‹ Adolph MonodChapitre 72 sur 143 · PRÉDICATIONS A MONTAUBAN · texte numérisé non relu

PRÉDICATIONS A MONTAUBAN

murmure, ni doute ; car tu me les défends. Augmentemoi la foi!

Priez sans cesse. — Accorde-m'en la grâce. J'ai besoin d'une vie toute sainte. C'est le seul élément où je puisse me supporter.

Rendez grâces en toutes choses. — Je te rends grâces pour tout ce qui me trouble, et même pour ce tour d'esprit qui me tourne tout en sujet de trouble. Tu es amour! Fais-moi abonder dans l'action de grâces.

Celui qui vous appelle est fidèle, et il le fera aussi. Maris aimez vos femmes, comme Christ a aimé l'Eglise. Comme Christ. — Pères, n'aigrissez point vos enfants, mais élevez-les en les avertissant et en les instruisant selon le Seigneur. — 0 mon Sauveur, qui m'as brisé, et qui me relèves, rends-moi semblable à toi. — Considère bien le ministère que tu as reçu du Seigneur, afin de le bien remplir. — Dieu est amour.

ïndépendaaiment de ses fonctions de professeur, Adolphe Monod prêchait quelquefois dans un des temples de la ville, et régulièrement le dimanche après-midi dans la chapelle de la Faculté. Dans ce service, plus spécialement destiné aux étudiants, il donna notamment une série de méditations sur l'Épître aux Éphésiens et sur l'Évangile de saint Matthieu. Ses longues vacances académiques lui permettaient de faire des tournées de prédications

270 ADOLPHE MOiXOD 1842

quelquefois considérables; il utilisait de même les vacances de Pâques.

Il écrivait pendant une de ces tournées : « Je suis bien où je suis (à Montauban). Pouvoir préparer mes leçons d'hébreu avec peu de travail, comparativement; avoir le temps de prêcher tous les dimanches, ou à peu près, et me trouver libre de prêcher où je veux pendant quinze jours au printemps et pendant trois mois en été, c'est une position qui, à bien des égards, semble taillée exprès pour moi... »

Tout le temps qu'il demeura à Montauban, c'està-dire jusqu'en 1847, il continua à faire ces tournées régulières de prédications. C'est ainsi que nous le trouvons tantôt à Marseille pour les services de la semaine sainte, répondant sur sa route à l'appel d'autres Eglises du Gard et de l'Hérault; tantôt à Bordeaux et dans les environs ; d'autres fois dans les églises du Tarn, de la Haute-Garonne et du Béarn ; souvent à Paris et en Normandie. Il fit plusieurs voyages en Angleterre, visita les îles de la Manche, etc.

Quelquefois cependant sa santé ne suffisait plus à ce travail ininterrompu de l'année scolaire et des vacances. Aussi le voyons-nous en 18/i2, obligé de consacrer une partie de ses vacances à une cure d'eau froide, sous la direction du célèbre Priessnitz, « le médecin paysan, » à Grafenberg (Silésie autrichienne), IJ se trouva bien de cette cure, et rapporta

1842 A M. VAURIGAUD 271

de ce séjour une grande admiration pour le traitement hydrothérapique , qui était loin d'être connu et appliqué comme il l'est aujourd'hui.

A M. Vaurigaud.

Montauban, Juillet 1842.

Nous voici donc, écrivait-il au moment de partir à un de ses élèves et amis, qui venait d'achever ses études théologiques, partant pour la Silésie, et nous séparant de quatre de nos enfants! C'est pour nous un voyage de santé et d'obligation ; ce qui n'empêche pas qu'il n'ait ses côtés agréables. Je me réjouis de voir la terre de Luther, d'y conduire ma femme et mon fils, d'éloigner la première des soucis et des soins qui la consument ici, et de jouir avec elle de quelques semaines de repos. C'est une petite halte dans la vie; mais une halte que notre Père céleste nous a ménagée, je n'ose pas dire pour récompenser notre pauvre travail pour son Nom, mais du moins pour réparer nos forces pour son service. Nous voyons ici sa main, et nous suivons en paix.

Vous avez su l'histoire de ma belle Bible'1. L'amour de ces jeunes gens m'a touché, réjoui* encouragé. C'était une scène intéressante et qui avait quelque chose de solennel. Que n'étiez-vous là, mon cher ami?

