CHAPITRE V
: ÉTIOLOGIE
La marche spéciale de la tuberculose infantile qui évolue à la façon de la tuberculose expérimentale du cobaye est due à ce que l’on a affaire chez l'enfant à une tuberculose de première infection. Chez lui le bacille de Koch est arrêté par les ganglions, mais cette barrière se laisse facilement franchir et il envahit bientôt tout l'organisme donnant des lésions analogues à celles que nous avons constatées. Ces lésions peuvent guérir, mais elles auront laissé de profondes modifications humorales qui déterminent un état connu depuis Von Pirquet, sous Je nom « d'Allergie ». |
« L’Allergie, représente un état d'équilibre instable entre les deux états opposés d'hypersensibilité et de résistance. » (Léon-Bernard.) « C'est une deuxième infection qui nous donnera les signes d'évolution telle que nous la constatons en général chez l'adulte de nos pays. » |
Or, les soldats noirs qui nous ont été envoyés provenaient du centre de l'Afrique ou la tuberculose est rare. D’après Le Dantec, elle serait moins
REV Es
fréquente dans le Nord de l'Afrique qu'en France. Dans le centre de l'Afrique, quoique nous ayons peu de renseignements, on admet en général qu'elle est rare. Les allemands prétendent qu'elle n’existe pas au Cameroun.
D'après Lombard, traité Climatologie médicale, la phtisie existerait chez les Sénégalais natifs des côtes occidentales et la fréquence serait en rapport avec le paludfsme. ;
M. le professeur Calmette ayant fait procéder à de nombreuses cuti-réactions chez les indigènes de l'Afrique occidentale Française, on obtint par cette enquête les résultats suivants : Réaction positive 4, 5°/, à 7 °/, dans les villages de l’intérieur, 20 à 30 °/, dans les centres de colonisation.
Il semble donc que le nègre ne soit pas dans son pays sujet à la tuberculose pulmonaire, mais il se trouve extrêmement fragile et sensible aux changements de température, ce qui le rapproche de l'enfant.
Dans le dictionnaire Dechambre nous trouvons : « Les nègres sont moins sujets que les blancs aux phlegmasies aiguës, mais le sout davantage aux accidents du lymphatisme. Ils supportent difficilement les changements, nous ne disons pas de climats, mais de pays, transportés dans les régions même méditerranéennes, ils succombent à la phtisie. »
C’est aussi l'avis de Bordier : « Traité de Géographie médicale. » Il suffit de déplacer le nègre dans son propre pays pour que la tuberculose augmente.
En somme, la tuberculose étant rare dans le pays d'origine de ces troupes, la plupart de ces Sénégalais ont été pour la première fois à leur arrivée en France en contact avec le bacille de Koch. L'infection sera rapidement fixée à la faveur de l’état de moindre résistance, ils ont fait une tuberculose comme les enfants.
Pour les autres cas que nous rapportons, il est logique d'admettre la même étivlogie, puisque l'évolution et l'anatomie pathologique nous ont montré des faits semblables à ceux observés chez les Sénégalais. Aussi nous semble-t-il permis de dire que nous avons affaire à des lésions de primoinfection évoluant avec le caractère spécial que ces lésions revêtent habituellement chez l'enfant, légèrement modifiées seulement par le fait qu'elles évoluent chez l'adulte.
En effet chez l'enfant la marche est plus longue, les ganglions arrivent le plus souvent à la transformation caséeuse et la fonte purulente ; dans les cas que nous avons rapportés, c'est le système ganglionnaire aussi qui est surtout atteint, mais il semble que la barrière soit plus facilement franchie et que la généralisation par voie lymphatique soit plus précoce amenant la mort avant que les ganglions soient arrivés au stade ultime de la caséification.
Ces faits se raprocheraient ainsi de certains des cas observés depuis Hodgkin et que Trousseau rapporta sous le nom « d’adénie » dans une clinique magistrale. Plus récemment, le professeur Roque
divisa l'adénie de Trousseau en lymphosarcormne, Jlympbadénie tuberculeuse et infecticuse.
. Dernièrement, dans une communication à la Société médicale des Hôpitaux, Weill et Dufour, à propos d'un cas de lymphadénie chez une enfant, admettent que la lymphadénie est souvent tuberculeuse et que même apparaissant après une maladie infectieuse il y a lieu de suspecter la tuberculose.
Dans ces cas il y a une réaction désordonnée de l'organisme au niveau des ganglions donnant ces énormes masses qui ne tendent pas vers la suppuration, ayant une apparonce structurale normale avec peu de modifications de la formule sanguine. Ces tuméfactions ganglionnaires s'accompagnent de fièvre évoluant par poussées successives. Peu à peu le malade dépérit et s’achemine vers une cachexie profonde. Il semble qu'il y ait d’abord un stade où les lésions sont localisées au système ganglionnaire puis une généralisation amenant des lésions des viscères qui accélèrent la marche de la maladie.
Nos observations prendront place entre cette tuberculose type inflammatoire de Prucet Landouzy et la tuberculose ganglionnaire à signature anatomique nette à évolution ulcéro-caséeuse.