DE M. STAPFER
plus clair, plus fort, et, j'en suis convaincu, plus impartial et désintéressé que tout autre. Je n'ai qu'une crainte : vous ferez abnégation de tout ce qui ressemblerait à une amélioration de position matérielle et de ce qui vous ferait mieux apprécier toute l'étendue de vos moyens d'influence dans une sphère plus large. Je crois vous l'avoir dit, et je ne puis que le répéter : il me semble que votre situation présente n'est point au niveau des talents que notre Maître vous a confiés pour l'avancement de son règne. Un jeune ministre zélé et fidèle, sans être pour votre troupeau tout ce que vous êtes et avez été pour lui comme son fondateur et son premier guide dans des moments difficiles, ne vous remplacerait-il pas dans tous les soins essentiels que demande la cure d'âmes? Indépendamment de la chance de voir la chaire que vous auriez refusée, occupée avec moins d'avantages et peut-être sous de tristes auspices pour l'enseignement, c'est déjà, dans l'état de l'Eglise protestante de France, une heureuse, et, pour autant qu'il est donné à notre courte vue de juger, une salutaire chose, que l'exemple d'un pasteur courageusement évangélique, appelé par le gouvernement à diriger les études des jeunes gens qui se forment pour le ministère sacré. Ce serait un événement propre à relever le courage de beaucoup de chrétiens qui se laissent abattre par l'idée qu'ils sont en minorité, et que l'autorité ainsi que les notabilités protestantes leur sont contraires. H y a tant de
pusillanimité et de respect humain dans les cœurs les mieux disposés ! Combien de gens pieux qui hésitaient à vouer leurs fils au saint ministère, les destineraient alors à cette carrière, sans craindre l'effet qu'aurait pu produire sur l'esprit de leurs enfants le séjour de Montauban ! Et l'appui que vous donnerez, la consolation et la confiance que vous apporterez à ceux de vos futurs collègues qui marchent dans la même voie, la perspective de progrès que vous leur ouvrirez, ne sont-ils pas aussi dignes de votre attention?... Nombre d'autres mobiles secondaires se pressent dans mon esprit; mais je ne veux pas abuser d'une indulgence qui, j'aime à me le dire, est acquise d'avance à tout ce que je pourrais ajouter d'oiseux.
Je ne me permettrai plus qu'une seule observation. Pour vous la soumettre, j'ai besoin de me rappeler toute votre bonté et votre candeur chrétienne. Votre position actuelle ne laisse-t-elle pas sans développement ou sans application une partie des dons précieux qui vous ont été accordés? Le travail de la composition qui mûrirait et féconderait votre admirable talent pour la prédication, ne vous est-il pas, aujourd'hui, tantôt impossible, tantôt inutile? Et la nécessité de vous l'imposer n'aurait-elle pas un bon côté? La rédaction de vos cours, les études que vous feriez, le plus grand loisir dont vous jouiriez, n'augmenteraient-ils pas la puissance de vos belles facultés, n'agrandiraient-ils pas votre sphère d'activité