LETTRE D UNE DAME CATIIOLIQLE
chère entreprise. Ce sera répondre en même temps à cette partie de votre lettre. Je suis honteuse d'avoir si peu de temps, car cela tient sans doute à une mauvaise tête presque autant qu'à une mauvaise santé et à mes occupations réelles.
Lorsque j'eus le plaisir de vous rencontrer à N., j'étais dans un état de confusion inexprimable, liée au mal bien fortement, aimant Dieu cependant, et le cherchant plus par instinct que par conviction ferme. La lecture de la Parole était pour moi dès lors un étrange plaisir ; étrange vraiment, à cause de mon inconséquence. Dès lors je croyais qu'il était bon de donner à tous toute la Bible, sans commentaire ; et par la grâce de Dieu je la donnai ainsi à mes enfants. Lorsque je vous dis que je différais sur ce point avec Mme de B., je répondis avec légèreté. J'aurais dû expliquer ma pensée ; je ne le fis point, soit qu'elle fût alors trop confuse, soit embarras divers. Maintenant la voici, je crois, avec exactitude : toute la Parole de Dieu est nécessaire. Il y a un sacerdoce sur la terre, établi, et une charité répandue, pour que ceux qui ne peuvent matériellement la lire, l'entendent. Aucune parole de Dieu ne peut être mauvaise ; le doute à cet égard et la prudence me semblent un manque de foi. Le seul commentaire comme la seule préparation, c'est la prière. Cela posé, rien ne m'empêchait (avec la force de Dieu) de donner à ceux dont il m'a donné la direction, toute la Bible. Je l'ai fait pour mes filles, en
y mettant cette seule condition : jamais vous ne ferez aucunes questions à d'autres qu'à moi, sur les passages qui vous étonneront. Jamais vous n'en causerez entre enfants ; c'est l'arche sainte ; il n'y faut pas toucher en jouant, ou avec un sentiment de curiosité humaine. Toutes les fois que vous chercherez l'explication d'un passage pour l'appliquer à votre instruction chrétienne, priez, et Dieu vous l'expliquera lui-même, car il l'a promis et il est fidèle. Quand vous serez en doute si vous cherchez une explication par devoir ou par curiosité, venez à moi, que Dieu a faite votre mère, et je vous dirai: cherchez encore, ou ne cherchez pas ; quand cela vous sera utile, vous le comprendrez. C'est ainsi que ma fille aînée, qui a dix-sept ans, a eu depuis qu'elle sait lire la Bible de Sacy complète entre les mains ; elle en fait ses délices. Elle m'a dit plusieurs fois : Je ne connais pas un plaisir si vif que de lire la Bible. Eh bien ! Monsieur, par la bénédiction de Dieu, je dois rendre ce témoignage que jamais je n'en ai aperçu en elle un inconvénient ; que pas une jeune personne de son âge n'a semblé à Mme Pelet, à Mme Mallet, Mmede Broglie, et toutes mes chères amies chrétiennes qui la connaissent, plus simple de cœur et pure de pensées. J'ose vous assurer qu'en vous disant cela, j'ai en vue avant tout de vous communiquer une expérience chrétienne. Cette question se fait si souvent parmi les mères, et me semble si importante, que je me croirais coupable de ne pas