Verchère, Études sur la tuberculose, 1887, p
3” Dans une masse ganglionnaire chaque glande sera traitée suivant son degré d’altération ; tel ganglion suppuré sera traité par la ponction suivie d’injection, tel autre sera simplement injecté.
Une difficulté consiste à bien faire l’injection dans le ganglion lui-même; difficulté réelle quand celui-ci est petit, mobile, non adhérent à la peau ou aux parties profondes; il faut alors, pour le fixer, l’énucléer pour ainsi dire entre les doigts et rapidement y plonger l’aiguille ; puis, relâchant les doigts, s’assurer, en imprimant quelques mouvements à l’aiguille, que le ganglion est atteint.
Les fistules ganglionnaires peuvent être guéries par le même moyen, en ayant soin, immédiatement après l’injection, d’appliquer l’index sur l’ouverture le temps suffisant pour que l’iodoforme se dépose sur la poche.
La durée du traitement est variable suivant l’importance de la masse ganglionnaire, mais la durée moyenne est de deux mois et demi.
Le mémoire de Verchère, auquel nous empruntons cette technique, est suivi d’observations de guérisons complètes ; toutes les revues médicales ont enregistré également des succès par la méthode que nous étudions.
Le grand avantage de ces injections, comme du reste de toutes les autres injections médicamenteuses, est d’éviter toute cicatrice apparente, et chez les jeunes gens cet avantage est considérable.
Les inconvénients sont :
La douleur. — Elle est quelquefois excessive et, comme la répétition de l’injection rend impossible
traitement.
l’emploi du chloroforme, l’injection est très mal acceptée par la plupart des malades.
Le sphacèle. — On l’évitera en laissant l’aiguille en place, comme nous l’avons dit, jusqu’à ce que la peau ait retrouvé sa teinte naturelle ; on ne la retirera que quand le volume de la tumeur gazeuse n’augmentera plus et que la circulation paraîtra rétablie.
La lenteur du procédé, puisqu’il faut souvent de longs mois avant de constater un résultat.
Son insuffisance quand, par derrière les ganglions accessibles, il s’en trouve d’autres dans les parties profondes et au voisinage des gros vaisseaux dont l’accès est difficile ou dangereux.
L'empoisonnement iodoformique. — Il ne se voit guère qu’après les injections très abondantes dans de vastes poches d’abcès froids, et encore dans ces cas l’absorption ne se fait que graduellement et les enfants peuvent ainsi supporter des doses considérables de l’agent modificateur. 11 faut cependant tenir compte de certaines susceptibilités: on a vu l’intoxication survenir dans ces cas avec des doses très minimes. Il faudra également toujours rechercher l’état des reins avant la première injection. Une observation de G. Marchant indique bien que l’intoxication survenue chez un enfant albuminurique était due à un mauvais état de ces organes.
Ces accidents ont fait préférer à 1 éther 1 huile d’olives ou l’huile de vaseline à l’éther comme excipient de l’iodoforme (Tredelenbürg do Bonn, Redard). Mais si cet excipient supprime la douleur et le sphacèle, l’injection faite dans ces conditions paraît moins active. En effet l’éther en se volatilisant dépose l’iodo-
forme dans les moindres anfractuosités et déplise pour ainsi dire toutes les irrégularités de la cavité tuberculeuse. Un autre inconvénient sérieux est la difficulté de maintenir stérile la solution huileuse, excellent milieu de culture qui s’ensemence avec la plus grande facilité et produit de la suppuration.
Thierry* dans son livre étudie la valeur anti-tuberculeuse de l’iodoforme ; il rapporte les S observations de Verchère, 12 observations de Barette, 8 observations personnelles et les opinions favorables de Verneuil, Reclus, Polaillon, Kœnig, Maske. Étudiant les résultats éloignés des différentes interventions dans la gangliophymie il dit :
A ne considérer que les suites éloignées, le bénéfice qu’on retire de l’intervention sanglante devient minime etl’injection d’éther iodoformé la prime. La conduite du chirurgien se bornera donc à tenter la résolution par les injections interstitielles; s’il ne peut éviter la suppuration, il lui restera le lavage iodoformé après aspiration de la collection ramollie, enfin la cautérisation profonde pourrait faire justice des cas rebelles.
Nous ne partageons pas absolument cette confiance; il faut bien avouer que les injections iodoformées ne sont pas toujours possibles et qu’elles ne sont pas infaillibles. Nous nous rappelons pour notre compte un certain nombre de mécomptes que d’autres chirurgiens ont partagés avec nous. Il y a là cependant une puissante ressource thérapeutique, d’autant moins à négliger qu’elle ne compromet rien et prépare même efficacement l’innocuité d’une intervention radicale.