SITUATION ECCLÉSIASTIQUE
A M. le Professeur de Félice.
6 Janvier 1849.
...Je cherche depuis deux jours le temps de reprendre ma lettre, et quoique je n'en aie guère avant l'heure du courrier, je ne veux pas la retarder davantage. Quelques mots cependant sur nos affaires religieuses. Vous me connaissez assez pour penser que je suis également éloigné de la sévérité passionnée des Archives, à l'endroit de Y Assemblée générale, et du contentement de Y Espérance. C'est mon fort, et mon faible, de voir les diverses faces de la question, ce qui donne lieu à une action mesurée, mais peu énergique. Il n'appartient qu'au génie, me disait un jour Tholuck, d'être à la fois vielseitig et energetisch. Si j'avais à recommencer, je suivrais la même ligne de conduite pour le fond: c'est-à-dire, je resterais dans l'Église, tout en me prononçant contre le statu quo; mais il y a tel acte, telle parole de détail que je ne répéterais pas. Je crois, en particulier, avoir fait une faute en accordant aux instances réitérées du bureau et de Grand Pierre ma signature officielle pour cette triste Adresse, que j'avais refusé de sanctionner par mon adhésion personnelle. Je l'ai fait avec conscience, avec prière, et je crois n'avoir à m'accuser ni de faiblesse ni de complaisance pourleslatitudinaires; mais je pensais que le vrai caractère de cette signature serait
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compris; il ne l'a pas été, et j'aurais dû le prévoir. Au fond, la question de principes se retrouve partout ; avec une dogmatique aussi seizième siècle que l'était la mienne il y a quinze ans, j'aurais voté non, et dès lors refusé sans hésitation ma signature officielle. Mais je le répète, au fond, je crois avoir pris la position que je devais prendre, tout en regrettant amèrement de me voir séparé de Frédéric. J'ai exposé mes raisons dans une brochure que je préparais pour le public. Mais, mon travail terminé, j'ai reculé devant ma répugnance à engager une controverse avec Frédéric et à prendre une position irrévocable. J'ai attendu, et à force d'attendre, il est probable que je renoncerai ou que je ferai autre chose1.
Frédéric a envoyé sa démission au Consistoire. Elle a été lue clans sa séance d'hier soir. Décidé qu'on ferait une tentative auprès de lui pour le faire revenir sur sa détermination, le Consistoire, en corps, ira le trouver demain à cet effet. Coquerel a fait observer qu'on ne doit pas espérer l'ébranler si on ne lui présente quelque fait nouveau, ce que l'on pourrait peut-être, en y pensant bien ; par exemple en instituant deux Consistoires, ou en partageant les temples entre les doctrines, etc. Ces idées seront reprises, je le présume. La lettre de Frédéric est fort belle, et a produit une vive impression. Martin en a
1 Gomme on vient de le voir, il se décida à la publier.