‹ Adolph MonodChapitre 46 sur 143 · VOCATION DE L ÉGLISE DISSIDENTE · texte numérisé non relu

VOCATION DE L ÉGLISE DISSIDENTE

demande de venir nous paître dans les voies du Seigneur. Cette proposition fut adoptée à l'unanimité. Une considération puissante pour vous comme pour nous est celle de l'avancement du règne de Dieu à Lyon ; nous savons que depuis longtemps elle occupe vos pensées ; les circonstances dans lesquelles nous venons de passer nous la rendent aujourd'hui évidente. Aussi, sans considérer les liens qui vous retiennent encore éloignés de nous, nous sommes assurés que si vous acquiescez à notre demande, vous serez un instrument béni pour rallier ici tous les enfants de Dieu qui sont encore errants. «Quoique nous sachions que vos vues sur le gouvernement de l'Église diffèrent des nôtres, cela ne nous a pas arrêtés un moment à vous faire notre demande, étant persuadés que cette divergence viendra se perdre dans l'amour. »

Malgré ce que l'attente prolongée d'une solution avait de pénible, Adolphe Monod n'avait voulu prendre aucun parti définitif avant que sa révocation fût prononcée. Cet état incertain et provisoire dura encore plusieurs mois. Nous relevons quelques passages de son journal de cette époque.

1/j. Août. — J'ai été frappé de la lecture du chapitre XVII dePilgrùns Progress. Je me suis reconnu dans Petite foi. Lâcheté, Méfiance et Mauvaise conscience m'ont assassiné et laissé à demi-mort. Il faut que j'appelle à mon secours Energie, Confiance et

Bonne conscience, et je serai délivré. Je suis affligé et misérable.

25 Août. — Seigneur, enseigne-moi à être à l'égard de mes serviteurs ce que tu es à notre égard : charitable, leur égal devant toi, cherchant leur bien, et en même temps maître, et exigeant d'eux le respect et l'obéissance, afin que la Parole soit obéie en eux et en moi.

Dimanche, k Décembre. — La prière est pour l'âme, ce qu'est la respiration pour le corps. Quand nous avons perdu le souffle, nous respirons avec intention et avec force; mais dans notre état ordinaire nous respirons sans application, sans effort, tant une longue habitude a rendu cet exercice naturel à nos organes. De même pour l'âme : quand elle a perdu le sentiment et la vue de Dieu, nous nous mettons à genoux; nous crions à Dieu, c'est la prière par intervalles. Mais dans son état ordinaire l'homme doit constamment prier, chercher Dieu, et tout faire en sa présence et pour sa gloire. C'est là prier sans cesse.

Dimanche soir, 11 Décembre. — Le Seigneur m'a gardé aujourd'hui dans sa paix. Je m'affermis dans la pensée que le fond de ma vie doit être employé aux fonctions actives du pastorat ; allant de lieu en lieu à Lyon, exhortant, convertissant, consolant, priant, expliquant la Parole, soit auprès des inconvertis qui voudront m'entendre, soit auprès des en-

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fants de Dieu. Le temps qui me restera devra être employé aux lectures nécessaires et à la rédaction de quelques articles pour les Archives et le Semeur. Seigneur, si tu veux me donner plus de lumière, donne-la moi par ton Esprit.

■ Lundi, 12 Décembre. — Aujourd'hui, les jours suivants, conduis-moi, ô mon Dieu, par ton Esprit dans cette vie nouvelle après laquelle je soupire! Enseigne-moi à étudier ta Parole. J'ai souvent essayé de le faire. Je n'ai jamais réussi. Enseigne-moi, Seigneur! Accommode ton secours à ma faiblesse, à ma promptitude à me décourager, à mon incapacité pour me conduire dans les petites choses, à toutes mes misères que tu connais, car tu es un Dieu de jugement !

A MmeÉvESQUE.

Lyon, 28 Janvier 1832.

Chère Madame et excellente sœur en Jésus- Christ :

...J'ai reçu vos deux lettres et suis un peu confus de ne vous écrire cette fois encore qu'une lettre pour deux. Je suis profondément touché, ainsi que ma femme, des témoignages toujours renouvelés que nous recevons de votre amitié chrétienne. Vos lettres ne nous font pas seulement du plaisir, mais encore du bien et nous portent à prier pour vous. J'ai reçu aussi les sermons de Yinet, et n'ai point eu de peine

à deviner la main qui me les avait adressés. Je vous en remercie beaucoup. Je n'ai pu les lire encore, ayant désiré de lire ceux de Grand Pierre qu'on m'avait prêtés, et qui m'ont fait un vrai plaisir. Que la bénédiction repose sur cet excellent Vinet, et sur l'œuvre qu'il a entreprise pour la gloire de Dieu...

