DEPART POUR GENÈVE
« J'ai passé dimanche une jolie journée à Satigny, avec nos amis Gaussen. Je dis : je, parce qu'en effet je n'y ai porté que la moitié de moi-même. Depuis plusieurs semaines nous avions cherché inutilement l'occasion d'y aller ensemble, et je me déterminai à y aller seul, ce que Billy fera à son tour. On ne savait, disait-on, ce qu'on voyait, en voyant Adolphe entrer sans Billy ; et quelqu'un qui me connaissait de vue, et qui m'avait aperçu dans l'église de Satigny, disait en sortant à Mme Gaussen : « J'ai bien cru reconnaître un M. Monod; mais quand j'ai vu qu'il était seul, j'ai pensé m'être trompée. J'ai trouvé aussi qu'ils étaient plus petits qu'à l'ordinaire. — C'est, lui répondit-elle, que la plus grande moitié est restée à Genève. »
Nos deux étudiants trouvèrent à Genève un oncle et une tante, frère et sœur de leur père, M. Gérard Monod et Mme de Coutouly , et d'autres parents , les familles Gaussen et Puerari : partout ils furent accueillis avec la plus grande affection. Les nombreuses relations de leur père à Genève, et de leur frère aîné, qui les avait précédés de quelques années dans la Faculté de théologie, leur valurent dès l'abord, surtout de la part des professeurs de la Faculté, la bienveillance de tous. Pour plusieurs cette bienveillance du professeur à l'égard des élèves s'accrut d'une amitié sincère et dévouée, dont ils conservèrent toujours un souvenir fidèle et plein de reconnaissance. En dehors de leur propre
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famille, ils étaient reçus aussi dans un grand nombre de familles amies, et sans la règle qu'ils s'étaient imposée à eux-mêmes de limiter le nombre des invitations qu'ils pourraient accepter chaque semaine, le temps de leurs études serait devenu facilement un temps de distraction et de dissipation.
Aux cours de théologie et à leurs travaux obligatoires, Adolphe Monod et son frère avaient ajouté d'autres occupations. Ils suivaient des cours d'arabe, donnaient eux-mêmes quelques leçons pour diminuer leurs frais d'études, et prenaient part avec entrain aux réunions d'étudiants, notamment aux réunions de la Société de Zofingue. Dès leurs premières années d'études, ils organisèrent avec deux de leurs condisciples, MM. Vermeil et Lavit, une petite Société, « ayant pour membres tous les proposants qui veulent y être admis, et pour but de remplacer quelques exercices de littérature et de composition qui manquent à l'auditoire, ou ne s'y font qu'imparfaitement, et ne reviennent que très rarement pour chaque étudiant , à cause de notre grand nombre. Nous pensons que sur les vingt que nous sommes, nous pouvons compter sur une dizaine environ pour entrer dans notre Société : les autres sont trop occupés, ou sont du parti de l'opposition »... Ces réunions étaient remplies par des exercices de lecture, de composition, d'improvisation et de récitation.
A mesure qu'ils avancèrent dans leurs études, ce