parfaite des viscères : péritoine lisse, sans exsudats, rate petite, lisse, foie normal, de même que les poumons.
Par contre dans la région inguinale droite on trouve l'adénopathie perçue durant la vie ; elle est importante, le ganglion hypertrophié atteignant le volume d’une noisette, [l est gris, dur, ferme, mais la coupè montre en son centre, une gouttelelte purulente : celle-ci examinée
au microscope, ne décèle pas de B. K, ; le pus est formé de polynucléaires peu allérés.
Dans la région lombaire, de même que dans la région trachéo-bronchique, les ganglions sont nettement hypertrophiés, mais sont loin d’atteindre les dimensions comparables à celles du ganglion inguinal. Les frottis de ces gauglions permellent, après de très longues recherches de déceler deux bacilles acido-résistants.
Deux cobayes IIT et IV sont inoculés avec le op de Dre e des ganglions du cobaye II.
Le cobaye TITI est inoculé avec le produit de broyage du ganglion inguinal. Un mois après il présente un chancre d'inoculation, une adénopathie considérable à type caséeux.Sacrifié après six semaines,on trouve des lésions généralisées de tuberculose, avec atteinte de tous les viscères, réalisant le type -lassique décrit par, Villemin. Les frottis des différents viscères contiennent de nombreux bacilles de Koch.
Le cobaye 1V est inoculé avec le produit de broyage des ganglions lombaires et. bronchiques du cobaye If. Dans les mêmes délais que le cobaye IIT il présente une réaction inguinale analogue, et l’animal meurt 7 semaines après la date d'inoculation ; comme dans le cas précédent, on trouve des lésions de tuberculose viscérale généralisée, avec présence de très nombreux bacilles de Koch.
Cette observation présente un triple intérêt : 10 parce qu'en raison des conditions où elle a pu être pratiquée toute possibilité d’une infection accidentelle doit être écartée démontrant ainsi — et cela en l'absence de lésion appréciable du placenta — la possibilité de tuberculisation du
fœtus in utero ; 20 cette tuberculisation n’a pu être démontrée que par la connaissance de la forme ganglionnaire de l'infection tuberculeuse expérimentale du cobaye ; 3° enfin, après un premier passage chez le cobaye qui se montre incapable de déterminer chez lui d’autre lésion que des lésions ganglionnaires curables, le virus tuberculeux issu des ganglions du fœtus acquiert un pouvoir pathogène beaucoup plus grand : il devient capable de tuer en quelques semaines avec des lésions de tuberculose généralisée, ce retour à la forme classique type Villemin de la tuberculose du cobaye étant ici rapidement réalisé, alors que dansla plupart des cas on ne peut l'obtenir qu'après de nombreux passages (cinq par exemple dans l'observation de MM. Durand, Kourilski et Benda).
De tous les faits précédents, on peut concevoir le problème de l’hérédité tuberculeuse de la manière suivante :
1° Chez les femmes tuberculeuses il existe dans le sang à certaines périodes des bacilles tubérculeux sous forme non du bâtonnet de Koch, mais sous la forme atypique — forme filtrable disent MM. Calmette, Arloing et Dufourt et leurs collaborateurs — qui sont susceptibles de traverser le placenta ;
2° Le passage du bacille tuberculeux, en particulier sous cette forme atypique, dans le sang du cordon est démontré expérimentalement par les travaux de Couvelaire, Calmette et leurs élèves, Brindeau et Cartier.
3 Ainsi s'explique l’infection du nouveau-né, qui montre d’une façon si fréquente dans ses ganglions la présence du.bacille tuberculeux atypique — de l’ultra virus — et cela alors que toute cause d'erreur doit être écartée ;
4° Quelle influence exercera sur la santé des nouveaunés ce bacille tuberculeux atypique qui a envahi les tissus fœtaux ?
Ici les opinions divergent : pour les uns ce rôle est très réduit, bien que la mort puisse survenir pendant les premières semaines qui suivent la naissance : ce sont des nourrissons qui, bien que séparés dès leur naissance de leur mère tuberculeuse, et placés dans d'excellentes conditions hygiéniques, dépérissent. s’étiolent, se cachectisent et succombent malgré tous les traitements. Mais si l'enfant ne succombe pas à ce syndrome de dénutrition progressive, il n’a ultérieurement plus rien à craindre, la virulence du germe n'étant pas susceptible de réveil et ce virus ne sensibilisant pas l'organisme à l'égard des surinfections venues du dehors.
Mais si l’on se souvient que M. Debré a montré la possibilité du phénomène de Koch chez les animaux inoculés avec des filtrats, on est en droit de se demander si les enfants qui ont doublé le cap des premières semaines n’ont plus à compter jamais avec le virus tuberculeux qu'ils hébergent — et M. Arloing estime que l'infection par le virus atypique explique bien des retards de croissance observés chez tels enfants issus de mère tuberculeuse.
