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MM. Valtis (1) dans le laboratoire du professeur Calmette, Bruno Lange (2) à l’Institut Robert Koch et Lüwenthal (3) ont nettement montré que l'introduction de quelques unités bacillaires virulentes dans les tissus du cobaye suffit à infecter cet animal, à le sensibiliser à la tuberculine, et à déterminer l’apparition de lésions caractéristiques de la tuberculose expérimentale type Villemin, tuberculose d'évolution lente mais typique.
Enfin nous devons ajouter deux remarques à ce sujet : tout d’abord c’est que dans les expériences de M. Burnet (qui cependant nie la variabilité de virulence du bacille tuberculeux) cet auteur observe cependant quelques exceptions et voit dans quatre eas l’inoculation de culture obtenue en partant de tuberculose cutanée ne déterminer chez l’animal que des lésions atypiques. D'autre part c’est que l'interprétation des résultats identiques obtenus dans les autres cas, quel que soit la provenance du bacille inoculé,est faussée par le passage intermédiaire sur milieux de culture, et que l’on n’est peut-être pas en droit de conclure des résultats d'inoculation d’une culture aux résultats de l'inoculation directe. Le fait que les cultures de ‘76 races de bacilles tuberculeux ont donné . toutes des inoculations identiques, alors que l’inoculation directe donnait des résultats divers, peut s’interpréter aussi bien en faveur d’une virulence différente que d’un nombre plus ou moins grand de germes inoculés.
Nous terminerons en rappelant enfin que les lésions de tuberculose ganglionnaire différent de l’atteinte des ganglions dans la tuberculose typique généralisée par l’absence de production de toutelésion caséeuse.
1. J. Valtis, Société de Biologie, 9 juillet 1927, p. 479. 2. Bruno-Lange, Zeitschrift fur Tuberkulose, 1926, 455. 3. Lôwenthal, Zeitschrift fur Hygien, 107, 387.
Si l’on admet, comme nous avons essayé de le montrer dans le paragraphe précédent, qu'il existe des différences de virulence dans les différents types de bacille tuberculeux, et si l’on se rappelle que dans certains cas la réinoculation en série des lésions de la tuberculose ganglionnaire ne détermine chez le cobaye d’autres lésions que des lésions ganglionnaires — on est en droit de se deman-. der si le bacille tuberculeux on cause n’est pas d’une autre
race que le bacille tuberculeux dont l'inoculalion détermine les lésions viscérales chez l’animal. Les différences dans le pouvoir pathogène des bacilles nous conduisent donc à envisager les différentes formes du bacille de la tuberculose, et nous verrons que cette étude nous permettra de ranger à côté de travaux déjà connus les faits que nous avons observés.
Ce que nous devons retenir de nos observations, à ce point de vue, c’est que des lésions ganglionnaires de cobayes qui vont survivre indéfiniment, où les plus minutieuses recherches ne font pas\voir de bacille acidorésistant, sont cependant capables de tuberculiser de nouveaux animaux et de reproduire chez eux des lésions viscérales riches en bacilles. Comment interpréter de tels faits ? ceux-ci cadrant avec l'expérience clinique, bien connue depuis longtemps, de la nécessité d'inoculer un produit pathologique en apparence abacillaire, et après l'emploi des diverses techniques - d’enrichissement, avant d’en nier la nature tuberculeuse.
Deux conceptions peuvent expliquer ces faits : ou bien les bacilles sont en noinbre si restreint qu'on ne peut les dépister, les recherches n'étant jamais assez prolongées, ou bien les bacilles tuberculeux sont, dans le produit incriminé, sous uue forme autre que la forme acido-résistante.
La première conception, bien que possible, reste cependant discutable, aucune preuve ne pouvant en être fournie, et bien des faits ne cadrant pas avec elle. Pourquoi
l'inoculation de certains organes, pauvres en bacillesacidorésistants, mais où la présence de ceux-ci est certaine, ne détermine-t-elle parfois aucune lésion chez l'animal,alors que des produits en apparence abacillaire sont doués d'un pouvoir pathogène extrême ?. De plus bien sou vent les examens minutieux pratiqués durant des heures .n’ont pas permis, dans ces derniers cas, de déceler le moindre bacille acido-résistant, et il est dans de telles conditions hasardeux d’en affirmer cependant la présence.
Mieux vaut admettre que le bacille acido-résistant n’est qu'une des formes du bacille de la tuberculose, et que l’étude non seulement des corpuscules gramophiles du bacille, mais encore des travées de fiiaments cyanophiles que l’on voit dans les cultures du bacille tuberculeux, démontre bien le polymorphisme du bacille de la tuberculose.Or chacune de ces formes possède non seulement un aspect morphologique différent, mais encore présente un pouvoir pathogène qui n’est pas identique suivant les cas. A ce sujet il est intéressant de rapporter les faits suivants, principalement étudiés par Fontes : cultivant le bacille tuberculeux en bouillon peptoné et glycériné, il voit qu'au bout d’un certain temps le bacille perd la propriété de se multiplier agglutiné, et qu’en agitant le matras le milieu devient trouble, ce qui ne se produisait pas auparavant. Les bâtonnets acido -résistants se multiplient alors indépendaniment les uns des autres, en même temps que se montrent des bâlonnets non acido-résistants dotés de mouvements propres, parmi lesquels apparaissent de fines et longues strepto-bactéries constituées par des segments franchement acido-résistants dont les deux extrémités sont unies à des segments parfaitement décolorés. Dans les cultures successives, il ne reste dans la culture pure que des bâtonnets non acido-résistants. |
Lorsque l’on inocule ces cultures de bactéries non acido-
résistantes issues du bacille de Koch à des cobayes, ces animaux meurent en général après plusieurs mois cachectiques, avec inflammations viscérales, et presque toujours sans tubercules : cette dernière lésion n'apparaît que chez ceux des cobayes qui vivent très longtemps.
