LE PRINTEMPS ET L'AUTOMNE
Explique-moi, disait un jour Pomone
A la déesse du Printemps, Pourquoi l'homme, comblé de nos plus beaux présents, Dès que, chassant l'Eté je ramène l'Automne,
A la tristesse s'abandonne, Tandis qu'à ton retour il renaît au plaisir?
— Ce mystère dont tu t'étonnes
Se peut, répondit Flore, aisément éclaircir :
Moi je promets, et toi tu donnes; Et pour l'homme espérer vaut mieux que de jouir.
M. Grenus nous dit que quelques personnes lui avaient conseillé de retrancher le dernier vers de cette fable, parce que la chose se comprend d'ellemême, et serait exprimée peut-être plus finement. Mais il paraissait croire lui-même qu'il ne fallait pas sacrifier la simplicité du bon goût à la finesse, à laquelle on met trop de prix dans notre siècle; et il finit par nous dire : La Fontaine l'aurait sûrement mis. Cette remarque m'a paru charmante.
A sa Mère.
8 Novembre 1822.
En revenant de rendre ma proposition. — Voici mon tour, et j'ai eu mon paquet. J'ai eu par-
dessus B. l'avantage d'avoir M. Chenevière au lieu de M. Vaucher, et que les professeurs étaient un peu moins pressés de partir qu'avant hier. Ils s'en sont donné sur mon sermon (celui sur la Piété dans la jeunesse) et m'ont fait une critique détaillée, sévère et parfaite. Je sens bien dans des occasions pareilles combien sont précieuses les observations de personnes qui ont fait une étude spéciale de l'art et de la théorie de la prédication; étude éclairée et perfectionnée par leur propre exercice et par quatre ou cinq années de professorat, pendant lesquelles on s'instruit aux dépens des pauvres proposants. J'ai une espèce de répugnance à parler d'art quand il est question de prédication ; sans doute il serait à souhaiter que le cœur dictât seul toutes les règles ; mais il n'en est malheureusement pas ainsi. Le cœur est l'essentiel , mais ne suffit pas ; je ne veux pas dire seulement pour être éloquent, ce qui n'est pas le premier but du prédicateur, mais pour être utile et pour faire l'effet qu'il désire produire. Je suivrai donc le conseil qui m'a été donné par ces messieurs, ainsi qu'à B. , de m'occuper beaucoup d'apprendre à faire les sermons. L'abrégé de leur critique est que je suis très loin encore de posséder ce talent ; que l'habitude que j'ai prise des travaux d'analyse et de raisonnement se fait sentir par les défauts de mon sermon ; que ces défauts sont principalement des longueurs, de l'uniformité, trop de divisions , un manque de liaison entre les divisions,