De plus il n’est pas sûr du tout que,soit dès la {re année, soit plus tard, lorsque le nourrisson est devenu enfant, les bacilles conservent leur virulence atténuée. A l’occasion de fatigue, d’une des maladies dites anergisantes, on voit leur virulence augmenter, et il n’est pas impossible de voir dans ces germes l’origine de lésions tuberculeuses d'apparition tardive. Il est ainsi difficile de juger de l’état ultérieur de l'enfant infecté par le bacille atypique, et s’il peut apparaître souvent qu'il n’est pas sensibilisé, il n’est pas en réalité de fait qui permette de l’aflirmer.
Nous terminerons en rapportant une observation qui, bien qu’elle soit essentiellement faite de constatations néga-
tives, n’en présente pas moins un certain intérêt. Dans le service de Monsieur le Pr. Devraigne, succombe, 15 jours après sa naissance, avec quelques signes pulmonaires aigus, un enfant issu de parents suspects d’être atteiuts de tuberculose (coxalgie chez la mère, bronchite chronique chez le père), et qui a été soumis à la vaccination par le B CG. G. On demande à l'examen anatomique et bactériologique de déterminer si possible la cause de la mort.
L'autopsie ne montre guère qu'un foyer congestif, d'apparence banale, de la base pulmonaire droite et du 1/3 moyen du poumon gauche. Le système ganglionnaire ne paraît pas intéressé. Deux cobayes sont inoculés : le premier avec le produit de broyage de tous les ganglions prélevés, le deuxième avec des fragments de poumon congestionné. Les animaux sont observés durant six semaines pour le premier, trois mois pour le second. Ils ne présentent ni réaction locale ni générale, e& quand on les sacrifie iln’existe ni lésion viscérale, ni la moindre hypertrophie ganglionnaire. Les animaux éprouvés à la tuberculine ont donné des réactions négatives.
On semble ainsi en droit d'éliminer de facon absolue toute transmission héréditaire de la tuberculose (hypothètique) des parents, de même que l’on peut rejeter ici toute hypothèse d’une action nocive du B.C.G.
A côté des affections que nous avons étudiées jusqu'ici, scrofule, épanchements séro-fibrineux, septicémies et bacillémies tuberculeuses.... il y aurait lieu de chercher dans des affections différentes dont l’étiologie est le plus souvent imprécise, si la notion des formes atypiques de l'infection tuberculeuse du cobaye ne serait pas suscepti ble d'apporter une preuve en faveur de l’origine tuberculeuse souvent soupçonnée sans qu’on puisse, faute de preuve bactériologique, l’affirmer. Parmi les affections
qui mériteraient d'être étudiées à cet égard, il faut faire une place prépondérante aux affections de la rate et des ganglions, aux leucémies et principalement à la maladie d'Hodgkin, dont beaucoup d'auteurs admettent, bien que la démonstration n’en soit pas toujours faite, la nature tuberculeuse. Nous n’avons pu réunir de documents à ce sujet, mais il nous paraïl intéressant de rappeler ici une observation relatée par MM. L. Kindberg et Garcin dans les Annales de Médecine (octobre 1928) concernant un cas «d’érythrémie avec splénomégalie bacillifère, » La rate put être prélevée trois heures après la mort, elle est gorgée de sang mais ne présente pas de lésion tuberculeuse et les frottis ne décèlent, pas plus que les coupes, de bacilles tuberculeux.
« L'inoculation donne les résultats suivants : un des cobayes ne parut pas réagir. mais le 29 mourut au bout de deux mois avec un amaigrissement manifeste (100 gr.) etune Aypertrophie dure du système ganglionnaire ingquinal et lombaire: Pas de chancre, pas de réaction ou de lésion viscérale. Aucune lésion typique d’ailleurs des ganglions ; ni sur frottis ni sur coupe on ne peut y déceler de B.K., ni aucune forme microbienne ou mycélienne. Mais l'inoculation du ganglion inguinal à un autre cobaye provoqua chez ce dernier une tuberculose envahissante et typique avec chancre d’inoculation, adénopathie caséeuse, tubercules confluents de la rate et du foie, toutes lésions très riches en bacilles de Koch typiques avec leur acidoalcoolo-résistance habituelle ».
De cette observation, MM .Kindberg et Garcin tirent la conclusion suivante (en ce qui concerne le résultat de l’inoculation) : «la première inoculation n'ayant été suivie que d'une réaction ganglionnaire d'apparence banale . ; nous avions sur le moment éliminé toute idée de tuberculose, mais la réiroculation de ce ganglion devait donner une tuberculose typique... c'est là l'expérience même de
Fontes qui en 1910 se basait sur elle pour édifier la théorie des formes filtrantes du bacille de Koch. Par là notre observation pourrait illustrer certaines des recherches actuelles sur l’ultra-virus tuberculeux. »
En effet, comme nous le verrons dans le chapitre suivant, il existe de nombreuses analogies entre les lésions que nous avons observées chez le cobaye et celles produites par inoculation de filtrats tuberculeux.