De cette série de recherches, il faut retenir, avec M. Bezançon: «la forme acido-résistante n’est donc qu’une forme transitoire et éphémère du bacille tuberculeux, et dans les cultures au moins il faut attacher une importance égale aux travées cyanophiles et aux corpuscules qui
- semblent représenter la forme de résistance durable de l'espèce. »
Ces données nouvelles devaient conduire Fontes, puis toute une série d'auteurs au premier rang desquels il faut citer Vaudremer, à rechercher si ces formes alypiques n'étaient pas capables de passer à travers les parois des filtres — l'expérience ayant paru établir la non filtrabilité des bacilles acido-résistant.
Nombreux sont les travaux consacrés dans ces dernières années au problème de la filtration du bacille tuberculeux, et nous aurons à envisager cette question, car ainsi . que nous le verrons plus loin les lésions reproduites avec les filtrats de bacille tuberculeux sont analogues par bien des points à celles que nous avons observé nous-même en dehors de toute filtration: |
Dans le rapport présenté à la VIe Conférence internationale de la tuberculose à Rome (22-26 septembre 1928), M. le Pr Calmette expose de la façon suivante la notion des éléments filtrables du bacille tuberculeux.
« En 1910 Fontes crut pouvoir affirmer que les corpuscules chromophiles décrits par Much, présents dans le pus d'abcès tuberculeux, pouvaient passer à travers les bougies Berkefeld, et qu’'inoculé au cobaye, ce filtrat provoque une lente hypertrophie des ganglions lymphatiques avec apparition dans la pulpe de ceux-ci de bacilles
de Koch typiques, sans lésion tuberculeuse apparente.
En 1922 Vaudremer constate que dans les milieux très pauvres en matières azotées apparaissent des formes atypiques non acido-résistantes du bacille tuberculeux et que parmi ces formes il existe des éléments filtrables sur bougie Chamberland L3. Inoculées sous la peau des cobayes, ces cultures produisaient des indurations locales disparaissant en 3 semaines, mais jamais de tuberculose généralisée ; par voie intraveineuse elles déterminaient une polyadénite tardive, généralisée, avec parfois longtemps après le ramollissement caséeux d’un ganglion.
Les expériences reprises avec J. Valtis dès avril 1923 m'ont convaincu que les résultats publiés en 1927 par Fontes étaient parfaitement exacts. La technique adoptée écartait autant que possible les causes d’erreur : pour chaque expérience elleconsistaitàutiliser une bougieneuves (Chamberland L2) et des seringues qui n’avaient jamais servi à l’inoculation de bacilles de Koch ou de produits tuberculeux. Pour les autopsies, on se servait également d'instruments neufs. Les filtrations étaient toujours effectuées sous une pression de — 30, entre 5 à 8 minutes. et l'intégrité des bougies était vérifiée par addition préalable à l'émulsion qu’il s'agissait de filtrer, de quelques gouttes d'une solution de culture de 24 heures de choléra des poules.
On put constater ainsi que d’une part dans le pus d’un ganglion mésentérique caséeux provenant d’un singe mort de tuberculose et dans les ganglions trachéo-bronchiques prélevés sur un enfant tuberculeux ; d’autre part dans des crachats ballicifères préalablement autolysés par 3 jours d’incubation à l’étuve, et aussi dans les cultures en milieux liquides glycérinés âgées de 3 à 8 semaines (mais plus constamment dans les voiles de cultures très jeunes, de 6 à 8 jours) il existe des éléments virulents filtrables, invisibles au microscope même après centrifugation pro-
longée, dont nous n avons pas réussi à obtenir de cultures
sur les milieux usuels liquides ou solides, et qui inoculés au cobaye sous la peau ou dans le péritoine, déterminent des lésions ganglionnaires en général discrètes, sans tubercules visibles. Dans ces lésions qui sont surtout apparentes aux ganglions trachéo-bronchiques, on trouve en cherchant avec attention et longtemps, des bacilles de Koch typiques, colorables au Ziehl, isolés ou en amas plus ou moins volumineux. |
Un certain nombre d'auteurs cependant, contrairement à la majorité de ceux qui ont entrepris des recherches pour confirmer ou infirmer cette nolion de l'existence de formes filtrantes du bacille tuberculeux, nient la réalité de ces faits ou tout au moins de leur intérprétation. Sans parler même de l’objection soulevée par certains auteurs, (tel Fontes lui-même qui abandonne la conclusion de ses premières recherches) de l’existence de granulations ou bâtonnets fuchisophiles, dites granulations de Russel, que l’on peut faute d’avoir employé des méthodes rigoureuses de décoloration, considérer comme des bacilles tuberculeux — non plus que l'existence de filaments cyancphiles qui existeraient dans l’eau stérile mème — les trois objections les plus importantes (ou pourrait dire les seules) sont des suivantes :
19 Quelques auteurs ont soutenu n'être jamais parvenu à déterminer par inoculation de leurs filtrats de lésions chez les animaux inoculés (1),ou s'ils en déterminaient celles-ci ne contenaient pas de bacille acido-résistant typique.
En réalité :
a) La plupart des auteurs qui ont inoculé des filtrats ont reproduit chez les animaux des lésions ganglionnaires ;
b) L'absence de bacille acido-résistant dans les frottis