AU DEVANT DE LA VÉRITÉ
au lieu de lui donner le mien. Je prie avec peu de ferveur, mais avec quelque confiance. Fatigué de douter, ne m'intéressant pas encore à la religion, mais ne m'intéressant à rien autre, convaincu mathématiquement que je ne puis sortir de mon scepticisme par le raisonnement ou par la réflexion; j'ai tourné les yeux sans trop savoir où, vers quelque secours étranger : je me suis approché de Dieu et il s'est approché de moi. Ce qui devait, ce semble, ébranler ma confiance, l'a affermie. Dieu me contraignant à prêcher plus d'un an sans zèle et sans conviction, et dernièrement encore, quand je croyais toucher au terme, l'éloignant de quatre mois au moins; tout cela serait inconciliable avec le caractère divin, si le résultat n'en devait être que de me tourmenter, et d'endormir et de tromper ceux qui m'écoutent. Non , Dieu dans tout ceci a ses vues, que j'ignore, mais au devant desquelles je vais avec confiance. Si bien que j'ai cru devoir régler mes occupations actuelles non sur mes goûts actuels, mais sur ceux que Dieu m'inspirera; et que ne trouvant plus d'intérêt ni dans la lecture de la Bible, ni dans la prédication, ni dans la théologie, — et ayant déterminé d'abord par cette raison de me jeter dans l'étude de l'histoire d'Italie et de la langue italienne, comme je l'ai écrit à Vallelte il n'y a pas huit jours, — je suis revenu de ce plan et j'ai pris (a résolution arrêtée de donner les meilleures heures de ma journée a la lecture de la Bible, à l'étude de
la théologie et à la préparation de mes sermons. Je poursuivrai ce plan de travail, quelque effort qu'il me coûte, parce que j'ai de très fortes raisons de croire que ce n'est que par là que je puis aller moimême et conduire ceux qui m 'écoutent au devant de la vérité.
Naples, 25 Juin 1827. — Je rends grâces à Dieu de ce que j'ai revu de ton écriture, mon angélique mère. En réponse à ta lettre du 9 juin j'ai déjà fait deux commencements de lettres que j'ai déchirés, parce qu'ils pouvaient m'entraîner à faiblir dans ma résolution de ne plus me plaindre. Qu'il me soit permis seulement de dire que jamais homme ne se sentit à la fois un plus grand besoin de la religion, ni une plus grande difficulté à la croire. Je vois clairement que, hors de la religion, il n'est point pour moi de bonheur à espérer. Je n'en ai jamais soupçonné ni dans la fortune, ni dans le plaisir ; il y a longtemps que je n'en attends plus ni de l'étude, ni de la distinction du talent ou de la science; après cela, j'ai trouvé que je le chercherais vainement dans les affections du cœur; et enfin j'ai découvert qu'il n'est pas non plus dans la satisfaction de la conscience, soit parce que cette satisfaction est insuffisante pour rendre heureux, ou parce qu'elle est elle-même impossible à acquérir. Dans cette extrémité, je me tourne vers la religion, comme vers ma dernière ressource, d'où j'attends ou le déses-