‹ Adolph MonodChapitre 48 sur 143 · A SON FRERE FREDERIC · texte numérisé non relu

A SON FRERE FREDERIC

de ce vénérable frère : « N'ayez point d'explications, mais déposez tout au pied de la croix. » Je vois aussi, avec actions de grâces envers Dieu, que Gonthier croît, d'année en année, en fidélité, fermeté, netteté de vues. Peut-être, il y a quelques années, son extrême douceur pouvait (encore je n'en suis pas assuré) risquer de toucher à la mollesse. Mais il n'en est pas ainsi maintenant. Combien mon âme est attachée à celle de ce frère ! Que son exemple nous persuade donc qu'il peut nous être bon que notre santé soit affaiblie, ruinée même, si Dieu veut. Quand je suis faible, alors je suis fort.

Blanc m'a conseillé d'écrire au ministre pour le prier de vouloir bien me faire connaître les motifs de sa décision, et particulièrement s'ils sont tirés de ma conduite ou de ma doctrine. Qu'en penses-tu? J'avoue que je ne vois pas bien l'utilité de cette démarche. Je ne voudrais pas sans nécessité prolonger la querelle, mais me hâter de faire jouir les enfants de Dieu de ma liberté, et me donner tout entier à la formation et à l'édification de l'Église, et à la prédication de la Parole de Dieu.

Penses-tu qu'il y ait quelque opposition de la part du gouvernement? Une marche très ouverte ne serait-elle pas la meilleure pour la prévenir ? par exemple une protestation adressée au ministre, que par sa décision il contraint les membres de l'Église Réformée de France de se former en Église indépendante? Cette protestation pourrait venir, mieux

encore peut-être, des autres pasteurs. Je ne sais pourquoi j'ai le pressentiment que si nous ouvrons une chapelle proprement dite, on nous empêchera. Le Consistoire y est intéressé, et nous venons de voir ce qu'il peut sur l'esprit du gouvernement.

Quant à la publication, j'y ai songé sérieusement depuis une quinzaine. Mais je répugne toujours à ce travail ; j'hésitais sur la forme, etc., cependant je le croyais nécessaire, et le temps venu. J'ai consulté Gonthier. Je lui ai exposé le pour et le contre. Contre mon attente, il a émis l'avis prononcé : que cette publication, vu qu'elle prolonge la querelle, produira de l'irritation, me fermera des portes à Lyon, éloignera de moi des personnes peut-être encore susceptibles d'être attirées (les femmes et parents des membres du Consistoire), et qu'elle aura nécessairement beaucoup de personnel, ne doit être faite que sur une manifestation parfaitement claire de la volonté de Dieu, laquelle ne lui paraît pas exister jusqu'à présent. Je lui ai demandé si dans la sommation projetée dans les Archives il verrait cette manifestation. Il m'a répondu que ce pourrait être un signe à considérer, mais non une manifestation suffisante, le rédacteur principal des Archives étant mon frère, pour qui ma justification est presque personnelle. Ses motifs, dont je ne te rends compte que très imparfaitement, m'ont paru selon la sagesse, la patience et la charité. Je m'y suis rendu. Je me suis borné a mettre en ordre mes papiers,

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mais j'ai abandonné pour le présent la pensée de travailler à la publication. Pour moi je suis las de lutter, mais je suis aux ordres du Maître.

« Une chose d'une importance majeure et urgente c'est que j'aie un aide. Je t'en ai déjà parlé. Je ne me crois pas appelé, par la nature de mes dons et de mes misères, à entreprendre cette œuvre seul, surtout ayant si peu de capacité pour l'organisation. Je voudrais pour aide un homme national, mais très large, modéré, expérimenté, sage, capable pour l'organisation, ministre si possible; toi, s'il était possible; et comme cela n'est pas possible, un homme aussi semblable que possible à toi. J'avais songé à demander à Pyt s'il pourrait venir. Mais sa qualité de dissident me retient, non pas pour moi, mais tu comprends ma pensée sans que je la développe. Tu ne saurais croire combien il faudrait ici de sagesse, de fermeté, de charité, pour tout concilier j la tâche est au-dessus des forces d'aucun homme, je prie le Seigneur de m'envoyer un aide, si possible; sinon, qu'il soit lui-même mon aide! J'ai parlé de ce sujet avec Gonthier, et nous sommes convenus que ce désir d'avoir un aide venait vraisemblablement du Seigneur, et que je t'en écrirais. »

Deux vocations se présentèrent à x\dolpheMonod, au moment de sa révocation officielle: l'une qui lui avait été adressée déjà une première fois l'année précédente, de professeurà l'École de Théologie de

Genève, l'autre de prédicateur à l'Oratoire évangélique de Lausanne. L'une et l'autre de ces deuK positions, surtout la première, auraient eu bien des attraits pour lui. La lettre par laquelle il répondit au comité de la Société évangélique de Genève expose quelle était alors sa situation, et comment il l'envisageait lui-même.

A la Société Évangélique de Genève.

Lyon, 13 Avril 1832.

Messieurs et très-honorés frères en Jésus-Christ.

Que la grâce et la paix vous soient multipliées! Que l'Esprit de force, de charité et de prudence repose sur l'œuvre excellente que vous avez entreprise, par la foi, pour la gloire du nom de Christ !

J'aurais désiré être le premier à vous annoncer la grave décision que le gouvernement vient de prendre à mon sujet. A la première nouvelle de ma révocation, je voulus d'abord vous en écrire ; mais je crus devoir attendre que la notification que j'avais reçue eût pris un caractère officiel, ce qui paraissait devoir arriver de jour en jour ; et cependant, par une suite de circonstances qu'il serait trop long de vous exposer, et qui ont étrangement terminé une affaire si étrangement conduite, ce n'est que le 10 de ce mois que j'ai reçu la communication de l'acte

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