‹ Adolph MonodChapitre 12 sur 143 · M. ERSKINE · texte numérisé non relu

M. ERSKINE

quelque chose de trop abrupt dans la composition et dans la récitation.

Du reste ces messieurs nous ont beaucoup encouragés tous les deux; ils nous ont même fait l'honneur de nous dire que s'ils nous avaient critiqués très sévèrement, c'est qu'ils nous traitaient en hommes forts. En masse, ils ont confirmé les observations de mon père et de M. Stapfer; mais ils sont entrés dans plus de détails, et ont été moins indulgents. C'est une excellente chose que la sévérité dans ces choses-là ; je ne me sens pas du tout découragé par les observations qui m'ont été faites; je crois que la Providence nous a donné à tous les deux assez de forces pour qu'en les développant par le travail nous puissions arriver à faire quelque bien ; cela doit nous suffire ; et les avis qui nous feront sentir combien nous sommes loin du but, et ce que nous avons encore à faire pour y arriver, ne doivent nous faire que du plaisir.

Cara, li Octobre 1823. — J'ai fait en l'absence de B. la connaissance de M. Erskine; cet homme m'a singulièrement intéressé et frappé. Je l'ai revu samedi, et j'ai eu avec lui une conversation de deux heures; je puis dire que j'ai été content de lui, très-content, et que cette conversation m'aura été utile. Il m'a fait voir plusieurs choses sous un point de vue nouveau ; son système est plus moral et plus philosophique que celui des orthodoxes de

Genève; il a des rapports avec M. Stapfer par sa manière large et élevée de considérer les choses ; il n'a rien de cette petitesse d'esprit qu'on trouve chez quelques-uns de nos orthodoxes, et rien de cette dureté et de cette inflexibilité qu'on trouve chez d'autres. Il y a chez lui un zèle, un dévouement qui intéresse. Le résultat de cette conversation sera de me faire penser; c'est tout ce que j'en puis dire, car du reste elle me laisse ou me replonge plus avant dans le doute ou l'incertitude où je suis au sujet des opinions religieuses : orthodoxe, méthodiste, arien, je suis tout cela tour à tour, et cette incertitude est un mal cruel, mais nécessaire; et d'où je ne doute pas qu'il ne puisse sortir à la fin d'heureux fruits. En me décidant tout de suite, je risquerais trop de me tromper; en attendant, en réfléchissant quelques années, je ne sais pas si je trouverai la vérité, mais du moins j'en serai plus près...

Octobre 1823. — J'ai passé une belle soirée hier à Gara. J'ai encore fait la lecture aux Vernet. Je fais un petit perfectionnement chaque fois. Cette dernière fois, qui était la troisième, j'ai improvisé l'explication et la prière. Figure-toi mon embarras, quand en ouvrant l'Évangile pour me préparer un peu, j'ai trouvé que c'était le chapitre XIV de saint Jean sur lequel il me fallait parler ! En y pensant, j'ai trouvé le moyen de traiter le sujet sans rien dire que je ne crusse ou ne comprisse pas. Si tu

Page 1