CONCOURS RENVOYÉ
arrêté en date du 19 juin, qui parvint à Montauban le 23, déclarant «le concours qui devait avoir lieu à Montauban le 21 juin remis à une époque qui serait ultérieurement fixée».
«Vous le voyez, écrivait Adolphe Monod, le jury est dissous et le concours prorogé jusqu'à une époque indéfinie et qui peut être assez éloignée, comme elle peut aussi ne l'être que jusqu'à la rentrée, ce qui le mettrait au mois d'octobre. Un autre jury sera formé, dont les professeurs ne pourront plus faire partie, d'où l'on peut conclure avec assez de vraisemblance que le concours n'aura pas lieu à Montauban. »
Il n'eut lieu, en effet, nia Montauban, ni ailleurs. Un moment, dans Je courant de la même année, il fut question de l'avoir à Paris; mais ce projet n'eut pas de suite. La chaire de morale évangélique resta vacante quatre années. Le 31 décembre 1833, un décret signé de M. Guizot chargeait provisoirement M. Jalaguier, pasteur à Sancerre, du cours de morale. Puis M. Jalaguier ayant été nommé professeur de dogmatique, le 19 avril 1836, un décret du 17 août de la même année, du Baron Pelet de la Lozère, «chargeait provisoirement M. Monod. (Adolphe), ancien pasteur-président du Consistoire de l'Eglise réformée de Lyon, du cours de morale évangélique à la Faculté de théologie protestante de Montauban ».
Revenu à Lyon, Adolphe Monod reprit tranquille-
ment, dans la mesure où cela lui était permis, les fonctions de son ministère. N'ayant pu obtenir l'autorisation de faire au temple, ni même d'annoncer en chaire un service familier d'explication de la Parole de Dieu, il continua à le tenir dans sa propre maison, comme il le faisait depuis quelques mois.
ce Tu sais, écrivait-il à l'un de ses frères, que j'ai fondé un nouveau service d'explication de la Parole de Dieu ; que je l'ai voulu faire à l'église, et que le Consistoire s'y est opposé. Je le fais donc chez .moi, où le Seigneur l'a béni admirablement. J'ai eu un soir plus de cent vingt personnes ; ordinairement de quatre-vingt à cent. J'ai cru devoir prévenir le maire. Il m'a dit de lui écrire que je faisais ce service chez moi, parce que le Consistoire, etc. Il en référera au ministre. J'espère que ceci donnera lieu à quelque recherche de la part du ministère. Tant mieux. »
Dans ces circonstances, l'idée de la séparation s'était présentée à lui plus d'une fois. Mais il pensait que la voie de la fidélité pour lui était de persévérer, aussi longtemps que cela lui serait permis, et d'attendre une solution, plutôt que de la provoquer. C'est dans cet esprit qu'il écrivait :
A M. Gaussex.
Lyon, 22 Janvier 1831.
Sur la question de la séparation, il est vrai que j'ai été incertain plus d'une fois de ce que je dois faire ;
1831 A M. GAHSSEN 175
mais je n'ai pas été jusqu'à présent profondément troublé. A considérer la lettre de l'Ecriture et l'exemple de l'Église primitive, je serais porté à la séparation. Assurément l'Église de Jérusalem ou de Gorinthe n'était pas organisée comme l'Église de Lyon. Ce n'est pas non plus avec une entière liberté que je donne la communion au premier venu ; je crains de participer ainsi aux péchés à' autrui et de donner le sang du Seigneur avec précipitation.
J'ai peine à croire que saint Paul eût pu supporter ma position. Quant à la prédication de l'Évangile, sais-tu jusqu'où le Consistoire peut m'enchaîner? Tl est vrai que toutes les trois semaines une fois je puis annoncer la vie éternelle à 4 000 ou 1200 personnes, et que j'instruis une douzaine de catéchumènes, outre une leçon par semaine à quelques enfants. Il est vrai encore que je fais chez moi le dimanche une explication de l'Écriture sainte que le Seigneur bénit visiblement. Mais je ne puis fonder de services dans l'église, ni prêcher plus souvent, ni donner une instruction religieuse dans les écoles (le Consistoire vient de l'attribuer exclusivement à mon collègue). Par suite du défaut d'harmonie entre les pasteurs et de mes démêlés avec le Consistoire, tout est désorganisé. Notre situation n'est depuis deux ans qu'un provisoire permanent. Séparé, c'està-dire libre, ne pourrais-je pas suivre plus activement le Seigneur, et d'une manière même plus étendue? Voilà les réflexions qui m'occupent quelque-
fois. Mais il y a beaucoup à leur opposer, je le sais. Aussi n'ai -je point de vue nette actuellement. Il semble même qu'elle ne me conviendrait pas actuellement et que le Seigneur ne veut pas me l'accorder. Dans cet état de choses, je dois, je crois, suivre le précepte de I Cor. VII, 17, de rester où je suis. En résumé, comme tu le dis, c'est à Dieu à me faire un chemin. Il me l'a fait si clair pour entrer ici, que je n'en dois sortir que s'il m'en fait un nouveau aussi clair que le premier. Ma position d'ailleurs, même à d'autres égards, est remplie d'incertitudes depuis un an et pour quelque temps encore.
