SEJOUR A PARIS
n'oublie jamais ce qu'il doit aux auteurs de ses jours, et aura toujours pour eux une affection à laquelle aucune autre personne au monde ne peut prétendre. Et si la Suisse vaut mieux que le Danemark, eh bien ! je suis à plaindre, et je dirai, tout en me disant Suisse: Malheur à celui qui n'est pas né dans sa patrie! Que dites-vous de ma morale, mon ami? J'ai trois patries, c'est-à-dire que je n'en ai point. Je suis Adolphe sans patrie.
Parlez-moi de vos études. Travaillez- vous pour la récitation et pour la voix? Joignez- vous a C. pour prendre des leçons. Une heure par semaine est peu de chose, et cela suffit, au moins au commencement, pour faire réfléchir utilement, et ouvrir l'esprit à de nouvelles idées sur ce sujet.
Adieu, cher ami, que Dieu vous bénisse dans toutes vos études, et dans toutes les choses que vous faites. Vous savez que je vous aime sincèrement et combien je me réjouis de penser que nous sommes unis dans la même carrière et dans les mêmes sentiments.
Au moment où il écrivait cette lettre, Adolphe Monod n'avait pas de plans définis pour l'avenir : o Rester tranquillement à Paris, assez longtemps pour profiter des ressources qui naissent peu à peu autour de moi ; avoir quelques fonctions déterminées se rattachant à ma vocation; le reste du temps demeurant enfermé chez moi, étendant mes
connaissances dans les choses qui me sont véritablement utiles, étudiant surtout la Bible, composant de temps en temps des sermons — voilà mon ambition. Je donnerai trois ou quatre heures de leçons par semaine. Outre cela, j'ai accepté de remplacer pendant trois mois l'un des pasteurs luthériens, ce qui m'obligera à prêcher deux fois par mois. Enfin, l'on veut me charger de l'instruction religieuse de la jeunesse protestante d'un des quatre collèges de Paris; mais ceci est encore un projet... »
Ce dernier projet ne se réalisa pas. Son frère Guillaume devait faire faire à son élève et ami M. Etienne Gautier un voyage de quelques mois en Italie; et 3Ime Gautier proposa à Adolphe de les accompagner. Après beaucoup d'hésitation, il accepta, vivement encouragé par ses parents. Le départ eut lieu au mois d'octobre 1825.
Leur père leur écrivait quelques jours plus tard :
PariSj le 25 Octobre: Bonjour, mes chers et très chers amis. Vous ne savez peut-être pas combien il est triste de penser que nous ne reverrons peut-être pas B. cet hiver, de ne plus trouver Adolphe dans la maison; et cependant nous nous réjouissons de ce voyage, qui est pour nous un grand sacrifice. A., plus désintéressée là dedaDS, en est enchantée; il n'y a qu'une voix pour l'approuver. Il y a en effet quelque chose de si particulièrement heureux dans cette circonstance qui vous appelle à faire ensemble un si
joli voyage, quelque chose de si aimable et de si caractéristique dans l'idée de vous réunir avec un excellent ami, qu'il me semble voir là-dedans une de ces directions bienfaisantes du Ciel qui nous semble si souvent présider à ma destinée, que j'aime à attendre pour vous toute sorte de bien de cette occasion, et à y voir l'espérance que votre vie sera comme la mienne, sous la bénédiction de la Providence Jouissez bien, mes bons amis, de ces
six mois que vous allez encore passer ensemble; mettez en commun vos yeux, votre jugement, votre cœur, pour voir cette multitude d'objets nouveaux qui vont passer sous vos yeux; ce sera le moyen de les bien voir. Combinez ces vues de portée différente, et vous aurez une lunette excellente. Occupezvous surtout de ce que l'Italie vous offre à apprendre; étudiez l'histoire, les arts, la littérature; laissez de côté pour le moment, pour vos lectures du moins, la théologie ; et comme vous ne pouvez cependant jamais perdre de vue les objets principaux de vos méditations et l'amour de votre état, vous saurez bien faire tourner ce que vous aurez vu et lu au profit de votre instruction religieuse et morale. Luther conçut à Rome la première pensée de la Réformation. Ce spectacle des deux extrêmes de l'incrédulité et de la superstition vous inspirera un redoublement d'amour pour la religion morale de l'Évangile et de nouvelles forces pour la prêcher. Je répète à Adolphe le double conseil que je lui ai
