SA PRÉDICATION
nion spirituelle avec Jésus-Christ, soit iguorance du sens profond des Ecritures, soit isolement au sein de la société actuelle, je ne découvre pas ma mission. Je trouve sans doute quelque chose à dire et à faire; mais ce que j'ai à dire et à faire, je ne le discerne pas. Il résulte de là qu'à part un petit nombre de discours exceptionnels, qui promettent probablement plus que je ne puis tenir, je retombe dans d'anciens sermons, que je retravaille ordinairement avec peu d'entrain et de courage. Ce n'est pas cela, je le sens bien :
Mon cœur s'en est plus dit que vous ne m'en direz ;
mais je ne sais pas mieux faire jusqu'à présent ; et la prédication nouvelle, de forme et en partie de fond, après laquelle je soupire, ne m'apparait point encore. Gela est d'autant plus fâcheux que je ne me suis guère occupé d'autre chose cet hiver. J'ai donné un cours d'instruction religieuse; mais je l'avais fait à Montauban. Je reçois quelques visites pastorales spirituelles, qui m'intéressent; je visite quelques amis chrétiens; j'ai quelques devoirs de société; mais tout cela se réduit à fort peu de chose. Des fonctions pastorales, je n'en ai presque pas, M. Juillerat ayant eu l'obligeance d'en demeurer chargé jusqu'à ce jour. La correspondance me prend plus de temps; pas beaucoup cependant. Je pourrais donc fort bien me livrer à la prédication, si je savais mieux discerner le chemin dans
lequel fai à marcher. C'est l'objet de ma constante prière. Mais cette incertitude, que je vois partagée par des hommes plus décidés que je ne le suis, n'est-elle pas un élément de la crise actuelle, et de notre épreuve du moment?
Je n'ai rien à vous dire sur les affaires ecclésiastiques que vous ne voyiez dans les journaux, attendu que le grand principe du Consistoire de Paris est qu'il vaut mieux laisser faire que faire. Il ne m'appartient pas de le critiquer. Il faut attendre les réunions des Sociétés, qui seront fort tristes, je le crains, et l'Assemblée des mandataires, qui, je le crains aussi, sera fort embarrassée. Non, ce ne sont pas nos délibérations qui importent: la parole esl aux événements. Vous n'avez pas voulu, me dit-on, être délégué pour Montauban? Cela est-il exact, et pourquoi? Vos amis de Paris vous auraient revu, auraient causé avec vous; c'est à peu près tout ce qui peut se faire dans la bagarre du moment; et moi, j'aurais vraiment joui de votre visite. Mais vous êtes probablement comme moi (pas tout à fait pourtant, et je vous en félicite) : vous ne vous souciez pas d'emboucher la trompette pour n'en tirer que des sons confus. Quant à la séparation d'avec l'État, je n'y ai jamais cru; et il me paraît que mes amis qui y croyaient sont ébranlés dans leur persuasion. Elle n'était à espérer, ou à craindre, comme on voudra, que le lendemain de la révolution; remise à l'Assemblée nationale, elle ne se