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LA FORME CHRONIQUE

Les adénopathies peuvent rester isolées, monoganglionnaires, ou bien se grouper en masse ou en grappes polyganglionnaires, suivant les formes de l’envahissement. Mais dans tous les cas, uniques ou multiples, disposées en chaînes ou massées en paquet, elles passent plus ou moins rapidement par plusieurs périodes. Il est bien entendu que quand plusieurs ganglions malades sont pris à la fois, ils le sont très souvent à des degrés différents d’altération, et qu’à côté d’un ganglion ramolli ou suppuré on peut trouver un ganglion encore dur.

1“ Période d’hypertrophie.

Les ganglions sont plus ou moins volumineux; isolés, il est rare de les voir dépasser le volume d’un œuf; mais, réunis en masse, ils peuvent prendre le volume du poing. Ils sont durs, de consistance élastique, ovoï-

des OU sphériques, peu ou point douloureux à la pression. Généralement la peau est souple au-devant d’eux et sans changement de couleurs. Les ganglions émergent pour ainsi dire au milieu des autres tissus et paraissent sous-cutanés.

Nous avons vu plusieurs fois, et nous en possédons actuellement un bel exemple, l’adénopathie cervicale en grappe s’accompagner d’une sorte d’œdème dur au milieu duquel sont noyés les ganglions. Cet œdème augmente singulièrement la déformation de la région et fait avec les ganglions une masse très volumineuse. S’agit-il dans ces cas d’une sorte d’éléphantiasis strumeuse par gêne de la circulation dans les lymphatiques ou d’une véritable cellulite tuberculeuse? Nous nous proposons d’étudier cette question qui est loin d’être élucidée pour ces œdèmes, pour les œdèmes durs des lèvres chez les strumeux ou des membres atteints de tumeurs blanches.

Ce n’est point en effet un phénomène propre aux adénopathies; nous observons une jeune fille dont les deux jambes présentent au plus haut point cet œdème dur indépendant de toute autre localisation tuberculeuse. De temps en temps au milieu de ce tissu il se forme une petite gourme qui s’ouvre et se cicatrise en quelques jours. Lejars a vu un cas analogue dans le service de Lailler.

Cette période hypertrophique peut durer pendant des années sans tendance à la suppuration ; mais généralement, si l’on n’est pas intervenu par un traitement actif, les ganglions se ramollissent, donnent la sensation de fluctuation. En même temps la peau devient adhérente au ganglion qui va suppurer, devient rouge

violacé, ne forme bientôt plus qu’une pellicule mince qui cède sous la mgindre pression. Mais très longtemps les ganglions peuvent être suppurés avant que le moindre travail d’élimination soit commencé.

2“ Période de suppuration.

Cette fonte purulente, très lente à se produire d’ordinaire, peut affecter une forme subaiguë quand survient l’influence d’un traumatisme, du froid, d’une grippe, d’une inflammation de voisinage ou d’une fièvre éruptive. En quelques jours les ganglions augmentent de volume et deviennent douloureux, la peau devient rouge, et la suppuration se produit avec une légère réaction fébrile.

Dans ces cas il y a eu association de bactéries de la suppuration qui ne sont probablement pas absplument nécessaires à la production du pus, mais qui la déterminent dans le plus grand nombre des faits ob-, servés.

Telle est l’opinion de Babes, qui dans une série d’expériences a pu constater que chez des lapins, par exemple, qui portaient des lésions très chroniques des articulations produites avec des cultures atténuées d’origine humaine ou aviaire, ces lésions s’étendirent très rapidement sous l’influence de streptococci qui restaient sans effet sur les animaux sains.

Ce même auteur a démontré maintes et maintes fois l’action nocive de ces associations des microbes de la suppuration :

« Nos recherches expérimentales, dit-il, n’ont pu établir un seul fait démonstratif d’une influence salu-

taire d’un microbe associé sur la marche de la tuberculose* ».

M. Verneuil® se demande au contraire si les microbes pyogènes dont la présence est la cause des poussées inflammatoires dans les abcès froids et dans les adénites tuberculeuses n’entraient pas en lutte avec le bacille tuberculeux et ne les détruisaient pas. Il croit que quand cette inflammation ne dépasse pas certaines limites, elle peut être plus utile que nuisible et amener la guérison de suppurations qui autrement auraient été intarissables.

M. Hallopeau ^ recherche également comment se produisent les suppurations ganglionnaires. Supposentelles nécessairement l’intervention des microbes dits pyogènes auxquels les tissus altérés par la tuberculose offriraient un terrain favorable ? le contage tuberculeux suffit-il au contraire aies provoquer? et s’il en est ainsi, comment faut-il comprendre l’action de ce contage? Pourquoi enfin ces suppurations dans des conditions en apparence identiques ne surviennent-elles que chez certains sujets ?

Voici ses conclusions qui portent sur le lupus, mais a fortiori sur les adénopathies tuberculeuses suppurées et les abcès froids :

1” Les bacilles de la tuberculose peuvent, même dans la forme atténuée qu’ils revêtent dans le lupus, produire des suppurations sans l’intervention des microbes dits pyogènes;

2“ Ces suppurations sont dues, selon toute vraisem-

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