‹ Adolph MonodChapitre 83 sur 143 · A LA COMTESSE PELET · texte numérisé non relu

A LA COMTESSE PELET

disposé à faire. Quant au reste, il fera lui-même ce qu'il pourra, et ne me demande, pour le présent, rien de régulier. C'est tout ce que je pouvais désirer, et je sais bien bon gré à M. Juillerat d'être si bien entré dans mes vues, — et dans les vôtres, sans les connaître. Il faut maintenant demander au Seigneur de me rendre tidèle, dans le vrai sens du mot, qui est loin d'être épuisé par le seul accord de la doctrine avec le système orthodoxe. Je songerai à votre intéressante ouverture pour des réunions intimes; ce genre d'action, et tout ce qui est proprement spirituel, entre tout à fait dans mes idées. Quant à votre désir que je puisse me poser comme conciliateur entre les diverses fractions du christianisme évangélique, c'est une de mes constantes prières, et c'est en partie pour ménager à cet égard ma part d'influence (en même temps que pour faire économie de temps) que je me suis promis de demeurer un an au moins en dehors de toute rédaction de journal et de tout comité, sauf pourtant de celui de l'Alliance Evangélique, dont je suis membre fondateur.

Encore un vœu de mon ministère : travailler, dans ma conversation particulière, au développement d'hommes instruits, et d'un esprit élevé, qui sont ouverts aux choses de Dieu. Mais là, un grand obstacle m'a toujours retenu : une timidité de jeunesse que je n'ai jamais su vaincre, et qui m'empêche de faire les avances, même avec ceux qui peut-

être souhaitent que je leur facilite les choses, gênés qu'ils sont par une timidité d'une autre nature... l'amour devrait surmonter cette infirmité.

Recevez, Madame et chère sœur, l'expression d'un dévouement où la tendresse n'ôte rien au respect en Jésus-Christ.

Il était à Paris depuis peu de mois lorsque éclatèrent les troubles politiques de février 18/|8. Quelques personnes désireuses de voir un pasteur entrer dans l'assemblée nationale, eurent la pensée de mettre son nom en avant. Mais il ne se sentait nullement fait pour la vie et pour les débats politiques, Jusqu'à la fin il s'appliqua à remplir consciencieusement ses devoirs d'électeur et de citoyen, avec l'esprit vraiment libéral qu'il portait en toute chose; mais il évita toujours avec un soin jaloux dans cet ordre d'idées tout ce qui aurait pu compromettre dans un sens ou dans un autre son influence spirituelle et pastorale.

A sa sœur Mme Babut.

Paris, 20 Mars 1848.

...Les événements politiques n'ont fait que me confirmer dans la pensée que c'est ici ma place; trop heureux si je puis discerner avec conviction une tâche bien déterminée, que le Seigneur aura daigné me confier. Cette tâche, à moins de direc-

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lion tout à fait imprévue, je la chercherai dans mes fonctions spirituelles, non dans un mandat politique. Mon ambition serait même de me tenir en dehors de toute action de cette nature... Si je pouvais trouver de l'entrain et une vraie activité morale ; si je pouvais tirer du choc des événements du jour l'étincelle de vie que j'ai demandée vainement au passé, je voudrais tourner cet avantage au profit de mon ministère évangélique. Or ce ministère, je le compromettrais inévitablement en me lançant dans les délibérations et les débats de l'Assemblée nationale; et j'ajoute que je le compromettrais selon toute apparence en pure perte. Frédéric, consulté hier par un pasteur qui avait envie de me porter, lui a répondu : « Laissez Adolphe où il est ; il ne vaut rien pour les débats politiques, a Ce n'est pas flatteur, mais c'est vrai. Je n'ai jamais étudié ni les questions politiques, ni les questions sociales ; quant aux questions religieuses, elles ne trouveront guère de place, excepté peut-être l'article fondamental de la séparation. Mais, sur cet article, décidé que je suis à laisser faire, malgré B. dans un sens et L. dans un autre, quels services pourrais-je rendre? Ajoute à cela mon esprit scrupuleux et lent à se déterminer; en voila plus qu'il n'en faut pour me décider à me tenir en repos dans mon humble sphère. Pour me jeter dans une autre ligne de conduite, il me faudrait des indications bien évidentes du Seigneur, auxquelles j'ai la confiance que

je ne désobéirais pas. Veuille donc, si on te parle de moi, témoigner ma reconnaissance à mes bienveillants amis, et les prier de ne pas songer à moi, sinon pour prier Dieu de me rendre plus fidèle dans mon poste actuel. C'est ce que je viens de répondre moi-même à un jeune homme que je voyais pour la première fois, et qui venait me proposer, au nom de ses amis chrétiens, de mettre mon nom en avant... Nous avons ici un pasteur éminemment capable, pieux, versé dans les questions sociales et politiques, homme de tête et de cœur, d'une éloquence mâle et d'un noble caractère, Verny. Je me serais fait scrupule de le pousser, mais j'ai été amené par les circonstances à reconnaître qu'il acceptera s'il est nommé, mais ne veut rien faire pour l'être. Si nos amis veulent un pasteur, je n'en connais pas de plus propre à la tâche que lui...

Il revient sur ce sujet dans une lettre à M. de Félice. Ce dernier lui avait écrit:

Montauban, 20 Janvier 18/t8: Cher ami et frère... Vous ne m'avez pas écrit, et si je compte bien, c'est la troisième fois que je viens causer avec vous sans avoir de réponse. Mais ce n'est qu'une simple réflexion, non un grief. Vous êtes très occupé, et mes petits billets ne demandaient point de réponse. Je sais parfaitement que s'il y avait eu un service à rendre, vous n'auriez pas attendu vingt-quatre heures. Et puis ce ne sont pas dix à douze lignes griffonnées à

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