‹ Adolph MonodChapitre 23 sur 143 · DE M. DE BUNSEN · texte numérisé non relu

DE M. DE BUNSEN

mais qu'il vaudrait mieux qui fût démontée, à moins que l'auteur de cette machine ne possède un secret pour la renouveler. Je l'espère, sans l'espérer ! Je me suis confié à lui, sans confiance. C'est assez. Tu me vois ici tout entier. Gela suffit pour te faire voir qu'il est urgent que je sorte de mon poste actuel. Gela est plus urgent que je ne puis dire.

D'autre part, il était amicalement soutenu et encouragé par tous ceux qui l'avaient vu en Italie. Quelques lignes de M. de Bunsen, dont son frère et lui avaient fait la connaissance à Rome, montrent combien ces courtes relations avaient suffi pour l'attacher à eux :

Rome, 22 Février 1827. — Mon cher M. Monod ...Je vous suis extrêmement reconnaissant de ce vous me communiquez avec tant de bonté sur le plan de vos études et de vos sermons. J'espère qu'ainsi vous avancez vous-même sur la route de la foi, en frayant le chemin à ceux dont le soin spirituel vous a été confié. Je ne puis vous dire combien je serais affligé de vous voir abandonner votre poste sans que Monsieur votre frère vint vous remplacer. Un troupeau égaré se perd si facilement ! Encore à Rome, malgré les bonnes intentions de quelques-uns, la petite communauté des Réformés français n'a pu se maintenir au delà de quelques semaines ou mois. M. Erskine est à Rome. Dans la

première conversation il m'a parlé avec le plus touchant intérêt de vous, et il me charge de ses salutations cordiales. Il vous est intimement attaché. C'est un excellent homme et un vrai chrétien.

Le courrier est sur le point de partir. Excusez donc, aimable ami, la hâte de ces lignes et me conservez votre amitié. Tout à vous de cœur,

Bunsen.

Quelques mois plus tard il voyait arriver à Naples M. Erskine, dont l'amitié et la conversation devaient lui être, par la bonté de Dieu, si utiles. De fréquents entretiens avec cet homme éminent, si aimable et si pieux, sur les sujets qui le préoccupaient le plus, introduisirent comme un élément nouveau dans sa vie. Les divergences d'opinion qui se manifestèrent par la suite n'altérèrent en rien leur amitié réciproque. Quelques notes, écrites à la suite de ces entretiens, commencent ainsi :

Mardi 15 Mai — Lundi 21 Mai. — Mes conversations avec Erskine m'ont convaincu que j'ai besoin de quelque chose que je n'ai pas trouvé jusqu'à présent et que je ne puis me donner moimême.

Je pressens et je vois dans M. Erskine et dans d'autres un bonheur, une paix, un ordre, une conviction, que je n'ai point... Je suis dans un état de désordre, de péché. Je le sens, je ne suis pas en

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harmonie avec moi-même ; mon principe philosophique n'est pas satisfait. La perfection de la créature ne peut consister que dans la relation avec le Créateur; et cependant, et c'est là le péché, j'ai été à moi-même mon centre jusqu'à ce moment. Il faut être dépendant, j'ai voulu être indépendant. J'ai voulu être original ; j'ai craint de me perdre dans le grand tout. J'ai voulu me faire ma religion à moi-même, au lieu de la prendre de Dieu.

Puisque je sens le bonheur et l'ordre, et qu'ainsi ils doivent être quelque part; que je ne puis les trouver hors de la Bible, et que tant de gens les trouvent dans la Bible, je les chercherai dans la Bible.

Il n'y a qu'une influence extérieure qui puisse me changer. La réflexion n'y peut rien; car pour débrouiller mes pensées, il me faudrait des siècles. Peut-être même ne feraient-elles que s'embrouiller de siècle en siècle, comme un écheveau de fil. Et quand je pourrais les éclaircir, je puis douter de la réflexion même. Il faut donc une action extérieure pour me changer.

Conclusion des conversations avec M. Erskine.

« Dieu de vérité, tu ne peux pas me refuser la vérité ! Tu es engagé à me la faire trouver. Tu y es engagé par les promesses de TÉvangile! Tu y es engagé en faveur de mes catéchumènes et de mes brebis. Tu y es engagé par le sacrifice auquel tu m'as obligé, et par la prolongation de ce sacrifice,

auquel tu m'obliges encore. C'est pourquoi, me reposant sur toi, et n'étant plus incertain que du moment où tu voudras m'éclairer, je veux hâter ce moment en agissant dès à présent comme sûr de trouver la vérité. Je la chercherai là où j'ai le plus de raison de croire que je la trouverai, dans la Bible et dans ceux qui ont fidèlement expliqué la Bible. Dirige mes réflexions, et fais-les tourner à la recherche de la vérité qui sanctifie. Donne à mon corps et à mon esprit la force nécessaire pour travailler, pour penser, pour te chercher et pour te trouver. Ne permets pas que rien me puisse détourner de la piété qui en doit être l'âme et le principe. Sanctifie-moi par la vérité. Ta Parole est la vérité !

5 Juin. — Si vous ne croyez pas ce que je suis^ vous mourrez dans votre péché. — Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira. 0 menace terrible ! ô promesse ravissante ! que signifiez-vous ? Gomment puis-je croire? Gomment puis-je ne pas croire? Ténèbres, ténèbres! cependant, je persisterai. O mon Dieu, conduis-moi !

17 Juin. — Si je fais mon compte de pertes et de gains depuis un mois, j'ai lieu sur le tout d'être content. Je lis l'Évangile, avec peu de curiosité et de confiance; mais je le lis pourtant et avec un esprit moins prévenu qu'avant, prenant son sens,

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