INEXPRIMABLE MISÈRE
poir, si elle aussi me manque, ou la paix, si elle est véritable et que je puisse la croire. Voilà où j'en suis. Je ne puis rien dire de plus. C'est ici la frontière de mes pensées claires. Au delà, et dans ce qui concerne la religion elle-même, ce qu'elle est, ce qui la prouve, comment vient la foi, mes idées sont si confuses qu'on peut dire que je n'en ai point. En sorte que voici ma prière ordinaire : <r 0 Esprit souverain, d'où je sens que mon esprit est émané, Auteur et Providence de tout ce qui est, — de quelque nom qu'on t'appelle — prends pitié de moi ! Sans lumière, sans croyance, sans attachement, sans appui, sans occupation, — l'âme toute vide, je n'apporte, pour titre à ta miséricorde, qu'une inexprimable misère. Donne- moi ce qui me manque. — Quoi? je l'ignore, mais tu le sais. Et si, pour le recevoir, il est besoin d'une certaine disposition d'esprit, donne-moi aussi cette disposition. Je ne puis rien pour moi-même... » Si je fais tant que de devenir chrétien, je crois que je deviendrai chrétien orthodoxe; d'abord, parce que l'Evangile me paraît orthodoxe, et ensuite, parce que l'expérience m'a appris à ne pas compter sur mon premier christianisme, qui ne m'a sauvé ni de la mélancolie, ni de l'incrédulité.
Plusieurs lettres, écrites à la même époque, ne sont que l'expression plus ou moins intense des mêmes sentiments. Mais il ne se trompait pas en
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pensant que Dieu saurait tirer le bien de l'excès même du mal dont il souffrait.
La même année, il adressait de Naples à sa sœur Mme Babut, deux lettres, écrites l'une au mois de mars, l'autre au mois d'août, dans lesquelles il lui rendait compte du travail et du changement qui s'était opéré en lui.
Pour bien comprendre ces lettres (entre lesquelles doivent trouver place quelques autres, adressées a divers membres de sa famille) et tous les droits qu'avait cette sœur à être promptement informée de ce qui se passait dans l'âme de son frère, nous mettrons d'abord sous les yeux de nos lecteurs une lettre qu'il avait reçue d'elle, quelques mois auparavant. Mrae Babut, mère à trois reprises, venait de perdre pour la troisième fois son enfant unique. Yoici en quels termes elle avait annoncé ce deuil à son frère.
De sa sœur Mme Babut.
Londres, 18 Février 1827.
Elle n'est plus, mon cher Adolphe, du moins elle n'est plus pour nous dans ce monde, cette bien-aimée petite Marie, source de tant de consolations, de joies, et d'espérances. Quelquefois il me semblait que ma Louise m'était rendue ; maintenant, je crois l'avoir perdue une seconde fois. Cher Adolphe, qu'elles sont déchirantes ces angoisses par lesquelles je viens