donné : juger avec sa raison, agir d'après sa volonté. Avec l'un il se préservera d'une opinion précipitée sur les choses, ce qui produit l'erreur, et sur les hommes, ce qui produit souvent l'injustice; avec l'autre, je sais tout ce qu'il pourra faire et tout ce qu'il fera. Fidèle à ces deux règles il pensera et agira de manière à être toujours satisfait de luimême et à devenir tout ce que la Providence l'a fait pour devenir ; qu'il ne se contente pas de moins et qu'il ne demande pas plus... »
Le voyage dura plusieurs mois. Arrivés à Naples,
les deux frères trouvèrent un certain nombre de protestants de langue française, privés de culte, auprès desquels Adolphe Monod fut retenu comme pasteur. Le culte se célébra d'abord dans le salon d'une dame pieuse, Mme de Palézieux Falconnet, puis dans la chapelle de l'ambassade de Prusse. Ce fut dans ce petit troupeau qu'il commença à exercer son ministère, au printemps de l'année 1826. Il y resta dix-huit mois environ1.
C'est ce moment auquel nous faisions allusion plus haut et durant lequel sa tristesse habituelle, accrue d'un sentiment de solitude,, par suite de son éloignement de sa famille, et malgré la société et les soins d'amis dévoués, était devenue peu à peu une
1 Son engagement primitif expirait le 1er avril 1827.11 fut retenu à Naples quelques mois de plus, par la difficulté de trouver un remplaçant.
mélancolie insurmontable. Il était également pressé par sa conscience de remplir fidèlement les devoirs qu'il avait acceptés, et retenu par le scrupule de prêcher sans convictions arrêtées ; et ce temps de ministère a Naples fut pour lui une épreuve douloureuse. Ou en jugera par quelques extraits de sa correspondance ou de son journal, qui feront apprécier d'autant mieux le changement qui allait s'opérer en lui. Il n'était pas possible que Dieu ne répondît pas à la sincérité de son cœur, et ne l'affranchît pas d'une amertume dont il ne cherchait qu'en Dieu seul et dans sa Parole la consolation et la délivrance.
Avant de donner ces extraits, qui nous permettront de suivre le travail intérieur qui se faisait en lui, nous placerons ici quelques fragments de lettres de ses parents.
De son Père.
Paris, Février 1826.
Je lisais l'autre jour dans notre culte domestique le chapitre XI de saint Jean, et il me semblait voir dans chaque mot de ce récit la vérité de cette réflexion de Rousseau : « Ce n'est pas ainsi qu'on invente. » Tout le Nouveau Testament, les Evangiles surtout, sont empreints de ce caractère inimitable ; et dans l'Ancien, si on fait la part de l'ancienneté des temps, de l'obscurité du langage,
de la grossièreté du peuple, qu'y a-t-il cependant, dans ce que l'antiquité a de plus beau, qui puisse se comparer avec Moïse, Job, les Psaumes, les Prophètes, etc. ? Tu aimes à scruter, à approfondir, c'est une heureuse disposition , mais qu'il ne faut pas porter trop loin, parce qu'à force de s'enfoncer ainsi, on finit par trouver obscures les choses les plus claires, et c'est ce qui t'est arrivé souvent. J'ai vu des moments où tu aurais dit d'un colloque de Mathurin Cordier ou d'un couplet de chanson: je ne le comprends pas. D'autres fois tu critiquais sans trop d'examen, et cela tient à un penchant assez commun chez toi à juger d'après une certaine disposition intérieure plutôt que d'après un examen réfléchi. Je suis convaincu que plusieurs des doutes qui t'inquiètent n'ont pas d'autre source, et que tu crois souvent douter bien plus que tu ne doutes. Apprends à juger avec ton jugement et non pas d'après l'humeur du moment, à examiner sans prévention, avec les pures lumières de ta raison, de ton esprit, de ton goût; tout cela est naturellement bon chez toi et te fera voir bien; et comme ces sortes d'impressions involontaires sont plus souvent défavorables, je crois qu'un bon moyen de s'en préserver serait de se prescrire à soi-même, en règle générale, de commencer par chercher d'abord ce qu'il y a de bon dans le système qui se présente, dans le livre qu'on lit, dans l'esprit et le caractère de la personne avec qui l'on se rencontre. Le
mauvais côté se fera voir assez tôt; et l'on risque moins de se tromper si on voit le mauvais à travers le bon, que le bon à travers le mauvais.
