‹ Adolph MonodChapitre 27 sur 143 · S\ CONVERSION · texte numérisé non relu

S\ CONVERSION

seule, depuis les actes les plus indifférents de ma vie extérieure, jusqu'aux replis les plus retirés de ma vie intérieure, où elle corrompait dans leur racine mon jugement., mon sentiment et mon bonheur. Et loin que mon mal fût imaginaire, comme on me le disait, il était au contraire si réel, qu'il croissait .à mesure que je réfléchissais sur moi-même. C'est alors que, voyant, comme par un trait de lumière, que mon esprit était, et avait toujours été dans un état d'aveuglement et de déviation qui devait cesser pour que je pusse avoir la paix ; qu'attendre la cessation de ce désordre de ma raison et de ma volonté, qui en étaient atteintes elles-mêmes, ce serait faire comme un aveugle qui prétendrait corriger la cécité d'un de ses yeux, à l'aide de son autre œil, aveugle aussi ; qu'ainsi je n'avais de ressource que dans une influence extérieure, je me ressouvins de la promesse du Saint-Esprit; et ce que les déclarations si positives de l'Évangile n'avaient pu me persuader, l'apprenant enfin de la nécessité, je crus, pour la première fois de ma vie, à cette promesse, dans le seul sens selon lequel elle pouvait répondre le mieux aux besoins de mon âme, dans celui d'une action réelle, extérieure, surnaturelle, capable, et de me donner et de m'ôter des sentiments et des pensées, et exercée sur moi par un Dieu maître de mon cœur aussi véritablement qu'il l'est de la nature. Heureux le cœur sur lequel il use de cette domination, plus aimable à proportion qu'elle est

plus despotique ! Mais, pour qu'il en use, il faut le consentement du cœur ; et Dieu veut que ce premier pas vienne de l'homme, ou du moins semble en venir; car si l'on y regarde bien, on trouvera que tout vient de Dieu, jusqu'à ce commencement même, et jusqu'au commencement du commencement, et qu'il ne récompense en nous que les dispositions qu'il y a mises, comme si sa miséricorde se donnait le change à elle-même. C'est ce premier pas que j'ai fait. Renonçant à tout mérite, à toute force, à toute ressource personnelle, et ne me reconnaissant de titre à sa miséricorde que ma misère, je lui ai demandé son Esprit, pour changer le mien. Depuis ce jour, dont il y a plus de trois semaines, je n'ai point eu de retour de mélancolie; c'est qu'auparavant j'étais sans Dieu et chargé moi-même de mon bonheur, et maintenant j'ai un Dieu qui s'en est chargé pour moi. Gela me suffit. Je ne suis pas encore très heureux, ni constamment heureux, parce que le sentiment de la présence et de l'amour de mon Dieu ne m'est ni continuel, ni vif. Dans le moment même que je t'écris, je suis froid et peutêtre un peu triste; mais cette tristesse n'a rien de désespéré : je sais trop bien que Dieu peut y mettre fin quand il voudra, et qu'il le voudra quand il le faudra. En attendant, je m'en sers pour exercer ma patience et ma confiance en lui, et c'est dans ces moments que je le prie avec plus d'ardeur de ne pas me laisser m 'éloigner de lui, selon sa promesse

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