‹ Adolph MonodChapitre 38 sur 143 · QUITTERA-T-IL LYON · texte numérisé non relu

QUITTERA-T-IL LYON

pagne, au château de Talcy, résidence de M. et Mme Stapfer. Il écrivait de là, le 22 décembre 1828 : «Des deux carrières ouvertes à un théologien, celle du pastorat et celle des études, l'expérience a fait voir que la seconde, qui convient au moins autant au bien de l'Eglise que la première, convient mieux à mes goûts , à mes facultés , et convient autant à ma santé... Je ne crois pas pour cela que j'aie manqué à la volonté de Dieu en allant à Lyon; je devais y aller, et le séjour que j'y ai fait a été utile pour l'Église, et l'a été beaucoup pour moimême. Aujourd'hui ma position est toute changée, et peut-être' dois-je quitter. Car pourquoi ne regarderais-je pas une répugnance marquée et une incapacité reconnue pour les fonctions actives du pastorat comme une indication que Dieu me destine à autre chose, et ne m'a mis là quelque temps que pour achever ma préparation, en même temps qu'il exciterait par moi le mouvement évangélique dans l'Église de Lyon. Peut-être au contraire Dieu veutil que je reste à Lyon, et se servir de cette répugnance et de cette incapacité même pour m'exercer au renoncement et à l'humilité. Oui, cela peut être, cela peut aussi n'être pas. Il s'agit, entre ces deux propositions, de distinguer la vérité»...

Il persévéra cependant dans son ministère, prêcha clans l'Église nationale jusqu'à la confirmation de sa destitution (mars 1832), et fut ensuite retenu à

Lyon jusqu'en 1836, par les instances des membres évangéliques du troupeau. Alors se forma sous ses soins l'Église connue depuis sous le nom d'Église évangélique de Lyon.

Chose étrange ! le temple de Lyon est le seul en France qui resta dès lors fermé à Adojphe Monod. Chaque fois qu'il passa dans cette ville, il demanda, mais sans l'obtenir, l'autorisation d'y prêcher, faute de vouloir prendre l'engagement de ne célébrer aucun service dans l'Eglise évangélique. Trente ans plus tard, Mme Adolphe Monod, veuve depuis quelques années, eut en traversant Lyon la curiosité de visiter ce temple dans lequel elle n'était jamais entrée depuis la destitution de son mari. Le tableau indicateur des cantiques portait encore les numéros de ceux qui avaient été chantés le dimanche précédent, et parmi lesquels était le cantique d'Adolphe Monod.

Que ne puis-je, ô mon Dieu ! Dieu de ma délivrance, etc.

Rien ne fera mieux connaître la disposition d'esprit où se trouvait Adolphe Monod lorsque l'opposition du Consistoire commença de se manifester, que quelques fragments de son journal particulier.

1er Janvier. — Quand je compare ce que j'étais en commençant l'année 1827 et ce que je suis en la finissant, je ne puis trouver de termes pour exprimer ma reconnaissance pour le passé, ni ma

confiance pour l'avenir. Au nom des grâces que tu m'as déjà accordées, ô Dieu, qui es charité! bénismoi dans l'année qui commence. Bénis-moi comme chrétien et comme ministre , et fais-moi croître, et fais croître mon troupeau par mon moyen, dans ta connaissance et dans ton amour...

C'est comme chrétien et comme pasteur, que je demande à Dieu son Esprit pour me conduire. Si parmi mes résolutions il en est qui ne soient pas chrétiennes par leur objet, je le prie de tout mon cœur de me conduire, et s'il le faut, de me contraindre malgré moi à y renoncer. S'il en est qui, chrétiennes par leur objet, ne le soient pas par mon intention, je le prie de purifier d'abord mon intention et ensuite de m'exaucer. Que sa volonté s'accomplisse uniquement en moi ! et qu'à la fin de cette année la mienne lui soit plus semblable qu'aujourd'hui.

