‹ Adolph MonodChapitre 87 sur 143 · VOYAGE DANS LE MIDI · texte numérisé non relu

VOYAGE DANS LE MIDI

fera pas, parce que l'État ne la décrétera jamais de sang- froid. Que si de nouveaux désordres surviennent — qui vivra verra...

Dites les choses les plus affectueuses de ma part à Mme de F. Je regarderais comme une grande bonté de Dieu que je pusse vous aller faire visite cet été; , mais qui sait, aujourd'hui surtout, ce que le lendemain enfantera?

J'embrasse vos enfants, et vous recommande tous à Dieu avec les sentiments les plus fraternels.

P. S. Nous parlions de vous hier, Frédéric et moi; et en vous voyant vous retirer en arrière de plus en plus, nous nous demandions avec une sollicitude chrétienne, pour vous et pour l'Église, où cette pente vous conduira, et si les beaux dons que Dieu vous a confiés seront enfouis, ou ne seront utilisés que pour la vie de cabinet. Pensez-y devant Dieu, je vous en conjure. Il faut sortir de votre inaction, ou il sera trop tard. L'Église a besoin de vous. Hélas ! ce ne serait pas à moi de le dire ; mais je le dis, malgré les reproches de ma conscience, parce que d'autres ne vous le diront pas. Cher ami, si nous n'avons pas trouvé notre œuvre, (cherchons-la jusqu'à ce que nous la trouvions. Prions, ne nous lassons pas de prier.

Le voyage qu'Adolphe Monod avait à cœur de faire cette année-là dans le Midi, il en fit une partie et ne put l'achever. Son plan était de commencer et

de finir par Montauban. Il s'y rendit en effet ; eut la douceur d'y retrouver pendant quelques jours les amis et surtout les parents qu'il avait quittés l'année précédente, et partit pour une tournée de prédications. Il leur écrivait :

Toulouse, le 15 Juin 1848. — Mes bien-aimés, qu'il m'a été doux de vous revoir, dur de vous quitter encore! Cher Edouard, quelle vie que la tienne! sur sept jours pas une demi-heure de calme, de soulagement réel! et entre mes occupations et tes douleurs je n'ai pas su découvrir le temps, que je guettais, pour m 'entretenir à l'aise avec toi des choses qui appartiennent à notre commune paix. Le Désert, le matin; Gethsémané, l'après-midi; Golgotha, le soir, — voilà ta vie, la vie de ceux qui souffrent avec toi et en toi. N'est-ce pas, du plus au moins, la vie de tout enfant de Dieu sur la terre? Eh bien! le Désert avec Christ, Gethsémané avec Christ, Golgotha avec Christ, cela vaut mieux que les délices du péché. Quoiqu'il en soit, cher ami, béni, béni, béni soit Dieu ! Demain! demain!...

Il était dans le Tarn lorsqu'il fut subitement rappelé à Paris par les troubles de juin. Sa famille avait été exposée à des dangers sérieux ; cependant il retrouva tous les siens en bonne santé, grâces à Dieu, quoique le quartier qu'ils habitaient, le faubourg Poissonnière, très voisin du célèbre clos Saint-Lazare, eût été le théâtre d'une lutte san-

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