‹ Adolph MonodChapitre 85 sur 143 · A M. DE FÉLICE · texte numérisé non relu

A M. DE FÉLICE

nom a été prononcé au commencement; mais on a appris que vous ne vouliez pas de ce pesant honneur. Je vous avoue que j'en ai été surpris; je vous en aurais écrit, si, d'une part, je vous avais cru plus influençable, et si de l'autre je m'étais senti libre de pousser un ami d'entrer dans une voie qui .peut devenir périlleuse. Les scrupules de mes amis Courtois ont augmenté les miens. Et pourtant, je l'avoue, je me reproche de ne pas vous avoir au moins posé la question. Vous me paraissez si bien doué, si bien préparé pour une mission de cette nature! La question peut se représenter; et j'ai la confiance que si le devoir vous appelle, vous ne vous laisserez pas retenir par le dévouement, quel qu'il soit, que l'accomplissement de ce devoir pourrait exiger. Quant à moi, mon pauvre nom a été mis en avant aussi par quelques personnes, et l'on me dit aujourd'hui que j'aurais eu quelques chances, ce que je n'aurais jamais pensé. Mais vous me connaissez assez pour savoir que je n'ai fait que me rendre justice en disant que je ne suis ni propre aux débats politiques, ni au courant des questions du jour. Il aurait fallu qu'un appel me fût adressé sans provocation de ma part pour me déterminer ; mais chercher des suffrages, me faire interpeller dans les clubs, au risque d'avoir à dire: Je ne sais pas, je ne suis pas décidé, etc., vous savez si cela pourrait m'aller. Je ne me sens un peu propre qu'à une chose; j'ai à cœur de m'y tenir — sauf, bien

entendu, un appel où je croirais découvrir la main du Maître. Au surplus, je suis de ceux qui voient l'avenir en noir; d'abord parce que je ne conçois pas la possibilité de faire aboutir à l'ordre les innombrables éléments de désordre que je vois s'accumuler autour de nous de jour en jour; ensuite parce que je ne m'imagine pas une bonne administration républicaine avec l'impiété et l'immoralité que je vois aussi générales que sous la monarchie, et plus déchaînées; enfin parce que j'ai un vague sentiment que les prophéties de l'Écriture, dont je tâche de m'occuper un peu. annoncent de grandes calamités pour des temps qui s'approchent de nous. Mais me voilà loin de ma prédication, dont je voulais vous parler. Vous m'avez recommandé d'écrire sans style,» et je vous écris sans suite — c'est encore mieux. J'allais vous dire que je ne me trouve pas heureux dans ma prédication. J'aurais beaucoup à dire là-dessus ; en un mot, je cherche ma veine de Paris, et ne l'ai pas encore trouvée. Je suis d'accord avec vous sur la nécessité de faire appel aux grandes vues morales qui sont dans la conscience humaine, et à l'esprit chrétien général qui est dans l'air et dans le siècle — mais le moyen ? Les trois éléments du problème sont : Jésus-Christ, saisi par l'Esprit, et dans la vie intérieure; les Ecritures, acceptées comme le témoignage de Dieu dans les saints d'élite; et la société, telle qu'elle nous est donnée aujourd'hui. Mais soit défaut de coramu-

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