PREMIÈRE PRÉDICATION
fut naturellement le travail de la composition des propositions ou sermons d'étudiants qui les occupa surtout. Souvent les étudiants étaient invités à prêcher dans quelque église des environs de Genève. Adolphe Monod prêcha pour la première fois à Carouge en 1821. Voici comment son frère rendit compte à leur mère de cette première prédication :
« C'est dimanche dernier qu'Adolphe a fait ses débuts dans la prédication. La chose se passa beaucoup mieux que nous ne nous y serions attendus, car je t'ai parlé des inquiétudes et des ennuis qu'il avait eus les jours précédents. Je me rendis à dix heures avec lui chez M. Perey, le pasteur de Carouge, qui lui donna tous les renseignements nécessaires, lui endossa la robe et le rabat, et le conduisit à l'église. Son costume ne lui allait point mal. Il avait un peu l'air d'un enfant, mais d'un enfant grave et sérieux, et fort capable d'en imposer à de plus vieux que lui. Du reste tout était en harmonie dans le service, c'est-à-dire que tout y était petit : petite église, petit prédicateur, petit chantre et même petit sermon. Il n'était élevé que de deux degrés au-dessus de l'auditoire; cependant il eut tout le temps une contenance ferme et assurée, et ne se laissa troubler par rien. Il aurait pu l'être facilement; car il resta si longtemps à trouver la prière dans la liturgie, que M. Perey se leva et lui cria à demi-voix qu'elle était au commencement.
L'église était à peu près pleine; on fut généralement, je crois, édifié et content. Le sermon avait plus de chaleur qu'à la première récitation qu'il en fit devant les professeurs : il y avait fait quelques corrections... »
Ces années de séjour à Genève furent un temps heureux, bien que souvent troublé pour Adolphe Monod par des moments de tristesse et de découragement, qui tenaient en partie à ce désir qu'on remarquait chez lui déjà enfant, de se distinguer dans son travail ; mais beaucoup plus sans doute , quoiqu'il ne s'en rendit pas compte alors, à ce qu'il croyait pouvoir arriver par son travail et par sa volonté à satisfaire son ardente recherche de la vérité, et à opérer en lui-même un changement que la grâce de Dieu seule était capable de produire. Il est intéressant cependant de voir combien il y avait dès lors en lui un sérieux désir de bien faire, et comme sa conscience délicate et scrupuleuse le maintenait dans la bonne voie. Pour lui, comme pour son frère, c'était un besoin d'associer leur mère à leurs plus secrètes pensées, et de la tenir au courant de ce qui se passait en eux et autour d'eux. Rien ne fera mieux connaître la disposition d'esprit où il était que quelques extraits du journal qu'ils écrivaient ensemble à son intention.
Jeudi, 30 Novembre 1820. — Nous voilà livrés