A LA SOCIÉTÉ ÉVANGÉLIQIE DE GENÈVE
a prononcé, je crois voir avec la même netteté ce que je dois faire aujourd'hui ; et cela doit me suffire : le lendemain aura soin de ce qui le regarde. Vous allez en juger vous-mêmes.
A la fin de 1830, une partie des chrétiens de Lyon constitua une Eglise dissidente ; cette Église s'est accrue depuis jusqu'à vingt-cinq ou trente membres ; elle a épuisé toutes les recherches pour trouver un pasteur, sans pouvoir réussir. Dieu l'a tenue dans l'attente, sans conducteurs spirituels réguliers, privée de l'usage des sacrements. Quand j'ai été destitué par le Consistoire, et peu après suspendu, ces frères ont pensé que c'était moi que Dieu leur réservait pour conducteur ; ils m'ont adressé vocation en novembre dernier. J'ai répondu que je ne pouvais quitter mon poste, ne voulant pas donner ma démission. Ils ont attendu encore.
Les autres chrétiens de Lyon ont continué de suivre le culte national, quand je prêchais, du moins. Quand j'ai été destitué et suspendu ils ont cessé d'y assister; ils ont suivi mon exercice familier du dimanche après-midi. Quant à la prédication régulière de la Parole de Dieu, aussi bien qu'à l'usage des sacrements et à un ordre régulier d'Église, eux aussi en ont été privés, et ont attendu.
Les yeux des uns et des autres étaient tournés sur moi. C'était moi qu'ils attendaient, et ma délivrance leur paraissait devoir être aussi la leur. Dans cet intervalle on s'est de mieux en mieux connu de
part et d'autre, et le désir universel est de se réunir pour ne former qu'un seul corps. En possession de la confiance des uns et des autres, je suis regardé de tous comme appelé de Dieu à opérer la fusion désirée, en fondant une Église commune, en la paissant le premier, et en dirigeant ses premiers pas.
De plus, il y a un nombre croissant de personnes que je ne puis regarder actuellement comme converties, qui suivent mes exercices du dimanche et de la semaine, et j'ai lieu de croire qu'il serait plus con^ sidérable si, au lieu de prêcher dans une chambre chez moi, je prêchais dans un local vaste et spécialement appliqué à cet usage.
Voilà pour Lyon. Quant aux autres Églises réformées de France, vous n'ignorez pas qu'elles ne sont point étrangères à ce qui se passe à mon égard; c'est elles, et non pas moi seul, que frappe ma révocation; et nous devons nous attendre, par une suite presque inévitable, que le même coup est réservé, après un intervalle plus ou moins long, aux autres pasteurs fidèles. S'il devait en être ainsi, il serait d'une grande importance que Lyon, étant la première Église dans l'ordre des révocations, fût aussi la première à donner l'exemple de ce que les Églises doivent faire pour faire tourner la haine du monde à l'avancement du règne de Dieu.
Maintenant, messieurs et bien chers frères, dont le Seigneur a daigné mettre en honneur la sagesse et la charité, en même temps que la fidélité, je