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TOURNÉES DE PRÉDICATION

Montauban était pour Adolphe Monod le commencement d'une activité nouvelle, non seulement extérieure, quant à la carrière du professorat, mais aussi intérieure, au sein de la famille. Malgré ses occupations, il n'était plus, comme à Lyon, absorbé par une responsabilité dont il portait presque seul tout le poids, et pouvait consacrer plus de temps aux siens. M. et Mme Adolphe Monod s'étaient transportés de Lyon à Montauban avec quatre enfants, trois filles et un fils, auxquels vinrent encore s'ajouter trois filles, dont une fut enlevée à la fin de sa première année. Un petit nombre de jeunes gens, français et étrangers, qui leur étaient confiés pour leur éducation complétaient le cercle de la famille. Fréquemment aussi des étrangers, attirés à Montauban par le climat, ou parla personnalité d'Adolphe Monod, trouvaient un accueil cordial auprès de lui.

C'est à Montauban peut-être que nous pouvons juger le mieux de ce qu'il était dans la vie de famille. Son beau-frère, M. Edouard Babut, gravement atteint dans sa santé, et obligé de renoncer à toute occupation et de vivre dans le Midi, était venu se fixer auprès de lui, avec les siens. Ce rapprochement fut pour tous une consolation et une force, au milieu d'une épreuve douloureuse, qui devait se prolonger bien des années encore, en continuant de s'aggraver ; et les liens étroits qui unissaient les parents devinrent l'héritage des enfants. Ce fut une épreuve vraiment exceptionnelle que celle de M. Babut. Atteint vers l'âge de trente ans, au milieu d'une vie pleine d'espérance selon le monde, d'un mal lent et redoutable qui lui causait des souffrances continuelles et croissantes, mais qui ne devaient l'enlever que vingt ans plus tard, il ne cessa de glorifier Dieu par sa patience chrétienne. Ceux qui l'entouraient portaient avec lui son épreuve; les enfants mêmes s'y associaient selon leur âge. Il aimait à les voir autour de lui, et se laissait volontiers distraire par leurs jeux, quand Dieu lui accordait quelque répit dans ses souffrances. Ceux qui l'ont connu n'oublieront jamais ce visage bienveillant, quoique portant les traces d'une souffrance qui aurait été sans consolation, si elle n'avait été dominée par l'espérance chrétienne.

Ne pouvons-nous pas penser que ce n'était pas sans dessein que Dieu avait ainsi rapproché ses ser-

1836-1841 M. BABOT — PROFESSORVT 249

viteurs : en frappant l'un, il préparait l'autre, par l'exemple chrétien de ce pauvre malade, pour le jour de la souffrance exceptionnelle qui lui était réservée à lui-même. Que de fois, pendant sa dernière maladie, Adolphe Monod se rappela les souffrances de ce frère, dont le souvenir le consolait et •le fortifiait!

Nommé d'abord à la chaire de Morale évangélique et d'Eloquence sacrée, il passa successivement en 1839 à la chaire d'Hébreu, pour assurer à la Faculté les services de M. de Félice, après la mort du vénérable doyen, M. Bonnard ; et en 18/i5 à une chaire nouvellement créée d'Exégèse du Nouveau Testament et de Critique sacrée.

Parmi les professeurs, MM. Bonnard, Encontre, Jalaguier, et plus tard M. de Félice se lièrent particulièrement avec leur nouveau collègue. Dieu lui fit trouver aussi de vrais amis en M. de Rapin et sa sœur; qui dès le début avaient donné à l'Eglise de Lyon de généreuses marques de leur intérêt chrétien, et sollicitaient Adolphe Monod de venir stimuler le zèle des Eglises du Midi par des tournées de prédications. «M. de Rapin Thoyras, mon parent éloigné selon la chair et notre frère à tous dans la foi, est un homme riche, qui fait un excellent usage de sa fortune. Il n'est pas marié, et vit avec une sœur qui ne l'est pas non plus, et qui n'est avec lui qu'un cœur et qu'une àme. » Ces Eglises avaient besoin, en effet, que leur zèle fut réveillé, et celle

de Montauban la toute première était à cette époque dans un état d'affaissement et de torpeur des plus tristes. Bien d'autres encore reçurent avec affection le nouveau professeur et sa famille, parmi lesquels nous trouvons des noms connus et respectés dans l'Église : le vénérable pasteur Marzials, les familles de Monbrison, de Preissac, de Malleville, M. de Viçose, la famille Laforgue, qui devait donner plusieurs serviteurs fidèles à l'Église — et combien d'autres! On était près aussi de Toulouse, et un fréquent et affectueux échange de communications s'établit promptement avec les MM. Courtois.

Mais l'intérêt dominant de sa vie, est-il besoin de le dire, était dans ses cours, et, en dehors de la Faculté, dans les relations du professeur avec les étudiants. Il aimait sincèrement ses élèves, et il lui parut tout naturel de les accueillir et de les inviter chez lui. C'était chose si nouvelle, cependant, devoir un professeur recevoir les étudiants, que la première fois que M. et Mme Monod les invitèrent à venir prendre le thé chez eux, ces jeunes gens en furent tout embarrassés. Ce furent eux-mêmes qui le racontèrent plus tard à Mme Monod. Que faire? On se concerta, et il fut décidé qu'on ne pouvait refuser une invitation amicale, mais qu'on n'accepterait rien d'un professeur; qu'en conséquence on se rendrait à l'invitation, pour se retirer dès que le thé paraîtrait. Et c'est ainsi que les choses se passèrent, au grand étonnement de Mme Monod, et de Mme Babut, qui

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