SOYEZ RECONNAISSANTS
— ou quelle grâce c'est de pouvoir dormir la nuit; quelle grâce c'est de pouvoir ne pas penser à son corps, pas plus que si on n'en avait pas. Soyez reconnaissants, de peur que Dieu ne vous retire tous ces biens, pour vous en faire apprécier la valeur.
Je te rends grâces, ô mon Dieu, de ce que tu m'as appris à les apprécier, même au prix de la privation et de la souffrance, pour que je ne demeure pas dans l'ingratitude où j'étais constamment plongé. Et je te supplie de faire à ma famille la grâce de recevoir instruction en moi, pour que l'avertissement donné à un seul suffise pour tous. Car tu es miséricordieux, et ta bonté ménage les coups de ta justice. Daigne m'accorder, si tu le crois bon, une nuit tranquille, ce trésor dont le souvenir même s'efface de mon esprit! Mais, ô mon Dieu, c'est pour me préparer pour la tranquillité plus douce et plus profonde, non pas d'une nuit éternelle, mais d'un jour éternel glorifié... Seigneur, nous nous recommandons à toi. Nous t'adorons, nous te rendons grâces et gloire en toutes choses, en attendant que vienne le jour heureux qui nous rassemblera tous dans ton sein paternel, où nous nous entretiendrons de tout ce que nous aurons souffert ici-bas, et où, repassant par-dessus tous les pas que tu nous as fait faire, nous reconnaîtrons ta bonté dans chacun d'eux, mais plus spécialement dans ceux qui nous ont le plus coûté !...
12 Janvier. — Je sens toujours plus que ce n'est pas négativement, mais positivement qu'il faut combattre une grande douleur. La véritable patience ne vient pas en se disant : Il faut que je me soumette à cette douleur, quelque pénible qu'elle soit, et en se tenant ainsi tremblant sous la main de Dieu, se bornant à ne pas murmurer et ne pas douter. C'est déjà une grande grâce. Mais la vraie patience fait plus : elle se nourrit de la force de Dieu ; elle reçoit le Saint-Esprit, et c'est dans la puissance de Dieu, dans la paix: de Dieu, dans la joie de Jésus-Christ, qu'elle combat la douleur et qu'elle en triomphe. Ainsi je veux que vous demandiez pour moi l'Esprit de Dieu ; cet Esprit dans une mesure abondante, et accompagné de toute sa vertu. La seulement est mon repos. On ne supporte que ce dont on peut rendre grâces ; on ne se soumet qu'à ce dont on est vainqueur.
0 notre Dieu ! voici encore une de ces journées où tu semblés vouloir éprouver jusqu'où peut aller la patience de tes enfants. Oh ! fais qu'elle aille aussi loin que ta Visitation ! Tu ne nous as pas promis le soulagement; mais tu nous as promis le Saint-Esprit. Avec une simplicité d'enfant nous venons te demander de dégager ta promesse en répandant dans nos cœurs le Saint-Esprit , et avec lui la puissance, la paix et la joie de Jésus ! Accorde la même paix à tous tes enfants qui souffrent, et fais que tous ceux qui souffrent et qui ne sont pas devenus tes enfants
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soient conduits au pied de la croix de Jésus, pour glorifier avec nous le Dieu de noire délivrance.
19 Janvier. — Quelle différence, en matière de foi, entre savoir et sentir ! Nous savons tout ce qui est capable de nous soutenir dans nos combats, et de nous rendre vainqueurs de nos tentations. Mais la plupart du temps c'est comme une chose qui est hors de nous, et dont nous ne profitons pas plus que d'un aliment que nous contemplons sans nous en nourrir. Mais quand le Saint-Esprit vient et qu'il applique cette bonne doctrine à nos âmes et nous en fait faire l'expérience intime, alors et seulement alors, il nous fortifie, il nous réjouit, il nous rend plus que vainqueurs. Hélas ! que la portion de ce que nous savons, que nous sentons enfin, ou que nous croyons est petite ! Nos abattements, nos tristesses, nos langueurs, ne viennent-ils pas de la? C'est pourquoi ne nous lassons pas de demander a Dieu le Saint-Esprit, qui nous fasse passer de la foi de la connaissance à la foi du sentiment, de la foi du livre à la foi personnelle, et qui nous mettra ainsi en possession de toutes les promesses. C'est quand on est bien portant qu'il faut lutter pour cette grâce. L'abattement de la maladie jette souvent un voile sur nos yeux et nous rend incapables de l'effort spirituel qui serait nécessaire. Toutefois, Dieu entend les prières des plus faibles : et quand nous sommes faibles, alors nous sommes forts.
23 Janvier. — Parmi les choses que je regrette, il y en a une dont j'ai été occupé la nuit dernière : c'est de n'avoir pas exercé chez vous l'esprit de conversation. J'en ai toujours été privé moi-même, ce qui me rendait difficile de le développer chez les autres. Mais je désire que vous tâchiez d'y suppléer. Dieu nous a donné l'entretien de l'homme avec l'homme pour aiguiser, éclaircir, nourrir et enrichir notre pensée. De tous les moyens que j'ai pu employer pour me préparer pour la prédication, je n'en ai jamais trouvé de plus efficace que d'avoir un ou deux entretiens avec quelques amis, ou du moins avec un ou deux amis, soit dans ma famille, — je l'ai souvent fait avec ma femme, — soit en dehors de la famille., où le point de vue devient un peu différent. C'est un moyen de se rendre aimable, agréable et utile, et d'apprendre prodigieusement de choses ; et de les apprendre d'une manière qui, plus qu'une autre, plus que la lecture en particulier, les grave dans la mémoire. Il faut pour cela nourrir, quant à nous-mêmes, un esprit de curiosité pour toute espèce de connaissances utiles, même pour celles qui ne se rapportent pas directement a un but déterminé. Ce but, Dieu le connaît, et nous le fera découvrir plus tard. Il faut aussi, quant aux autres, nourrir en nous un esprit de charité qui nous fera saisir et chercher les occasions de les instruire utilement et surtout salutairement. Je ne puis qu'indiquer ces idées, mais je vous engage beaucoup à cultiver ce don si précieux, si heureux.