MORT DE M. VERNY — RETOUR A PARIS
Divonne, 23 Octobre 1854. — Voici ta lettre. La mort de Verny! 0 mon Dieu, quelle douleur! quel coup de foudre pour sa famille, ses amis, l'Église entière! J'en suis atterré et ne puis penser à autre chose. Verny n'est plus! 0 mon Dieu, quel esprit, quel cœur, quel ami ! Mon cœur en est brisé. Recevons instruction, et préparons-nous à le suivre. Puisse notre fin être aussi belle que la sienne, telle que la dépeint M. Saint-Hilaire ! Ce sera un motif de plus pour mon retour...
Rentré à Paris au mois de novembre, après une interruption de six mois, il prêcha pour la première fois le 11 décembre. Par une intéressante coïncidence, ce jour se trouvait être celui de la collecte annuelle pour les pauvres. Ce n'était pas sans émotion qu'il se retrouvait en chaire pour plaider leur cause au nom du Seigneur, associant en quelque sorte l'épreuve de sa maladie à celle de leur indigence. Il prit pour texte de sa prédication cette parole : Vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, qui étant riche s'est fait pauvre pour vous, afin que par sa pauvreté vous fussiez rendus riches :
Dieu fait bien ce qu'il fait, et toutes choses le servent. Remontant pour la première fois dans cette chaire, après un silence de plus de six mois, je n'y pouvais remonter plus à propos que pour
plaider la cause des pauvres. Toutes les afflictions sont solidaires : humilié moi-même par la maladie, j'en compatirai mieux peut-être avec l'humiliation de ceux qui manquent du nécessaire. Me trompéje en espérant que je trouverai aussi vos cœurs plus ouverts? Ah! si ma faiblesse peut servir les intérêts de mes clients d'aujourd'hui, mieux que n'eût fait ma force, ce sera une raison touchante ajoutée à toutes celles que Dieu m'a déjà données, pour lui rendre grâces de cette Visitation, non seulement comme disciple de Jésus-Christ, mais encore, malgré les apparences, comme serviteur de sa Parole. Ce mot dit pour l'amour du pauvre, j'ai hâte de m'efïacer, pour ne laisser voir que son Avocat véritable, le plus fidèle entre tous, le plus persuasif, et le plus affligé. Le véritable avocat du pauvre, c'est Y Homme de douleurs, sachant ce que cest que la langueur, qui s'est acquis, par tout ce qu'il a souffert, des droits de sympathie et de reconnaissance qui rendent son intervention irrésistible en faveur de tout ce qui souffre.
Et après avoir exhorté ses auditeurs à donner «en présence de la croix», en leur rappelant l'œuvre de Jésus-Christ pour chacun d'eux :
Pour lui, Fils unique du Père, il était riche en Dieu; il possédait en abondance tout ce qui vous manquait, sainteté, amour, vie, faveur de Dieu, félicité, gloire céleste. Qu'a-t-il fait? Il s'est dé-