A M. PETIT
A M. le Pasteur Petit.
Céligny, 18 septembre 1854.
Bien cher frère,
Je vous aurais déjà remercié pour le tendre et fraternel intérêt que vous m'avez témoigné en tant de manières, si j'étais libre de l'emploi de mon temps. Mais rien n'occupe comme le repos, et les jours se passent sans que rien se fasse.
J'espère avoir gagné quelque chose à ma longue cure d'Évian; beaucoup, je n'oserais le dire. Je suis à peu près exempt de certaines douleurs assez vives que j'ai ressenties à Paris et au Havre. On me dit aussi que j'ai meilleur visage : mais le mal me paraît être ce qu'il était il y a deux, ou trois mois. Au surplus, on n'en peut pas juger encore; et je ne suis pas au bout des moyens que la médecine me prescrit: attendons, prions, croyons. Je suis dans une grande paix, par la singulière grâce de Dieu; perdu ou non pour ce pauvre corps de boue, mon temps de retraite n'aura pas été perdu, je l'espère, pour mon âme rachetée.
Un habile médecin de ce pays proposait que je renonçasse à Paris, et à toute occupation pour tout l'hiver. Ce moyen radical n'est pas jugé nécessaire par G. Ce que je cherche en ce moment c'est à diminuer ma tâche, et plus spécialement à la réduire à ces soins spirituels (prêcher, catéchiser,
écrire), qui sont propres à la fois au ministère évangélique et à mon tempérament personnel. Pour cela il faudra peut-être m 'établir pour quelque temps à la campagne, banlieue de Paris, pour ne passer à Paris qu'un temps limité a jours fixes. Il en résulterait pour mon bon ami, qui veut bien s'appeler mon suffragant, quelque surcroit d'occupation; peu, toutefois, ce me semble: je sais bien que si c'était beaucoup, il y aurait à prendre d'autres mesures ; et ne suis pas pour écraser les gens parce qu'ils m'aiment et qu'ils aiment le Seigneur. Tout cela veut être mûrement pesé, et ne peut guère l'être qu'à Paris...
Pour le présent, je voudrais prendre des mesures pour ajouter à mon repos le mois d'octobre, jusqu'au 29. Ce jour-là, je prêcherais à l'Oratoire...
Le retour projeté à Paris pour le mois d'octobre ne put se réaliser. Les médecins conseillèrent encore une cure à Divonne avant le retour à Paris. Adolphe Monod était très scrupuleux pour observer les prescriptions des médecins, tout en regardant, aussi bien que ceux auxquels il donnait sa confiance, plus haut, et vers un plus puissant. Il put encore prêcher quelquefois vers la fin de son séjour en Suisse, et rentra à Paris seulement au mois de novembre.
Ce fut à Divonne que le trouva la nouvelle de la mort subite de son ami, le pasteur Edouard Verny.