Loc. cit., I»' Congrès de la tuberculose
TRAITEMENT
2“ Injections d’huile créosotée.
Gimbert (de Cannes), Pestai (d’Ârcachon) et Burlureaux, agrégé du Val-de-Grâce, préconisent les injections d’huile créosotée à hautes doses, à doses énormes même, puisque, à un de ses malades, Burlureaux a injecté en six mois 4'‘“,200 grammes d’huile créosotée, soit 83 grammes de créosote pure en 25 injections,' à un autre enfin en 22 jours \ 130 grammes d’huile et 75 grammes de créosote. Ces injections se font au moyen d’un appareil à pression d’air, facile à manier et à stériliser, dont il a fait la description au Congrès de la tuberculose.
Les malades supportent généralement bien ces hautes doses d’huile créosotée au 12“ ou au 15“. Il faut cependant savoir tâter auparavant leur susceptibilité, car quelques-uns ont des accidents pour des doses faibles. Pour étudier la sensibilité des malades, la seringue stérilisable et dûment stérilisée suffira; mais pour l’injection abondante l’appareil spécial est nécessaire. Il faut en effet procéder avec la plus grande lenteur, le débit d’après Burlureaux ne doit pas être supérieur à 20 grammes par heure, c’est-à-dire que l’injection doit durer 2, 3, 4 et même 5 heures suivant la dose prescrite.
Burlureaux insiste sur la pureté que doit avoir l’huile injectée et sur sa stérilisation préalable; de même la créosote doit être absolument exempte d’acide phénique et rectifiée très soigneusement.
L’intolérance de quelques sujets est un des gros inconvénients de cette méthode. Nous trouvons dans le travail de Burlureaux cinq cas de mort par des doses
relativement minimes. Les accidents sont généralement immédiats, mais peuvent ne se manifester qu’au bout de quelques heures ; ils consistent en sueurs excessives, vertiges, ivresse, urines noires, hypothermie, syncopes.il faudra donc que les premières injections soient faites avec la plus grande prudence et ne pas les continuer si la tolérance ne s’établit pas. Très souvent en effet le malade s’habitue progressivement à supporter de hautes doses.
Il est important que l’aiguille soit enfoncée profondément sous la peau, non pas dans l’intérieur même des ganglions, bien entendu, mais dans l’atmosphère celluleuse où ils baignent.
Sous l’influence de ces injections on voit les masses ganglionnaires se circonscrire, devenir dures comme du bois, cesser d’adhérer aux parties voisines; ce qui, dit l’auteur, facilitera singulièrement l’énucléation aux chirurgiens qui s’obstinent à vouloir les enlever. Certains ganglions disparaissent sans laisser de traces, d’autres fois il reste toujours un ganglion ligneux, mobile, mais d’un volume très diminué.
Burlureaux semble plutôt attribuer les résultats heureux de cette méthode à l’action dynamogénique de l’huile créosotée qu’à une véritable action spécifique sur le bacille de Koch.
11 a même vu ce traitement, sinon provoquer, tout au moins coïncider avec des poussées nouvelles de tuberculose. •
Il n’en reste pas moins démontré que la créosote n’empêche pas l’apparition d’accidents tuberculeux et nous croyons même qu’elle peut les provoquer dans une certaine mesure, mais :
trait*ement.
1 » C’est à tilre tout à fait exceptionnel puisque sur 125 malades observés par nous et suivis avec le plus grand soin nous n’avons vu que quatre fois des accidents semblables ; ...
2 » A l’inverse de la tuberculine, la créosote provoque des accidents facilement curables.
En dehors de l’action dynamogénique, de l’amélioration générale, de l’embonpoint qu’elle produit, la créosote aurait sur les tuberculoses locales en général et particulièrement sur les adénopathies tuberculeuses « l’effet d’empêcher les progrès de l’envahissement bacillaire et de permettre à la nature médicatrice d’opposer aux bacilles existants des barrières protectrices de tissu scléreux, de sorte que les bacilles, en admettant qu’ils ne soient pas impressionnés directement, finissent ou par mourir d’inanition ou du moins par ne plus être dangereux, emprisonnés qu’ils sont dans un tissu fibreux peu perméable ».
3° Injections de naphtol camphré.
La formule des injections de naphtol camphré a varié suivant les auteurs. Voici celle qu’a donnée le professeur Bouchard :
Naphtol B.. - S grammes.
Alcool à 90°.33
Eau distillée chaude, q. s, pour iOO cc.
Filtrez à chaud.
Le camphre peut être introduit en quantité égale à celle du naphtol.
Au moment de faire l’injection il faut plonger le flacon dans un bain-marie. La seringue baignera dans
une solution antiseptique chaude. Ces précautions sont indispensables pour empêcher la précipitation du naphtol qui boucherait l’aiguille. Le pus est préalablement évaeué s’il y a lieu.
Ch. Nélaton, à plusieurs reprises mais notamment en juillet 1893, a entretenu la Société de chirurgie de nouvelles guérisons obtenues par Reboul et par Moty au moyen de ces injections interstitielles de naphtol camphré.
D’après Reboul, les ganglions tuberculeux primitivement durs peuvent rester durs et disparaître sans se ramollir, mais seulement après plusieurs injections. Pour les ganglions ramollis, il se produit après l’injection une très légère réaction se manifestant par de petites douleurs de courte durée, des sensations de gêne ou d’engourdissement, puis, au bout de trois ou quatre séances, le ganglion acquiert une dureté qui augmente jusqu’à la disparition de la glande.
