‹ Adénites bacillifères curables: Unique manifestation de la Tuberculose expérimentale du Cobaye (Leur importance pour le diagnostic de la tuberculose humaine)Chapitre 35 sur 44 · ETUDE PATHOGÉNIQUE · texte numérisé non relu

ETUDE PATHOGÉNIQUE

Nous avons vu dans le chapitre précédent tout l'intérêt que présentait pour le diagnostic de certaines lésions humaines la notion de cette forme atypique de l'infection tuberculeuse du cobaye. Nous ayons vu que c’estgrâceäelle que nousavons pu établir avec certitude, en apportant une preuve bactériologique à des faits jusque là restés hypothétiques, la nature tuberculeuse de certaines polyarthrites et de différents états de typhose, établissant ainsi la réalité de ce que Poncet avait étudié sous le nom de rhumatisme tuberculeux et Landouzy sous le nom de typho-bacillose, pour ne parler que de deux points parmi les plus intéressants. | 5

Mais à côté de l'intérêt clinique de ces faits, il reste à en étudier la signification bactériologique, et nous devons essayer de résoudre un certain nombre de problèmes dont l'étude est parallèle : à quoi répond, dans l’histoire du bacille tuberculeux, le type de lésions pureñent ganglionnaire ? peut-on en tirer des éléments qui permettent de mieux comprendre la biologie du bacille de la tuberculose ?

Il était avant tout nécessaire d'essayer de faire rentrer dans le domaine des notions classiques les faits que nous avions observés.On était en droit d'émettre l'hypothèse suivante : la forme ganglionnaire ne représente que la première étape de la tuberculose viscérale du cobaye, c'est une tuberculose typique mais qui s’arréte en route, c’est en somme la forme curable bénigne de la tuberculose expérimentale, ce qu'est à une endocardie maligne ulcérovégétante évolutive l’'endocardite plastique cicatricielle. Dans cette hypothèse, le germe qui donne naissance à de telles lésions étant le même dans les deux cas, l’existence de lésions atténuées ne pourrait s'expliquer que par deux hypothèses, soit petit nombre de germes, soit virulence différente, car il convient d’emblée- de rejeter la possibilité de variations dans la résistance du terrain, les séries d'animaux inoculés réagissant de manière analogue dans tous les cas.

La possibilité de virulence différente du bacille tuberculeux a été envisagée depuisde très longues années, et si quelques auteurs en ont soutenu la réalité, par contre pour la plupart des expérimentateurs, les souches de bacille provenant de lésions diverses possèdent toutes un pouvoir pathogène équivalent. |

L'opinion la plus admise jusqu'en ces dernières années

était résumée de la façon suivante : «le plus ou moins de gravité et la variabilité des localisations tuberculeuses chez l'homme ne tiendraient elles pas au degré de virulence du bacille ? L'expérience a tout d’abord semblé en faveur de cette dernière hypothèse, et il est bien réel que si l’on injecte à des cobayes des crachats de phtisique ou du pus d'abcès froid tuberculeux, on observe dans les deux cas une tuberculose expérimentale bien différente.

Dans le premier cas le cobaye meurt en un ou deux mois, présentant le tableau d'une tuberculose caséeuse

généralisée ; dans le second l’animal peut ne pas succomber mais il met six mois, un an ou même un an et demi pour mourir, et à l’autopsie on voit que les ganglions ont presque tous subi une tranformation scléreuse importante, que le foie est sclérosé comme dans certaines cirrhoses tuberculeuses, parfois même avec production de liquide ascitique et que même au niveau du poumon de petites cavernes ont pu se produire.

Mais la différence est encore plus grande si, comme l’a montré Arloing, au lieu d'inoculer les produits tuberculeux. au seul cobaye, on les injecte à la fois au cobaye et au lapin. °

On voit en effet que si tous les cobayes meurent plus ou moins lentement, beaucoup de lapins échappent à l’infection. Or ce sont plutôt les lapins inoculés avec des produits de suppurations d’abcès froids ou avec des ganglions dits scofulteux, ou des crachats de tuberculose fibreuse, ou, comme l'ont rencontré Bezançon et Griffon, avec du liquide de pleurésie séro-fibrineuse.

Arloing avait supposé que dans ces cas, il s'agissait de tuberculose à type scrofuleux, dû à des bacilles de virulence atténuée ; les faits observés par Arloing sont vrais dans leurs grandes lignes, l'interprétation inexacte.

