SOUFFRANCES CROISSANTES
qu'il avait pu exercer pendant ces deux jours au sein de sa famille, il ajoutait :
Rends-moi mon ministère ! rends-moi mon ministère! mon Dieu, s'il est possible, rends-moi mon ministère ! et si cela n'est pas possible, soumets-moi , tout doucement.
Le Seigneur, qui est fidèle, l'exauça dans cette double prière : d'une part, en lui donnant la pensée et la force de commencer, dès le dimanche suivant, le service régulier dont nous avons parlé; de l'autre, en soumettant son cœur d'une manière toujours plus complète à sa volonté tout entière.
Les semaines s'écoulaient ainsi sans grands événements, mais avec des souffrances croissant toujours en intensité et en continuité, dont la monotonie n'était rompue que par les témoignages d'affection qu'elles apportaient au pauvre malade. C'était une lettre du comité de telle œuvre chrétienne à laquelle il s'était particulièrement intéressé aux jours de sa force ; — c 'étaient des amis dévoués qui voulaient lui apporter ou lui envoyer un dernier témoignage de sympathie, et avoir de lui une dernière parole d'adieu; — c'étaient quelques soldats chrétiens qui priaient pour lui et, du fond de la Crimée, chargeaient un camarade de lui exprimer l'affection et la reconnaissance de tous; — c'était un pieux ecclésiastique catholique, l'abbé Martin de Noirlieu, qui lui écrivait pour l'encourager dans
ses souffrances, « comme un très cher frère en Jésus- Christ; » — c'étaient quelques-uns de ses anciens élèves qui se réunissaient pour l'assurer de leur affection, le remercier du bien qu'ils avaient reçu de lui et lui demander sa bénédiction. A tous il envoyait une parole de reconnaissance et d'adieu chrétien. Pour ces derniers il dictait un message affectueux, en demandant qu'on leur transmit « bien tendrement, avec sa bénédiction, l'expression suivante de la foi qui faisait maintenant toute sa consolation :
« Si la foi n'a pas pour base un témoignage de Dieu, auquel nous devons nous soumettre, comme à une autorité extérieure, supérieure et indépendante de notre jugement personnel, la foi n'est pas la foi.
« Si le cœur de l'Evangile et l'objet essentiel de l'incarnation ne sont pas une expiation proprement dite, par le sang de Jésus-Christ, l'Evangile n'est plus l'Évangile. »
Chaque soir aussi, il réunissait autour de lui sa famille, à laquelle se joignaient souvent quelques amis intimes; après la récitation d'un cantique ou d'une portion de l'Ecriture sainte, par l'un ou l'autre des assistants, il disait quelques mots suivis d'une prière. Tantôt il faisait part de ses expériences de la journée, tantôt il parlait de sujets divers qui lui venaient à l'esprit, d'édification,