A l’appui de ces faits, Reboul fournit une série de succès, succès remarquables surtout dans les adénites suppurées.
De la discussion qui suivit la communication de Ch. Nélaton et à laquelle prirent part MM. Delorme, Quénu, Berger, Reynier, Pélizet, Tuffier, Segond et L. Championnière, il paraît résulter que, dans l’opinion générale, ces injections n’ont pas dans le traitement des adénopathies tuberculeuses une valeur supérieure à celles qui ont été déjà recommandées. Elles constituent un traitement long, infidèle, et qui ne trouve son application que dans deux cas qui ont été bien déterminés par Ch. Nélaton.
TRAITEMENT
l» Lorsqu’on a un ou deux ganglions superficiels, fluctuants, que l’on peut vider, on substitue au pus du naphtol et la guérison est promptement obtenue ou elle peut l’être avec un minimum de cicatrice qu'on n’obtiendrait pas par l’incision ou par l’ablation.
' 2» Dans ces adénopathies énormes où une intervention sanglante laisse des cicatrices difformes et considérables, où la recherche des ganglions profonds serait dangereuse.
Comme pour l’éther iodoformé, comme pour la créosote, l’injection de naphtol camphré ne doit être faite qu’après examen des urines et avec grandes réserves les premières fois.
Calot (de Berck) a eu des accidents graves à la suite d’une injection dans un ahcès ossifluent de l’aine chez un coxalgique. Il est vrai que la dose était considérable (40 à 45 grammes) et précédemment on avait injecté 10 à 15 grammes de la même solution sans accidents. Us consistèrent en coma, pouls misérable, crises épileptiformes. On incisa largement la poche pour évaluer le liquide, et les inquiétudes cessèrent.
Les mêmes crises épileptiformes ont été observées par Ménard (de Berck) pourune injectionde 50 grammes dans les mêmes conditions.
Gérard Marchant a eu les mêmes accidents pour une demi-seringue de Pravaz injectée dans un ganglion du cou chez une jeune femme ; il est vrai qu elle était albuminurique.
4° Injections de gaiacol pur ou de gaiacol iodoformé. Le gaiacol a été préconisé pour la première fois par Sahli (de Berne) en 1887 et expérimenté par Fraentzel
152 ADÉNOPATHIliS TUBERCULEUSES.
(de Berlin), Bourget (de Genève), Labadie-Lagrave, Picot (de Bordeaux), Weil et Diamantberger (de l’hôpital Rothschild). Nous empruntons à la communication de ces deux derniers au Congrès de la tuberculose (1892) les notions nécessaires pour pratiquer ces injections.
La formule de Picot est la suivante :
Gaïacol pur.2s',50
lodoforme.Oe',50
Huile d’olives stérilisée .1 âa q. s. pour Vaseline liquide.j 50 c. c.
Celle de Weill et Diamantberger :
Gaïacol pur.)
Huile d’amandes douces | âa 25 grammes.
(stérilisée à l’étuve). )
Chlorhydrate de cocaïne . Os',50
Ces formules ont été surtout appliquées au traite ment de la tuberculose pulmonaire, mais peuvent servir également à celui des adénopathies tuberculeuses. Leur effet sur ces dernières est encore cependant mal étudié.
Ici encore, il est prudent de commencer par de faibles doses, un quart, par exemple, de la seringue contenant I cc., car il y a des susceptibilités individuelles se traduisant par de l’angoisse, une légère dyspnée, quelquefois des défaillances et des lypothymies. Mais la tolérance serait vite établie et on pourrait arriver progressivement à des doses de plus en plus fortes.
Peu après l’injection, les malades ressentent un goût dé gaïacol à la bouche, l’haleine en est tout imprégnée.
Robillard (de Lille) et d’autres médecins ont essayé
traitement.
chez les tuberculeux pulmonaires fébricitants les badigeonnages de gaïacol à des doses variant de oO centigrammes à 2 grammes. Le médicament paraît rapidement absorbé et produit un abaissement notable dans la température.
Nous l’avons parfois employé en applications externes dans les adénopathies, mais il ne paraît pas avoir plus d’effet que la teinture d’iode par exemple.
Injections de chlo7'ure de zinc.
La méthode sclérogène de M. le professeur Lannelongue* a donné des résultats très variablés surtout en matière d’adénopathies tuberculeuses. L’auteur luimême avoue « qu’on éprouve à cet égard de nombreuses déceptions)). La solution, comme on sait, est généralement au 1/10 et pratiquée avec toutes les précautions antiseptiques.
Les injections doivent être faites en différents points autour des ganglions et à leur partie profonde. G est en effet profondément que ces organes reçoivent leurs vaisseaux afférents, et il importe de modifier 1 état des vaisseaux d’apport aussi bien que celui des vaisseaux afférents. On évitera, bien entendu, les grosses veines et les grosses artères.
Sur les ganglions non caséifiés, le résultat aurait été excellent : diminution rapide des ganglions qui s’amoindrissent et deviennent très durs sans aucune tendance à la suppuration. Mais si le ganglion est déjà atteint de fonte caséeuse, ce qui est, la plupart du temps.