25 Avril. — O mon Dieu, en acceptant le poste de Lyon, j'ai accepté moins la vocation du Consistoire que la tienne. Par là tu t'es engagé à me donner tout ce qui m'était indispensable pour faire le devoir d'un pasteur fidèle... Que ton Esprit conduise le mien dans le plan que je vais me tracer en sorte que je puisse me dire d'heure en heure : Dieu veut que je fasse ceci ; Dieu veut que je fasse cela. Mon Dieu, humilie-moi, éprouve-moi, afflige-moi, mais exauce-moi !

13 Juillet. — 0 mon Dieu, je veux te consacrer cette vie, que je te dois deux fois, pour l'avoir donnée en 1802, et pour l'avoir sauvée en 1827. Je m'offre donc à toi, tel que je suis, aujourd'hui, sans me laisser tourmenter par la pensée de ce qui manque à mes forces physiques, à mes lumières, à mes capacités, à ma foi et à mon amour. Je laisse ce qui est derrière moi : tu l'as effacé par le sang de ton Fils, et ma repentance, en me forçant à me tourner vers lui, est devenue la source de ma paix. Le péché ne m'a pas fait plus de mal que tu ne veux me faire de bien. Tu peux tout réparer et faire de moi un aussi habile et fidèle ouvrier, que le plus savant, le plus capable et le plus croyant homme du monde. Assigne-moi la place que tu veux et donne-moi tout ce qui m'est nécessaire pour remplir cette place-là, et non point une autre. Content, sans regret, sans crainte, je veux me nourrir désormais de faire ta volonté. A toi seul appartient de faire en moi un si grand et si merveilleux changement ; mais puisque tu l'as commencé, je sais que tu l'achèveras. Quand je marcherai, soutiens- moi ; quand je tomberai, relève-moi. Humilie-moi, ôtemoi mon esprit, pour y mettre le tien. Tiens mes yeux fixés sur toi, par ton Esprit et pour l'amour de Christ.

Tu m'as fait trouver, ô mon Père, la cause de mes regrets et de mes tristes retours en arrière vers mon temps perdu, ta loi violée, mes facultés négli-

gées ou éteintes, mes talents enfouis. C'est que je ne crois pas mes péchés, tous mes péchés entièrement effacés, réellement effacés, aussi réellement que s'ils n'avaient jamais existé. Donne-moi une pleine paix dans le sang de la croix! C'est encore que je me cherche moi-même, et non toi, uniquement. Donne-moi un œil simple, tourné vers toi ! C'est enfin que je ne sais pas combien tu peux faire pour moi et en moi. Donne-moi une foi entière en ta puissance et en ta bonté, en ton Esprit, qui peut faire infiniment plus que je ne pense et n'imagine. Mais surtout la paix dans le sang de la croix !

16 Juillet. — 0 mon Dieu! fais-moi n'écouter, ne regarder, ne consulter que toi ! Ote-moi le cœur d'un esclave, et donne-moi le cœur d'un enfant. Donne-moi chaque jour mon pain quotidien, mon travail quotidien, mes pensées quotidiennes, mon progrès quotidien. Tout ce que tu veux, je le veux. Tout ce que tu prescris, je suis prêt à le faire. Je ne puis exprimer tout ce qui est dans ma pensée ; mais tu le vois. Donne-moi tout ce qui m'est nécessaire pour la paix de mon âme... Donne-moi le repos dans ta volonté, dans ton Esprit, hors de moi et de mes pensées.

8 Août. — Je me trouve dans un embarras aussi grand et plus grand que dans la semaine qui a précédé le 28 juillet. Je dois prêcher après demain pour

l'installation de Martin, et mes idées sont encore toutes froides et confuses... 0 mon Dieu, et mon Sauveur ! je ne perds point courage ; je me souviens de ce que tu as fait pour moi en d'autres occasions, et je me tourne vers toi. Tu veux sans doute exercer ma foi, et je t'en bénis. Je te rends grâces du privilège que tu m'accordes d'annoncer ta vérité dimanche. Pour l'amour de ta miséricorde, et au nom de ton Fils, Jésus-Christ, fais que je ne cherche dans ce discours que ta gloire, et que je la trouve.

