RÉUNION DE FAMILLE
jour fixé, tous se trouvaient à Paris. Ils passèrent ensemble l'après-midi des 6 et 7 octobre. Le 6, ils célébrèrent la communion. Ce jour-là et le lendemain le malade adressa à la famille réunie des allocutions pressantes. Le premier jour, à l'occasion de la communion, il rendit témoignage de sa foi; le second, il exhorta ceux qui l'entouraient à l'union et à l'amour fraternel, à la prière, à la lecture de l'Ecriture sainte, à la vie spirituelle et au service actif de Dieu dans l'Église, et spécialement dans le ministère.
Plusieurs pensées de ces allocutions se retrouvent dans les Adieux. Nous en relevons cependant quelques passages :
6 Octobre. — En prenant avec vous la communion, ce qui m'est une si profonde douceur, je déclare que, selon que Dieu nous y appelle, je me place en sa présence comme un pauvre pécheur, dont la vie entière est pleine de témoignages contre lui devant Dieu, et dont les œuvres chrétiennes sont un pur don de la grâce divine; il n'y est entré que pour les altérer, et pour y mêler l'infirmité et la corruption humaines.
Le péché a deux parties: le mal que nous avons fait et le bien que nous avons négligé de faire. Quant au premier point, je suis pénétré du mal que j'ai fait en péchant, et je confesse sincèrement et sans figure, qu'il n'y a pas un seul commande-
ment de Dieu que je n'aie transgressé, ou selon la lettre ou selon l'esprit. Quant au second, le bien négligé, il me préoccupe et me poursuit peut-être plus encore que le premier, probablement par un défaut de lumière, ou un reste de propre justice... Mais en même temps, j'ai une espérance ferme, simple et paisible en la rédemption de Jésus-Christ; en son sang, en son sacrifice; et si je pouvais trouver quelque expression plus claire, je l'emploierais, pour que toute la gloire soit rendue à la vertu du sang et du sacrifice de Jésus-Christ, accepté en expiation de mes péchés devant Dieu, tenant lieu du bien que je n'ai pas fait, et réparant le mal que j'ai fait. 0 merveille de grâce! le péché est aboli; je ne comparais plus devant Dieu comme un pécheur: Jésus-Christ nous a été fait sanctification et rédemption. — // a été fait péché pour nous, afin que nous devinssio?is justice de Dieu en lui. Je suis revêtu de sa justice, comme il s'est revêtu de mon péché. Dieu ne peut pas plus me condamner qu'il ne peut condamner son Fils, et je suis devant lui comme son Christ bien-aimé. La foi en ce sacrifice est mon unique espérance. Ce n'est pas une imagination, c'est une réalité. La rédemption est le cœur de tout l'Évangile, le centre de la révélation, la source de notre paix. Dieu m'accorde cette grâce : depuis que je le connais, j'ai été plus ou moins tourmenté par un esprit de mélancolie; mais elle n'a jamais porté sur l'assurance de mon salut.