SA CONVERSION
dans Jéréniie : Je l'ai planté, je ne V arracherai plus. Je n'ai pas non plus une connaissance précise des vérités de l'Évangile. J'acquiers, à mesure que je pense plus à Dieu et que je l'aime davantage, une conviction de sentiment irrésistible que l'Évangile est divin, donc vrai; mais je ne le comprends pas encore et je ne fais qu'entrevoir sa doctrine fondamentale, la Rédemption. Mais je me console de ne rien savoir, en pensant que je suis à l'école de Dieu, où tout s'apprend, aux uns plus vite, aux autres plus lentement, mais à tous à mesure qu'il leur est nécessaire. Le gland est petit, mais il contient le germe d'un grand arbre, et pour le développer, il y a une éternité. Gomme il y a un abîme sans fond de misère à ne compter que sur soi-même, il y a un abîme sans fond de consolation et d'espérance à ne compter que sur Dieu, même quand cette confiance est encore nouvelle et vague comme elle l'est en moi; si nouvelle et si vague, que je suis embarrassé pour l'exprimer, et que je ne sais si dans ce que je viens de t'écrire, ma chère A., je me suis fait bien comprendre. Tu vois que je n'en suis encore qu'au tout premier pas; et j'ai failli être retenu d'écrire cette lettre, ainsi qu'une autre que j'ai écrite à mon père sur le même sujet, par la réflexion qu'il fallait attendre au moins quelques semaines encore, pour voir si mes nouvelles espérances de bonheur ne seront pas, comme tant d'autres, renversées par mon inconstance. Mais j'ai bientôt re-
poussé cette pensée : cette prudence serait sage dans une entreprise que j'appuierais sur mes propres forces; mais elle serait mauvaise dans un dessein dont l'esprit même est de tout attendre de Dieu; elle serait injurieuse à sa bonté; et la seule crainte que je doive avoir encore est de n'être pas assez ferme, pas assez hardi, dans l'espérance que j'ai conçue de lui.
Je vois maintenant très clairement ce dont jusqu'à ce moment j'ai cru voir très clairement le contraire, que le mal qui me travaille depuis sept années est un bien, puisque Dieu s'en est servi pour me repousser successivement de tous les chemins où des passions mondaines, toutes nobles qu'elles paraissent, m'ont entraîné, et me chasser enfin, de dégoût en dégoût , par une miséricordieuse violence , dans le seul chemin qui mène à lui, seul bien de l'homme. Auprès de tout cela, tout le mal que m'a fait ma mélancolie, même les obstacles qu'elle a mis au développement de mes connaissances et de mes facultés, me semble si peu de chose que je rends grâces à Dieu de me l'avoir donnée, et laissée, jusqu'à ce qu'elle produisît son fruit, sans écouter mes murmures ingrats, ni mes prières imprudentes. Je pourrais ajouter que je commence à entrevoir comment Dieu, après m 'avoir conduit par la mélancolie à la religion , réparera par la religion les effets de la mélancolie, et comment mon esprit, désintéressé de tout, reprendra intérêt à tout, en le subordonnant