J'ai reçu pour vous la traduction des Psaumes, Proverbes et Ecclésiaste par le ministre Vivien, à laquelle vous avez souscrit. Vous serez charmée de consulter cette traduction, à plusieurs égards supérieure à celles de nos anciennes versions, en clarté et en élégance de langage...

Les voies de Dieu se dessinent toujours plus visiblement. Il va, je n'en puis douter, opérer une grande séparation de ses enfants; pour sanctifier ses enfants, pour avancer par eux son règne sans entraves, et pour livrer les mondains a l'impuissance de leur sagesse et de leurs forces propres.... Avec quelle clarté Dieu nous fait voir la vérité de sa Parole concernant la corruption naturelle de l'homme! et quelle bonté, quelle incroyable miséricorde qu'il nous ait retirés du présent siècle, et changé notre cœur ! Gloire à lui, et à nous la confusion de face ! Appliquons-nous donc, chère sœur et excellente amie en Christ, à témoigner à Dieu notre gratitude, en ne consacrant qu'à sa volonté cette vie qu'il nous a donnée deux fois, en nous créant et en nous sauvant ! Reconnaissons la lâcheté de notre

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obéissance, la faiblesse de notre foi, l'empire du monde et de la chair sur nous, et fuyons, fuyons le péché, veillant, priant, étant sobres, pour ne point tomber dans la tentation.

Je reçois avec reconnaissance votre exhortation fraternelle à une plus grande douceur dans l'exercice démon ministère. A vous, qui me comprenez et qui ne verrez point dans cet aveu une rétractation de la vérité de Dieu que j'ai prèchée, je n'hésite pas à dire: c'est vrai. J'ai sujet de m' humilier devant mon Dieu d'avoir manqué de cet amour qui croit tout et qui espère tout, et qui porte le bon Berger à donner sa vie pour ses brebis. Je ne veux pas dire que je sois dépourvu de l'amour des âmes. Dieu en a mis le commencement dans mon cœur, et c'est pour sauver les âmes que je suis demeuré à un poste si contraire à ma volonté propre, par les épreuves qui m'y étaient suscitées ; mais je sens que je suis faible en amour, comme aussi en fermeté de foi, en patience, en fidélité. Priez le Seigneur de supporter mes infirmités et de m'en guérir, pour que je puisse le servir selon son cœur, et tirer parti de l'inimitié même du monde pour m 'exercer au ministère saint et glorieux du salut des pécheurs.

La nouvelle que vous nous avez donnée de ma destitution arrêtée par le ministre d'après l'avis du Conseil d'État se confirme. J'attends ma destitution prochainement; nous verrons alors ce que nous devrons faire. Le coup dont on nous frappe, loin de

renverser l'Eglise, la relèvera. Je ne sais encore ce que je ferai, si destitué. J'attends le Seigneur.

Adieu, chère Madame, ma femme vous salue tendrement et respectueusement. Que la paix, l'amour, la sainteté vous soient multipliés en Jésus- Christ!

A Mme Évesque.

Lyon, 27 Mars 1832.

...Dès que nous avons entendu parler de la révocation comme déjà prononcée, nous avons voulu vous en écrire; mais nous avons renvoyé de jour en jour, attendant d'avoir reçu une communication officielle, et aujourd'hui encore je ne l'ai pas. Il y a dans tout ceci un singulier mystère!... je ne puis pourtant me tenir pour révoqué qu'après que j'en aurai été instruit officiellement.

Nous savons que toutes choses conspirent au bien de ceux qui aiment Dieu, et que cette victoire momentanée du monde tournera à la confusion du monde et à la gloire de Dieu. Je suis persuadé qu'il destine à ses enfants dans cette ville des jours plus prospères que ceux qu'ils ont vus jusqu'à présent ; et que leur condamnation par le monde (car je ne les sépare pas d'avec moi dans ma destitution) sera l'époque de leur délivrance. La première chose que nous aurons à faire sera d'établir la prédication de l'Évangile dans un local plus vaste, car la foi vient

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