J'ai une lettre de M. le pasteur Mouchon qui me parle de toi avec un tendre intérêt: «J'aime à voir un progrès de la réformation opéré par ce jeune ami, par ce cligne ministre de Jésus-Christ. C'est un germe comme il le faut pour donner naissance à un bel arbre et lui faire prendre racine dans cette terre classique etc. » Oui, mes amis, il me semble que ce voyage où ton frère et toi avez toujours pensé avant tout à votre ministère, où vous avez donné un exemple nouveau, mais qui, j'espère, ne sera pas sans imitateurs, est peut-être un moyen préparé par la Providence pour jeter en divers points de l'Italie quelques semences qui pousseront en leur temps, et en attendant vous laisseront de doux et d'encourageants souvenirs: quelle bénédiction si vous aviez posé les fondements d'Églises à Naples, à Rome, à Livourne, à Florence! et cette petite prédication italienne en passant à Pise!. . . . Vous ne vous attendiez pas, chers amis, que tels seraient les effets de votre voyage. Et quoiqu'ils eussent pu se réaliser sans vous, que si la Providence avait eu ce dessein, elle aurait employé d'autres instruments, il sera toujours doux de penser que vous avez été choisis pour commencer cette œuvre; et qu'en voyageant pour visiter les ruines du paganisme, vous n'avez pas oublié un moment que vous étiez des ministres de l'Évangile...
De son Père.
Paris, 20 Mai 1826.
Eh bien , cher et bon Adolphe ! le voilà donc séparé de tes amis, isolé, seul avec toi-même et les saints devoirs dont tu t'es chargé. Je pense souvent à toi , mon bon ami , je ne sentis jamais peut-être un plus grand désir de te voir : je voudrais quelquefois pouvoir m'envoler, aller rompre ta solitude, causer avec toi; et cependant je ne m'afflige point de ton éloignement, et je ne me reproche point comme toi cette espèce d'insensibilité, parce que j'espère beaucoup de bien pour toi du travail assidu et déterminé auquel tu es appelé, parce que je le crois propre à donner de l'essor et du développement aux moyens que tu as reçus du ciel ; parce qu'il më semble que la Providence elle-même t'a conduit à Naples pour ce dessein; et puisqu'elle nous commande ce sacrifice, elle saura bien le bénir. Je ne me décourage point pour toi par la pensée des tièdes , des indifférents , des incrédules; tous ne sont pas ainsi. Occupe-toi de ceux qui se réjouissent véritablement de voir un culte s'établir à Naples, sûr que tu seras utile du moins à ceux-là et à leurs familles; et peut-être verras-tu leur nombre grossir; peut-être plusieurs de ces hommes qui ne savent ce que c'est que culte et religion retrouveront-ils en eux ce sentiment reli-
gieux qui dormait comme le feu sous la cendre. La nouveauté, la curiosité les amènera d'abord à l'église, et ce sera toi qui les engageras à y revenir ; puis, ayant un culte et des pasteurs, il s'élèvera peu à peu une religion nouvelle. C'est ce qui arrive à Paris, où nous voyons chaque année quelque progrès, quoiqu'il y ait encore tant d'hommes privés du sens religieux; à Lyon, où la tiédeur paraît avoir été plus grande, et où le zèle est aujourd'hui peutêtre encore plus réveillé, non seulement dans les six cents nouveaux protestants, mais dans les anciens. Qui sait enfin ce que peut préparer pour un avenir plus éloigné l'établissement d'une Église à Naples, et si tu ne seras pas un jour cité comme l'apôtre qui aura introduit le christianisme dans ce beau pays? Je crois bien qu'il y trouvera plus d'obstacles qu'à Otahiti ! Prends donc courage, cher Adolphe, tu ne feras pas tout le bien que tu voudrais, tout celui que tu as conçu d'abord; mais tu en feras, et tu béniras le ciel pour ce que tu auras fait, sans te plaindre de ce que tu n'auras pu faire : tu recueilleras ainsi pour toi-même beaucoup de fruit, et peut-être même plus d'instruction que tu n'en retirerais des livres et d'autres études. Je ne m'inquiète pas beaucoup de ces doutes auxquels tu me parais mettre plus d'importance qu'ils n'en ont, d'abord parce que tu les exagères et que tu es plus croyant que tu ne crois ; ensuite parce que tout en enviant le bonheur de ceux à qui tout paraît clair et certain , on ne peut
