LUMIÈRE ET CONFIANCE
à la seule chose nécessaire. Mais je ne puis ni ne veux préjuger de la marche que Dieu suivra dans mon éducation. Tout ce que je lui demande , c'est que je me sente constamment entre ses mains; que je suive sa conduite , sans le devancer ni rester en arrière, et que je sois fidèle dans le peu que j'ai reçu pour recevoir davantage.
21 Août. — Je me suis aperçu trop tard que d'écrire cette lettre me faisait du mal , parce que l'effort que je faisais pour exprimer mon sentiment, et pour l'exprimer bien , le dénaturait , en détournant mon attention de Dieu, qui en doit être l'objet habituel, sur moi-même, que je n'ai que trop considéré, analysé, disséqué, et queje voudrais maintenant oublier. Combien il est dangereux de s'occuper de soi, et plus dangereux d'en occuper les autres! Par cette raison, j'ai failli ne point expédier cette lettre ; je me détermine cependant à la faire partir, parce que je sais qu'elle te fera plaisir et qu'elle ne contient rien qui ne soit vrai. C'est de quoi je suis encore plus convaincu par l'expérience de cette semaine, pendant laquelle j'ai le plus souvent été froid et triste, sans que cette épreuve ait pu ni me pousser à la mélancolie, ni me faire douter de la vérité de tout ce que je t'ai écrit. Oui, certainement, Dieu a commencé de parler à mon cœur; et je suis assuré, si parfaitement assuré qu'il continuera et achèvera ce qu'il a commencé, que j'entreprendrais
sans inquiétude une tâche quelconque qu'il m'imposerait clairement, quand même je n'aurais pas actuellement les dispositions nécessaires pour la conduire heureusement. Dieu me donnera ce qui me manque, quand j'en aurai besoin pour avancer son règne.
Adieu, ma chère A. J'embrasse É. et Scholl. Cette lettre est aussi pour eux. Ce n'est que maintenant que je comprends les lettres qu'il m'écrivirent l'hiver dernier, et la tienne surtout, cette lettre si chrétienne, que je te félicite encore plus d'avoir pu écrire que je ne te plains des souffrances amères qui te l'ont inspirée. Que Dieu te donne le prix de ta confiance et de ta charité, en faisant croître dans la connaissance de la vérité et dans la conformité à sa volonté cet Adolphe , jusqu'à présent si aveugle et si misérable, et pour qui ton affection fraternelle n'est égalée que par celle qu'il a pour toi !
La confiance en Dieu qu'il exprimait dans cette lettre pour le maintenir et l'affermir dans la foi fut pleinement justifiée, à partir de ce moment et jusqu'à la fin de sa carrière. Le dimanche suivant il prêcha sur ce texte: Dieu a renfermé tous les hommes sous la désobéissance, pour faire miséricorde à tous: «J'y vois les deux points fondamentaux du christianisme, la misère de l'homme, et la miséricorde de Dieu. » A la suite d'une analyse de ce sermon se trouve cette note , qu'il développe dans la péro-