De très nombreuses recherches en particulier de Nocard, Kuss, Burnet, il semble ressortir que la virulence du bacille est presque toujours la même, quelle’ que soit la provenance du bacille. Les expériences récentes de Burnet sont tout à fait démonstratives à ce point de vue.

Au lieu d’inoculer directement les produits tuberculeux au cobaye, Burnet isole par culture les bacilles de lésions des plus diverses, pulmonaires, osseuses, ganglionnaires, et inocule à des lots de cobayes la même dose de bacilles provenant de culture de même âge sur les mêmes milieux : dans ce cas les lésions observées chez le cobaye ont une marche sensiblement, identique, il n’a

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observé que quatre cas où la virulence était réellement atténuée, 2 fois dans le lupus, 2 fois dans la tuberculose verruqueuse de la peau. Ce qui fait croire à la faible virulence est en réalité une question de dose, comme l'a bien montré Nocard. Quand on injecte des bacilles au cobaye à très faible dose, on assiste à une tuberculose expérimentale à développement très lent. Il semble dans ce cas, que la tuberculose s'arrête longtemps dans les ganglions lymphatiques et ne se généralise. que lorsque les bacilles ont pullulé dans ce premier relai.

Les recherches de Kuss ont bien montré, d'autre part, que sur le poumon on oblenait toute une gamme de lésions différentes, selon la dose de bacilles inoculés. Il ne faut pas oublier enfin que dans certains cas des lésions tuberculeuses anciennes peuvent ne plus contenir de bacilles, touten ayant conservé l'aspect de lésions tuberculeuses des plus typiques ; on en observe de nombreux cas dans la tuberculose ganglionnaire. »

Si l’on accepte dans toute sa rigueur la conception cidessus exposée (et qui à de rares exceptions près — telles celle de M. Calmette de M. Arloing — était jusqu’à présent presque universellement admise) peut-on expliquer par une question de nombre de germes les faits que nous avons observé ? Nous allons voir qu'il n’en est rien, et qu'ainsi l'étude de la tuberculose. ganglionnaire du cobaye nous amène à reviser cette notion du rôle du nombre et de la virulence des bacilles dans la production des différentes lésions tuberculeuses.

Dans les faits que nous avons observés, on peut distinguer deux groupes de cas tout à fait opposés, mais qui ne cadrent ni l'un ni l'autre avec les données classiques.

Tout d’abord — et ceci est peut-être le fait le plus démonstratif car un fait positif à toujours une plus grande valeur qu'un résultat négatif — quand on étudie l'histoire des cobayes Les, une remarque s'impose : les cobayes ino-

culésavec le pus prélevé au niveau de l’abcès de la malade out présenté des lésions purement ganglionnaires, suppurées, où les bacilles tuberculeux typiques, bâtonnets alcoolo et acido-résistants, étaient en nombre considérable puisque les frottis obtenus avec ces pus ressemblaient aux lames si riches en bacilles de tuberculoses cavitaires évolu- -tives. Cependant les animaux porteurs de telles lésions, et cela en de nombreux points de leur territoire lymphatique, supportaient parfaitement la présence de ces bacilles, et bien que sacrifiés après trois mois d’inoculation, ne présentaient pas trace de lésion viscérale. C'est dire que malgré l’importance considérable des germes au niveau des ganglions, le stade lymphatique de leur tuberculose ne fut pas dépassé.

Sans doute pourra-t-on objecter que la durée de survie des animaux. fut relativement courte et que l'expérience fut interrompue trop tôt. On peut pourtant répondre à cette objection qu'ilest déjà bien anormal de voir des cobayes porteurs de lésions pullulant en bacilles tuberculeux ne présenter après 3 mois aucune lésion viscérale, alors que le délai habituel de mort dans la tuberculose typique est de 1 à2 mois. Or au moment où nous les avons sacrifiés les animaux de cette série d'expériences n'avaient pas le moindre signe de déficience de leur état général, et supportaient sans en paraître autrément incommodés la présence dans leur organisme d’un nombre considérable de bacilles.

Mais plus intéressants, et semble-t-il absolument démonstratifs, sont les résultats des expériences faites en réinoculant aux cobayes de 2€ génération les produits ganglionnaires ci-dessus prélevés à l’autopsie ou par biopsie. On inocule alors non plus, comme dans le 1° passage, un liquide où l'examen direct n’a pu déceler trace de bacille acido-résistant, mais un pus ou un liquide de broyage qui présente une abondance bacillaire des plus considérables. Ces expériences peuvent alors être comparées à celles que

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