cependant s'empêcher de voir là un sacrifice trop entier de leur intelligence-; et que bien plus solide est la foi d'un homme qui reste en suspens sur certains points et en convient de bonne foi avec lui-même, mais qui a appris à les distinguer des vérités fondamentales de la religion, de celles qui appuient la vertu de l'homme, assurent le bonheur de la société et nous montrent le chemin du ciel. Et quand il y aurait des erreurs dans nos enseignements, du moins avons-nous la satisfaction de pouvoir nous dire qu'il n'y en a point qui favorisent le relâchement ou la superstition, qu'il n'est pas un point de notre symbole qui ne tende à nous rendre bons et heureux: quelle philosophie, quelle religion pourrait en dire autant? et n'est-ce pas un puissant indice en faveur de la nôtre que son accord constant avec la morale, c'est-à-dire avec la seule des spéculations humaines dont l'évidence soit universellement reconnue, ce qui lui donne à peu près le rang de la certitude ?
Une chose qui te manquera bien, ce seront les livres... Cette rareté de livres t'obligera à étudier encore plus l'Écriture sainte, à la commenter toimême pour ton usage, et tu t'en trouveras bien. Je n'ai point fait à cet égard ce que je m'étais promis en commençant mon ministère, et j'en ai beaucoup de regret, parce que je sens beaucoup mieux qu'alors que si l'on sait bien se servir de l'Ecriture, non seulement on y trouve une mine inépuisable de pen-
sées et de moyens d'éloquence ; mais rien ne donne aux discours plus d'autorité: tu comprends que ce que j'appelle se bien servir de l'Ecriture, ce n'est pas de coudre des passages les uns aux autres. Nous avons entendu cet hiver un sermon de M. Appia, de Francfort , froidement rédigé , qui a duré soixantedix minutes par un jour très froid, et cependant il a été généralement écouté avec intérêt; c'est, à ce qu'il m'a paru, parce qu'il était pour ainsi dire tout succulent de la Bible. Si j'avais à recommencer, je ne crois pas que je prêcherais une autre doctrine, mais je la prêcherais différemment...
De son Père.
Paris, 31 Mai 1826.
Que je voudrais être quelquefois avec toi, cher Adolphe! Que j'aimerais à assister à tes premières prédications, et voir l'effet qu'elles produisent! Donne-nous dans tes lettres l'idée des sujets que tu traites. Cette heureuse facilité que le Ciel t'a donnée est un bienfait précieux, bien propre à t'encourager , et qui te donne la douce tranquillité de pouvoir toujours remplir tes fonctions, sauf les jours où tu ne serais pas bien. J'espère cependant que tu ne feras pas de l'improvisation un système et une habitude. Cette méthode a beaucoup d'attraits, et peut-être quelques avantages même, par l'effet qu'elle peut produire; mais je suis per-
88 ADOLPHE MOISOD 1826
suadé que celui qui ne prêcherait jamais autrement s'accoutumerait trop facilement à noyer quelques idées dans beaucoup de mots ; et que le moyen de bien improviser, c'est de composer de temps en temps des sermons bien soignés et pour les pensées et pour le style. Un homme doué de quelque talent recueille plus d'idées de ses propres méditations que des livres ; mais il faut mûrir ces idées, les élaborer, les coordonner entre elles, et c'est ce qui ne pourrait jamais se faire par une continuelle improvisation, en sorte qu'elle deviendrait un obstacle au développement de l'esprit, et finirait par en rétrécir les facultés...
