‹ Adolph MonodChapitre 88 sur 143 · ÉVÉNEMENTS POLITIQUES · texte numérisé non relu

ÉVÉNEMENTS POLITIQUES

glante. Mais il lui en coûta d'autant plus de ne pouvoir repasser à Montauban que l'état de M. Babut allait s aggravant, et qu'il ne devait plus le revoir. Il ne put, jusqu'au moment où Dieu le rappela à lui, trois mois plus tard, que l'encourager et le soutenir de loin par ses lettres.

A son beau-frère M. Babut.

Paris, 29 Juillet 1848.

Mon cher Edouard, est-il besoin de te dire avec quelle douloureuse sympathie nous te suivons dans ces nouvelles crises de douleur physique et d'angoisses morales ? ou avec quelle édification et quelle consolation nous avons appris la fin du Seigneur, et l'humble soumission qu'il t'a donnée à sa mystérieuse volonté? Oh! mon cher ami, si l'Évangile est vrai, — et nous savons qu'il est vrai, — cette soumission est la seule chose nécessaire pour toi, quelle que soit, quelle que puisse être Ion épreuve, et quoi qu'elle puisse devenir. « Je te donne un conseil qu'à peine je reçois » , moi qui porte moins patiemment mon poids de dix livres que tu ne portes ton poids de cent livres; et pourtant cela est vrai, car c'est l'Evangile! Il n'est pas possible qu'il soit impossible d'accepter en paix — je parle de la paix du cœur — la volonté de Dieu, et de boire la coupe qu'il t'a donné à boire! La croix du Sauveur explique tous les mystères, dans ce sens qu'il ne peut y en avoir

de plus mystérieux qu'elle : c'est l'image de ce Sauveur crucifié qu'il faut avoir constamment devant les yeux. Quelle admirable mission sera la tienne, cher ami, quand l'Esprit aura remporté une telle victoire sur la chair ! Que seront mes pauvres prédications auprès de celle d'un membre de Jésus- Christ, battu jour et nuit comme tu l'es, et ne cessant jamais de lui donner gloire! Plus tu souffres, plus tu seras utile ; et plus tard, recueilli dans le sein de Dieu, quelle joie de revenir sur ces jours de deuil, et de te souvenir devant Celui que tu verras tel qu'il est, que tu n'auras attendu ni de voir pour croire, ni d'être délivré pour rendre grâces ! Juges- en par l'impression que produit autour de toi et sur nous tous cet humble et doux retour à la paix de Jésus, après cette cruelle agitation des jours précédents! La soumission, c'est le ciel. Soumets-toi à Dieu. Soumets-toi aussi aux hommes, en Dieu ; laisse-toi diriger, et que ta vie entière soit une vie d'acceptation — la vie de Christ, enfin. Je suis persuadé que cela te sera donné, et qui sait? peut-être est-ce cette maturité divine de la patience chrétienne que le Seigneur attend pour te recueillir dans son repos. Vis d'avance dans le ciel, et les yeux invariablement fixés sur Jésus, tel que tu le verras alors (1 Jean III, 2); donne-lui gloire, et encore gloire, et toujours gloire. C'est le vœu, c'est la prière de ton pauvre et indigne frère.

P. S. Chère A., chers enfants, je vous serre

1848 A M. DE FÉLIGE 325

contre mon cœur. Ne crains point, crois seulement. Ne songez qu'à profiter, qu'à croître dans la grâce. C'est la croix, la croix dans toute son amertume; mais ce n'est pas plus que la croix. Oh ! que je voudrais être auprès de vous, mais sans avoir à écrire d'un côté ou à courir de l'autre — à moins que ce ne soit pourtant en compagnie de vous, comme à Saint- Antonin ou Négrepelisse. Je n'ai pu encore me bien remettre. Je suis dans un état inaccoutumé, mêlé d'irritation et d'affaissement, — comme la patrie!

Le même jour il écrivait :

A M. le Professeur de Félice.

Paris, 29 Juillet 4848.

...La première fois que je suis monté en chaire à l'Oratoire, j'ai prêché sur la paternité de Dieu. Je n'ai pas pu prêcher la paternité universelle, comme vous l'entendez aujourd'hui. Sans doute, Dieu est Père de tous les hommes, en un certain sens, par la création, par la Providence, et par ce que l'Ecriture appelle sa bonne volonté envers les hommes (ce passage est mal appliqué; j'aurais dû citer plutôt Ps. GXLV, 9). Mais dans l'acception biblique propre du mot Père, soit chez les prophètes, soit chez le Seigneur, il suppose toujours une certaine relation morale établie entre Dieu et l'homme, et où tous les hommes ne sont point entrés. J'ai cherché dans toute l'Écriture, sans pouvoir le trouver, un endroit

où Dieu soit appelé, comme chez les poètes païens, le père de tous les hommes, ou bien où tous les hommes soient appelés enfants de Dieu. Si vous en connaissez un, veuillez me le citer. J'ai distingué, dans la paternité de Dieu en Jésus-Christ, la participation du chrétien à la nature paternelle, à Yéclucation paternelle, à Y héritage paternel et enfin à Y amour paternel, qui embrasse tout le reste; et j'ai présenté ces divers avantages comme répondant à quatre besoins du moment : besoin de stabilité, de garantie, de consolation et d'amour. Je n'ai nullement réussi à me satisfaire, n'ayant pu, malgré un travail consciencieux, surmonter un état de mollesse et de faiblesse que j'attribue, d'abord à l'éducation paternelle, si mystérieuse dans ses moyens, ensuite à la fatigue obstinée de corps et d'esprit que j'ai rapportée de mes vacances méridionales.

Cependant, les événements ecclésiastiques avaient marché, comme les événements politiques. Après le synode officieux convoqué au lendemain de la révolution de Février, pour préparer un projet de réorganisation ecclésiastique, destiné à être soumis au gouvernement de la République, était venue l'Assemblée de septembre. Notre dessein n'est pas de retracer cette époque de l'histoire de l'Eglise Réformée, et de ces débats dans lesquels Adolphe Monod et son frère Frédéric eurent, dans des sens divers et même opposés, une part consi-

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