‹ Adolph MonodChapitre 16 sur 143 · A SON FRÈRE GUILLAUME · texte numérisé non relu

A SON FRÈRE GUILLAUME

aise en le prêchant, n'étant plus dans cette fausse position de persuader aux gens une chose qu'ils croient, mais seulement de leur rappeler une chose qu'ils oublient. Tu ne te figures pas la peine que j'ai eue à faire ces corrections, la péroraison surtout qu'il s'agissait d'éclaircir et de remettre en ordre, m'a tellement embarrassé que je l'aurais laissée comme avant, si je n'avais voulu montrer du courage. Je devrais à présent me remettre à l'autre sermon, pendant que je suis un peu en verve ; mais je crains que de sermon en sermon tout mon hiver ne se passe à composer, ce qui me donnerait ensuite bien des regrets...

S'il me venait quelque bonne idée pour un sermon sur l'aumône, j'aurais envie d'en faire un. Mon père doit prêcher a Sainte-Marie pour la grande collecte de dimanche en huit ; je lui proposerais de le remplacer, si jlétais sûr de moi, etsi j'avais un texte. Je viens d'y penser un peu ; mais ce sujet ne m'intéresse pas beaucoup : engager mes auditeurs à donner de l'argent n'est pas un but qui m'inspire. S'il fallait leur prêcher d'aller visiter les pauvres chez eux, de soigner leurs intérêts spirituels ; ou bien s'il s'agissait de favoriser quelque institution grande et utile, comme la Société de la Bible ou celle des Missions, j'y serais plus porté. Mais après avoir dernièrement médité sur des vérités aussi grandes que celle-ci : Pensez que vous êtes immortels; préférez les biens de la religion à ceux du monde — venir dire : Donnez

une pièce de cent sous ou une pièce de vingt francs, cela me paraît sec. C'est un grand crime de manquer à l'aumône, mais ce n'est pas une grande vertu de la faire. C'est la charité des mains ; je serai bien plus fort en prêchant la charité du cœur. Le but est plus direct, mais moins élevé que dans une prédication ordinaire ; puisque le plus beau prix qu'on puisse espérer de ses efforts est de voir la bourse un peu mieux garnie. Quand Saurin « vole » à un joueur sa bourse, quand mon père fait mettre dans la cassolette une chaîne de montre, ou oblige son auditeur à sortir de sa poche autant de pièces de cinq francs qu'on lui apporte d'arguments en faveur de l'aumône, j'admire leur éloquence; mais ils ont eu des triomphes moins flatteurs à Tamour-propre, parce qu'ils étaient moins connus, mais plus doux encore à leur cœur. Un autre grief que j'ai contre ce sujet, c'est que pour réussir il faut nécessairement louer, même flatter... Et cependant, au lieu de louer la charité des Parisiens, je voudrais leur faire honte de leur peu de générosité ; et j'aurais toutes les peines du monde à ne pas leur dire que les Anglais et les Hollandais donnent beaucoup plus qu'eux, ce qui serait très mal pris. Je ne veux cependant pas renoncer encore et vais essayer si en considérant le sujet sous quelque autre point de vue il me plaît davantage; car tu conçois que pour faire un sermon en douze jours, moi, il faut que je travaille avec gaîté de cœur...

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