‹ Adolph MonodChapitre 7 sur 143 · MA VOCATION · texte numérisé non relu

MA VOCATION

Mais comment me résoudre à vous quitter jamais! Je sens, privé de vous, quels seront mes regrets. Dieu puissant! c'est à toi que ma crainte s'adresse : Conduis mes pas errants, et soutiens ma faiblesse ! Instruis mon cœur novice à pratiquer ta loi, Et donne à ma vertu des armes contre moi ! En tout temps, en tous lieux, à mon devoir fidèle, Eais moi répondre au but où ta bonté m'appelle.

Non, ce n'est pas pour toi, monde, que je respire ; Ne crois pas que mon cœur à tes faux biens aspire, Richesses, gloire, honneur, fuyez loin de mes yeux, Fuyez ! je connais trop vos appas dangereux, De vos pièges trompeurs c'est lui qui me délivre. Et c'est lui, désormais, lui seul que je veux suivre. Je veux, uniquement occupé de ses lois, Enseigner aux chrétiens à l'aimer comme moi, Et marchant sur les pas du plus tendre des pères, Me vouer tout entier au salut de mes frères. Chrétiens, mon cher troupeau, je suis votre pasteur : Chrétiens, suivez-moi tous au temple du Seigneur! Indigents, affligés, venez-y, dans la grâce Chercher à vos chagrins un remède efficace. Riches, venez apprendre à mériter vos biens. Justes, venez mêler vos cantiques aux miens. Pécheurs, venez trouver un Père qui vous aime. Oh ! si, par un effet de sa bonté suprême, Ce Dieu me permettait de ramener à lui Un frère, un malheureux, dans le crime endurci ! Oh ! bonheur! oh ! transport de la plus douce joie !

Et toi, mon père, et toi, dont les avis prudents Ont vers le vrai bonheur guidé mes jeunes ans, Dans le choix que j'ai fait, reconnais ton ouvrage. Enclin plus que tout autre aux défauts de mon âge, Ta conduite devient une leçon pour moi ; Ton exemple m'engage à me régler sur toi.

Instruit par tes conseils, déjà j'ai vu mon frère Te suivre plein d'ardeur dans ta sainte carrière ; Je t'ai vu, jouissant de ses heureux essais, Applaudir avec nous à ses premiers succès. Comme lui, désormais, je veux que l'on me voie Ne te donner jamais que des sujets de joie ; Et je demande au ciel, pour prix de mes efforts, De montrer qui je suis, et de quel sang je sors!

Un an auparavant, il écrivait à son frère Frédéric : « Je prends tous les jours plus de goût pour la route que je dois suivre, surtout quand j'entends un bon sermon, et particulièrement depuis le discours que je t'ai entendu faire. Tous mes vœux tendent à t 'égaler. Tu me diras peut-être que c'est aspirer un peu trop haut. Mais j'espère avec bien des efforts, pouvoir y réussir. Si tu travailles à un sermon, écrismoi quel en est le texte, et dépêche-toi de nous l'envoyer. Je souhaite à tous tes discours le succès qui a couronné tes premiers efforts.»

En 1820, Adolphe partit avec son frère Guillaume pour Genève, où ils devaient faire ensemble leurs études de théologie. C'était la première fois qu'ils s'éloignaient l'un et l'autre de la maison paternelle ; et cette circonstance, jointe à des études communes et à une vive sympathie naturelle, créa entre eux une intimité que les années ne firent qu'accroître et que la mort seule vint interrompre. Ils étaient inséparables, au point qu'on leur adressait souvent leurs lettres à Monsieur B. A. Monod, et qu'on les reconnaissait à peine l'un sans l'autre :

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