Quant à l'objet principal de ta lettre, mon désir prononcé et, je crois, ma vocation décidée est pour le professorat. Je crois que le temps n'est pas éloigné où le Seigneur me fera la grâce de le servir de cette manière.
Si j'avais à examiner ce qui me plairait le plus d'un professorat à Montauban ou à Genève, la réponse ne serait pas douteuse. A Genève, dans une ville où il y a tant de ressources et où la vie est si douce, avec Merle, et par-dessus tout, avec toi; — oui, le Seigneur sait combien mon cœur se réjouirait à la pensée de vivre près de toi — ce projet me plaît beaucoup, et plus qu'aucun autre je pense, qui me soit venu jusqu'à présent. Mais ce n'est pas de quoi il s'agit. Plus même mon goût s'y trouve, plus je devrai me défier. Le temps du reste n'est
1831 A M. GAUSSEN 177
pas encore venu et d'ici là le Seigneur me préparera à pouvoir chercher, trouver et suivre sa volonté.
Actuellement, Montauban me paraît indiqué par le Seigneur comme ma place. Je me sens comme engagé envers Montauban, et tant que cette place est libre, je ne me crois pas libre de penser à une autre. Il y a eu une direction trop visible dans ma présentation à cette place et surtout dans le renversement du jury. Mais souvent le Seigneur nous conduit par des détours. Il peut avoir paru vouloir me mener à Montauban, pour me mener en effet à Genève. C'est ce qu'il nous manifestera sans doute bientôt
Tu comprends avec quel intérêt j'ai lu ta lettre à la Compagnie. Je vois par une lettre déjà ancienne, de J., que tu as songé à imprimer. Sur ce point, je ne puis que t'e.diorter à prier, comme je sais que tu le fais, pour que le Seigneur t'éclaire. Mais je te dirai que mon expérience personnelle me paraît être pour l'impression. Je regrette (comme un chrétien peut le regretter), de n'avoir pas imprimé quelque chose au commencement de mes débats avec le Consistoire. Maintenant j'ai trop attendu pour ne pas attendre encore une occasion manifeste; car cette publication sera une espèce de rupture avec le Consistoire. Mais au commencement j'aurais pu publier leurs premières démarches, sans les heurter trop violemment, et cela eût pu les retenir. En général ce dont j'ai manqué, plus encore
que de patience et de prudence (quoique j'en aie manqué aussi), c'est à l'égard du Consistoire, de fermeté. Les hommes de ce caractère ne savent pas apprécier les ménagements de la prudence et de la charité; ils n'y voient qu'une faiblesse qui encourage leur opposition.
Et puis, l'impression, c'est la publication; la publication, c'est la lumière, c'est la vérité. Tout ce qui peut mettre au grand jour les choses convient à l'avancement du règne de Dieu. J'ai souvent pensé que dans les ménagements de délicatesse, de condescendance, de charité, de prudence des chrétiens de nos jours, il y a de l'esprit du siècle, de la civilisation mondaine et un défaut de foi. Je crois que saint Paul, ou même saint Jean, agiraient à notre place plus vivement, plus promptement, plus énergiquement. Je verrais avec plaisir l'impression de ta lettre, quand même elle ne serait pas amenée par une publication de la Compagnie : mais au reste je n'exprime ici qu'un sentiment, qui peut-être n'est pas assez réfléchi, et je ne suis pas assez au fait pour porter un jugement éclairé.
Cependant, la situation devenait de plus en plus tendue, l'opposition de plus en plus forte. Le 20 mars, Adolphe Monod prononça un sermon1 qui, quelques semaines plus tard, devait servir de considérant à sa
1 Qui doit communier?