1 Les Étudiants s'étaient réunis pour lui offrir une Bible en souvenir des soirées du jeudi.

Partout où il y a de l'amour pour moi, il me semble voir votre place marquée, soit dit sans autre présomption que celle de la foi en amitié. Nous voyons beaucoup le brave M. Savez- vous ce qu'on dit de lui ? « Il est tout Monod. » Gela me fait sourire, mais j'espère que ce cher ami est beaucoup mieux que tout Monod. Il a fait de grands pas dans la foi et dans l'amour du Seigneur, et s'il plaît à Dieu de le fortifier, il deviendra un pasteur excellent, j'en suis persuadé. Je vois avec plaisir que ma maison a été cette année plus fréquentée qu'auparavant par des étudiants. Je voudrais rendre cela plus général, et avoir des rapports pluspatemels avec l'auditoire en général. Nos examens vont comme de coutume; un seul rejeté jusqu'ici, le pauvre X. Oh! le pauvre jeune homme!... Un assez grand nombre ont reculé, et remis à novembre. Quand j'ai su cela, j'en ai repêché un ou deux; mais pour d'autres, c'était trop tard. Je donnerai un mot pour vous à M. B., de Strasbourg, qui est venu prendre ici le grade de licencié. Il est fort rationaliste, mais, ce me semble, accessible par le cœur. Je lui ai ouvert ma maison, et nous l'avons beaucoup vu. Ne discutez pas avec lui, mais menezle chez des chrétiens ; montrez-lui votre foi par vos œuvres, et gagnez-le par la charité. Saluez P., et remerciez-le pour sa lettre et son envoi. Pressez-le de travailler, surtout pour V hébreu. L'esprit ni l'improvisation ne le tireront pas de l'analyse, ni de la traduction de Moïse... Adieu, cher ami. Soyez

1842 SÉJOUR A GRAFENBERG 273

fidèle, actif, pur, tempérant, doux, docile, prudent, fervent, hélas! et tout ce que voudrait être votre pauvre misérable frère et ami.

Grâfenberg était un endroit encore très arriéré, comme la petite ville voisine de Freywaldau. « Ce pays est fort reculé: vous, en êtes avertis dès les premiers pas par la frayeur que les livres inspirent aux douaniers. Ceux qui nous visitèrent mirent d'abord la main sur un panier qui en contenait quelques-uns : « Des livres, dirent-ils, voilà qui passera difficilement. » Après avoir tout examiné avec un soin minutieux, jusqu'au Guide du voyageur, et même jusqu'à la carte d'Allemagne, ils me rendirent ma petite bibliothèque. Tout ce qui tient de près ou de loin à l'imprimerie, cartes, gravures, portraits mêmes, excite leur jalousie. Nous cherchions vainement un libraire dans la petite ville de Freywaldau, qui a pourtant une population de trois mille âmes, et qui est d'ailleurs assez abondamment fournie de tout ce qui peut servir aux étrangers. Quand j'en demandai un, on me répondit : « On « n'accorde point ici de patente pour le commerce de « librairie ; mais, ajouta-t-on naïvement, les relieurs « ne sont point empêchés. » Voilà du moins une compensation !

Il profita de ce voyage pour visiter quelques villes universitaires de L'Allemagne, et quelques-uns des

théologiens marquants de l'époque, et adressa après son retour à un journal religieux1 une série de lettres à laquelle nous empruntons quelques fragments. Bien des choses sans doute ont changé depuis cette époque, cependant on y trouve quelques jugements et appréciations qui ne sont pas sans intérêt, même aujourd'hui.

Le pays que j'ai parcouru est tout plein de souvenirs. Weimar montre à lui tout seul quatre maisons dont l'Allemagne s'honore : celle de Gœthe, celle de Schiller, celle de Wieland, et celle de Lucas de Granach. On trouve partout les traces de la gloire de nos armes, hélas ! et des revers qui l'ont suivie. Un Français qui voit dans un jour Iéna, Lutzen, Leipzig et l'Elster, y reçoit de grandes leçons. Mais ce pays a des souvenirs plus anciens et plus intéressants encore pour le chrétien et pour le protestant. Après avoir laissé, un matin, sur notre droite, le monument élevé à la mémoire du vénérable missionnaire et martyr, saint Boniface, dans la petite ville de Fulda, nous arrivâmes quelques heures après dans la forêt de la Thuringe, et un quart d'heure avant d'atteindre la charmante ville d'Eisenach, nous nous trouvâmes tout près de la place où Luther fut enlevé, comme il retournait de Worms à Wittemberg. Nous avons pu suivre longtemps des

1 L'Espérance. Lettres sur l'Allemagne.

Page 1