CHAPITRE V
DERNIERS TEMPS. — MINISTÈRE DE LA SOUFFRANCE Septembre 1855 — Avril 1856
Ce fut au mois de septembre, que les médecins reconnurent avec certitude toute la gravité du mal dont Adolphe Monod était frappé. Quelques jours après, il eut avec un de ses enfants une conversation dans laquelle il l'amena, par ses questions, a lui dire toute la vérité. C'était la première fois qu'il avait l'occasion de l'entendre explicitement. Mais déjà il avait compris que les inquiétudes des médecins avaient augmenté, et qu'ils croyaient son mal incurable : « Je suis bien aise d'être éclairé, dit-il, après avoir exprimé sa confiance en Dieu pour ceux qu'il laisserait après lui ; quoique je ne désire pas faire une préparation spéciale. » Puis il prononça cette prière d'une voix parfaitement calme, sans aucune émotion apparente, comme s'il causait avec Dieu :
0 mon Dieu! si tu me retires, je sais en qui j'ai cru; et si mon heure est marquée, je t'en bénirai du fond de mon cœur, parce que je sais qu'il me vaut beaucoup mieux passer de ce monde au Père. Celui qui croit en toi, lors même qu'il serait
mort, vivra ; et celui qui vit et croit en toi ne mourra jamais. L'œuvre de ta grâce est encore faible en moi ; mais quoique je fasse, je resterai toujours bien au-dessous du divin modèle. D'ailleurs je sais que je suis lavé dans le sang de Christ, et que mon corps est l'habitation du Saint-Esprit. Alors c'est une question de plus ou de moins. Mais, ô mon Dieul mon œuvre est-elle faite? toi seul le sais. Il me semble que non. J'aurais tant voulu laisser quelque monument durable pour ta gloire! J'ai tant d'écrits inachevés que j'aurais voulu achever! tantd'œuvres inaccomplies que j'aurais voulu accomplir! mais si tu me rappelles, ce sera la marque que mon œuvre est faite selon toi... Accomplis en nous ta volonté, et répands la paix sur notre maison !
Son heure était marquée; mais Dieu devait se glorifier en lui pendant de longs mois de souffrances avant de le rappeler dans son repos. Cette souffrance, qui ne faisait en quelque sorte que de commencer, nous en trouvons la mesure dans des prières telles que celle qui suit, en même temps que l'expression de son abandon filial à la volonté de Dieu:
O mon Dieu! toi qui vois mes douleurs, Homme de douleurs, aie pitié de moi! Par ton sang répandu, aie pitié de moi ! Par les humiliations de ta passion, aie pitié de moi! Par les angoisses de ton