Revue de chirurgie
Stic que fut faite la laparotomie ; la lame péritonéale postérieure fut incisée et la tumeur ganglionnaire put être extraite. A la fin de l’énucléation une poche purulente creva entre les doigts ; cet accident nécessita un drainage. Malgré cela et malgré une petite fistule stercorale consécutive, la malade guérit parfaitement. Cette observation est intéressante parce qu elle montre bien toutes les difficultés diagnostiques de ces adénopathies iliaques. Elle montre également la possibilité d’une intervention dans le cas où elle s imposerait.
Dans la même séance Lucas-Championnière cite un cas analogue où il pensa à la salpyngite et que la laparotomie révéla une masse ganglionnaire. L’ablation ne fut pas faite à cause des désordres qu’il aurait fallu produire ; les adhérences furent seulement détruites. Malgré cette opération incomplète, les résultats furent excellents et la tumeur disparut peu à peu.
Dans un autre cas, Lucas-Championnière a pu décoller le péritoine et enlever par fragments un ganglion iliaque.
Pozzi dans un cas semblable d’hypertrophie des ganglions pelviens simulant une inflammation des annexes est allé à leur recherche par une incision analogue à celle de l’iliaque externe en décollant le péritoine, opération qu’il a appelée laparotomie sous-péritonéale.
On n’aura point généralement occasion d’intervenir de parti pris dans ces adénopathies iliaques suppurées ; la suppuration dont elles sont atteintes se fera jour spontanément soit au-dessus, soit au-dessous de l’arcade de Fallope, sans l’intervention du chirurgien ou par une simple incision évacuatrice suivie de lavages. Très souvent l’origine vraie de cet abcès froid
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sera méconnue et on croira avoir eu affaire à un abcès osseux.
Les autres adénopathies tuberculeuses : poplitées, épitrochléennes, etc., ne prêtent à aucune considération particulière au point de vue du traitement.
Avant de clore ce chapitre de l’intervention active du chirurgien nous devons nous poser un certain nombre de questions qui sont du plus grand intérêt.
1" Quelles sont les suites immédiates et éloignées de ces interventions ?
Nous venons de voir que d’une façon générale, les suites immédiates sont bonnes et la guérison opératoire est la règle. Les résultats se rapprochent d’une façon sensible de ceux que donne l’ablation des tumeurs bénignes, kystes, lipomes. Ce n’est que dans les cas de masses adhérentes, très volumineuses où mieux aurait valu s’abstenir, qu’il est survenu des accidents. Nous avons, quant à nous, tant à Pen-Bron qu’ailleurs, pratiqué 85 opérations sur les ganglions sans accidents et sans morts. Les résultats éloignés qu’il serait si important de connaître sont très difficiles à préciser parce que la plupart du temps on ne revoit plus les malades. Il est positif qu’on assiste très souvent à des récidives mais ces récidives sont fréquentes surtout quand le traitement général n’intervient pas comme modificateur de l’état général ; dans notre pensée l’intervention chirurgicale n’est point le facteur le plus important de la guérison radicale; cette dernière ne sera obtenue qu’en sortant absolument le malade des conditions de vie où il a
TRAITEMENT
succombé à l’envahissement tuberculeux. Opérer un enfant et le laisser en proie à sa misère physiologique préalable est une œuvre irraisonnée, presque absurde. L’opération aide l’économie à se relever et vient puissamment à son secours, détruisant en quelques minutes des foyers bacillaires qu’elle aurait mis bien longtemps à neutraliser, mais l’opération ne fait rien de plus. La manifestation dite locale que vous avez enlevée plus ou moins complètement n’est point isolée, il existe ailleurs et peut-être tout près, d’autres foyers ignorés qui se révéleront à un moment donné si le malade n’est pas en état de continuelle résistance.
11 y a donc des récidives et bien souvent on est obligé d’opérer plusieurs fois le même malade, mais il y a aussi des guérisons définitives bien constatées durant depuis 10, 15, ‘20 ans; il n’y a pas de médecin qui n’en connaisse plusieurs cas.
D’après Thierry le traitement par les injections iodoformées, beaucoup moins brillant au début que l’opération, retrouverait dans les suites éloignées une supériorité évidente.
11 n’y a là qu’un trompe-l’œil ; les malades que 1 on a traités par les injections iodoformées avaient-ils bien des manifestations ganglionnaires aussi graves, aussi pressantes? Cela n’est pas probable et j’estime que pour porter un jugement il faudrait faire intervenir un autre élément; la plupart du temps, si le chirurgien a proposé une intervention sanglante et si la famille l’a acceptée, c’est qu’on avait affaire à des adénopathies plus sérieuses, plus menaçantes ou plus , • anciennes.
Peut-on espérer, en enlevant les adénopathies tuberculeuses, préserver le reste de l’organisme ?
L’opinion générale des chirurgiens est aujourd’hui bien différente de celle qu’exprimait Bazin* en 1861 ;
La chirurgie est appelée fort souvent à intervenir dans la cure des écrouelles ; son intervention est utile et approuvée de tous quand il s’agit d’ouvrir avec le bistouri ou la lancette les écrouelles suppurées, les abcès scrofuleux; d’ébarber, d’exciser les lambeaux de peau complètement décollés et de prévenir par là des cicatrices difformes; de faire sauter des ponts ou des languettes de peau qui séparent les orifices flstuleux, de cautériser des bubons exubérants. — En est-il de même quand le chirurgien attaque des écrouelles ganglionnaires à l’état de crudité par la ponction répétée, l’excision ou l’extirpation de ces tumeurs? Je ne puis que blâmer cette chirurgie aveugle; extirper une glande infiltrée de tubercules, ce n’est pas guérir la scrofule. Le tubercule se dépose dans les glandes du voisinage et l’on ne peut avoir la prétention d’extirper tout le système lymphatique. — De même, quand on coupe une jambe pour une tumeur blanche tibio-tarsienne, le mal se reproduit dans celle du genou.
Théoriquement, Bazin a raison et la tuberculose paraît, d’après des expériences récentes, se disséminer dans tout l’organisme avec une grande rapidité. Jeannel- a fait sur des lapins une suite d’expériences qu’il a communiquées au Congrès de la tuberculose et dont il tire des conclusions qui ne se justifient pas cliniquement.
1 Bazin, Leçons sur la scrofule.