‹ Adolph MonodChapitre 106 sur 143 · LE PSAUME CIII · texte numérisé non relu

LE PSAUME CIII

David l'a devancée, comme tant d'autres choses, par la force et la pénétration de sa foi, qui le rend tout à fait évangélique. Les sentiments de Dieu pour nous, dans nos peines, sont ceux d'un père. Regardez de quel œil un père voit les douleurs de ses enfants; élevez à une puissance idéale ce qu'il éprouve pour eux ; et vous aurez quelque idée de ce que Dieu éprouve pour nos peines. Dans son rapport à nos péchés, il pardonne; clans son rapport à nos maux, il compatit. C'est le même amour, se montrant par des signes divers, selon nos divers besoins.

Ce qu'il y a ici de plus encourageant, c'est que sa compassion, excitée qu'elle est par nos maux, se mesure à ces maux et les considère comme autant de droits que nous avons sur elle : de telle sorte, comme le remarque l'onctueux Calvin, que ce qui nous abat, à regarder a nous-mêmes, est précisément ce qui nous relève, quand nous regardons à Dieu, en qui nous pouvons espérer ainsi d'autant plus fermement que nous sommes plus misérables. Mais il y a un autre sentiment que celui de notre misère qui nous garantit la compassion de Dieu: c'est celui de sa propre félicité. Il nous voit sortir de la poudre et prêts à retourner en poudre; semblables à une fleur des champs à qui un vent suffit pour en flétrir la beauté, et un matin pour en effacer la mémoire: il se voit lui-même éternel, immuable, heureux dans sa gloire inaccessible; cette opposition

l'attendrit, à peu près, si les choses divines se peuvent comparer aux humaines, comme un père plein de vigueur et de santé qui voit son fils chétif, languissant, et portant déjà la mort dans son sein. Et il cherche, et il trouve le moyen de nous rendre participants de sa félicité éternelle, comme si elle n'était pas complète si nous ne la partagions. Puis, comme si ce n'était pas encore assez, il étend cette compassion d'avance à nos enfants, et permet ainsi que, transportant dans notre paternité les compassions de la sienne, nous garantissions, avec notre propre repos, celui de nos enfants... 0 amour! ô compassion ! ô paternité divine ! qui pourrait assez vous apprécier? C'est le privilège des plus affligés. Comme Jésus-Christ, ce Dieu manifesté en chair, rassemblait de préférence autour de lui la famille des affligés, c'est aussi sur cette famille nombreuse et tendre que la main paternelle de Dieu est de prédilection dans tous les temps étendue. Bienheureux sont ceux qui mènent deuil, car ce sont eux qui seront consolés. Ainsi se vérifie exactement dans l'expérience chrétienne, cette doctrine qui semblait d'abord incroyable: c'est qu'à proportion qu'il est plus visité de Dieu, le chrétien croit dans la communion de Dieu, donc dans sa paix. Oui, quoi qu'on puisse dire, les plus affligés des chrétiens en sont les plus heureux en Dieu (2 Cor. XII, 10). Venez donc, vous tous travaillés et chargés; apportez-lui toutes vos peines, et dans l'excès de votre affliction

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