PREMIÈRES RELATIONS A LYON
mots, qu'il se leva et interrompit ainsi l'entretien. Je le regrettai, parce que j'aurais aimé à entrer plus avant dans le sujet, d'autant plus que nous étions écoutés attentivement de plusieurs personnes à qui le développement des preuves du christianisme eût pu être utile. Ces dames ont prétendu qu'il a changé de sujet parce qu'il sentait sa cause la plus faible ; je ne sais si cela est vrai ; mais s'il en est ainsi, il était facile de voir que les arguments de sentiment et d'expérience de Mme Pelet l'ébranlaient plus que mes froids raisonnements. Je me rencontrerai souvent avec M. T. et avec quelques autres hommes de lettres, le samedi, chez Mme Evesque, entre autres M. B., ami de M. Ampère, M. P., médecin, etc. C'est une des réunions les plus intéressantes 4© Lyon. Je m'y rendrai demain pour la première fois. Mme Pelet a dû partir pour Paris ce matin. Son amie, aussi bien qu'elle, m'a fait l'accueil le plus obligeant...
Mme la baronne Pelet, dont nous retrouverons plus d'une fois le nom, avait formé avec quelques-unes de ses amies de Paris, protestantes et catholiques, une petite association pour répandre la Bible autour d'elles. Ces dames recherchaient souvent les conseils d'Adolphe Monod qui, de son côté, prenait un sincère intérêt à leur œuvre, qu'il désirait revoir reproduite a Lyon. Une d'entre elles, catholique, lui adressa à cette occasion une lettre remarquable que
nous ne pouvons nous défendre de transcrire ici pour l'édification de nos lecteurs : assurément elle ferait honneur à plus d'une mère de famille protestante :
Paris, 13 Mars 1828. — Mille sincères remerciments, Monsieur, pour la lettre que j'ai reçue de vous, et qui m'en promet une autre qui me sera bien précieuse. Je vous aurais répondu plus tôt sans les tristes occupations causées dans ma famille par une perte douloureuse, accompagnée d'abondantes bénédictions. Vous vous souvenez peut-être que je vous parlai dans notre dernière conversation de mon beau-père, âgé de soixante-dix ans, qui depuis près de deux ans assistait à la prière avec mes enfants et moi. Je vous disais alors que je m'apercevais qu'il trouvait chaque jour plus de joie à cette prière et à la lecture d'un chapitre de la divine Parole qui la terminait. Ce bon père nous a été redemandé le mois dernier. Il a vu venir la mort avec une confiance au Sauveur et une humilité chrétienne qui ne se sont point démenties. Son dernier soupir a été une bénédiction pour ses enfants et des prières pleines de paix adressées à Dieu par Jésus-Christ... Je vous donne ces détails, Monsieur, comme à un frère en notre bon Sauveur.
Les choses que vous me dites de Mme B. me causent une grande joie. Je lui écrirai le premier jour où je pourrai disposer librement d'une heure, et lui donnerai tous les renseignements sur notre