12 Septembre. — J'ai observé que ma foi est faible, sans joie, dépendante des événements et des discours des hommes; je sais d'où lui viennent ces défauts, c'est qu'elle repose trop sur l'autorité d'autrui et sur mon sentiment personnel, pas assez sur la Bible. Je veux donc étudier la Bible, pour y chercher non ce qu'y voient les hommes que j'estime les meilleurs chrétiens, non ce qui plaît à mes sentiments, non pas même ce qui est conforme à mon expérience, mais ce qui y est. Je me place devant elle comme un enfant, ne sachant rien, et voulant être instruit par elle.

8 Octobre. — Concilie en moi, par ton Esprit, ce que ne peut concilier le mien. Donne-moi un cœur rempli de paix et de joie à la pensée du salut que tu m'as acquis ; et donne-moi cependant des yeux qui répandent des ruisseaux de larmes à la vue de

ta grâce méprisée , et de ton Évangile rejeté par le grand nombre.

20 Octobre. — Moins le souvenir de mes péchés peut jeter de terreur dans mon âme, plus il y jette de douleur et d'humiliation ; et moins il peut troubler ma paix avec Dieu, plus il peut troubler ma paix avec moi-même. Plus nous sommes assurés que Dieu nous a tout pardonné, moins nous pouvons nous pardonner à nous-mêmes.

Bien loin que la foi que Jésus-Christ a expié d'avance tous nos péchés puisse nous relâcher dans l'observation de ses commandements, il n'y a que cette foi seule qui puisse nous exciter efficacement à les observer.

23 Octobre. — Je ne reçois jamais un reproche où je ne puisse trouver quelque chose de vrai ; et je ne reçois jamais une louange où je ne puisse trouver quelque chose de faux.

9 Novembre. — Un vaisseau est jeté par une tempête dans le port. Là, quoiqu'il n'y ait plus de cause d'agitation au dehors, puisqu'il n'y a plus de tempête, il y en a en lui-même, parce qu'il est tout fracassé et brisé par la tempête qui l'a sauvé. C'est mon histoire. Ma conversion a été un naufrage, et mon vaisseau en est encore tout brisé et se traîne mollement dans le port; mais pourtant il est dans le port, grâce à mon Dieu et à mon Sauveur.

Il Mars 1829. — La préparation du matin d'un sermon doit être générale et non spéciale pour le sujet qu'on va traiter, sans quoi on se fatigue. Je l'ai éprouvé à ma dernière prédication, quoique je n'eusse repassé mon sermon que par la prière.

Il ne faut pas dans le courant du sermon s'interrompre pour implorer l'Esprit de Dieu, mais en faire provision avant de commencer.

Il ne faut jamais mettre dans son ton plus de sentiment qu'on n'en a dans le cœur, quelque froid qu'on puisse être.

28 Mars... 0 mon Dieu! donne-moi une connaissance profonde, une conviction inébranlable du sens de ta Parole! Et pour cela, réponds à mes questions, éclaircis mes doutes, donne-moi du temps et de la volonté pour lire et pour étudier ta Parole; assez de capacité pour en retenir l'ensemble, assez de mémoire pour en retenir le détail; donnemoi la connaissance de l'hébreu; donne-moi tout! Et comment puis-je faire goûter l'Evangile à ce grand nombre et t'a mener ce grand peuple? Je n'ai qu'un moyen, c'est d'être faible comme les apôtres, pour que tu sois aussi fort en moi qu'en eux. Donne moi, Seigneur, le privilège d'une sainteté toute particulière, un renoncement absolu; une charité égale pour tous; une parfaite ressemblance avec Christ, un amour aussi grand pour les infidèles que pour les fidèles, pour ceux que je ne connais pas que pour

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