A sa Cousine, MUe J. Puerari.
Naples, 26 Octobre 1826.
...« Je me sens si jeune et plus encore d'esprit que d'années, si inexpérimenté, si peu affermi encore dans la foi et dans la piété, et si affermi au contraire dans les idées tristes que me crée mon imagination malade, que je soupire après le moment de quitter mon poste comme après une délivrance pour mon esprit et pour ma conscience. D'un autre côté je me suis demandé si ces ennuis que j'éprouve à Naples ne seraient pas une épreuve à laquelle Dieu veut me soumettre , et que je rendrais inutile , en le fuyant après quelques mois* Dans cette perplexité j'ai consulté mon père, mon frère, et mes meilleurs amis ; j'en ai écrit aussi à
1826 A M»e PLERARI 89
Louis Gaussen, dont j'attends la réponse. Mes autres conseillers m'engagent à attendre au moins le terme de mon engagement, qui expire le 1er avril 1827, et alors nous verrons. Me voici donc incertain, mécontent de moi-même, souhaitant un autre prédicateur à mon troupeau et un autre docteur à mes catéchumènes, quelquefois heureux, par intervalles; souvent triste, toujours agité. Vous voyez que je suis toujours le même. Le parti que j'ai pris est de m'appliquer au travail assez fortement pour satisfaire l'activité de mon esprit, et de faire une étude plus approfondie de la Bible pour remplir, s'il se peut, le vide de mon cœur. Mais j'ai déjà formé ces projets plus d'une fois sans les exécuter. J'espère, sans y compter, que j'aurai plus de persévérance cette fois. Vous voyez que je suis plein de faiblesse. Cependant, vous ne me jugerez pas sans indulgence, si vous vous souvenez que je suis aussi plein de bonne volonté. J'en ai de quoi faire un saint ; mais cela ne suffit pas... Je ne puis pas me plaindre de mon troupeau. Sur une colonie protestante de cent à cent trente personnes, en comptant les Allemands, j'ai assez régulièrement un auditoire de soixantedix à quatre-vingts personnes ; en été, moins ; maintenant, et surtout en hiver, j'en aurai quelquefois plus. Jusqu'ici j'ai prêché presque toujours de méditation, n'ayant pas le temps d'écrire mes sermons. Mais je m'applique de toutes mes forces à me corriger de cette habitude, car je suis persuadé que c'est
gâter son talent que de commencer si jeune à prêcher d'abondance, et qu'on peut dire en particulier de la facilité de parler ce que je ne sais qui a dit de la facilité en général, qu'elle est un beau don, à condition qu'on n'en use pas. . . Vous seriez étonnée, si vous m'entendiez, de trouver ma prédication plus évangélique qu'autrefois. C'est que, dans l'incertitude de mes opinions, j'ai cru que le plus sûr était de me tenir le plus près possible de l'Évangile, et de consulter moins mes opinions que ses enseignements.
A son Frère Guillaume.
Naples, 31 Octobre 1826.
...J'ai prêché avant- hier un sermon de Reinhard sur le danger de s'endurcir aux bonnes impressions. C'est le second essai que je fais de traduire de ses sermons. C'en est assez, je pense, pour me détourner du projet que j'avais formé de donner de temps en temps de ses sermons à mon auditoire. Je me trouve comme faux quand je prêche les idées des autres ; non que je me fasse aucun scrupule de profiter de leur travail, mais parce que je ne peux pas bien entrer, quoi que je fasse, dans leurs idées. Ensuite, tranchons le mot, les sermons de Reinhard ne me satisfont pas. Il me semble, en parcourant les titres de ses sermons, qu'il est très heureux pour le choix des sujets, mais qu'il l'est moins pour la manière de